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que dans les régions plus au Nord. Cependant les édifices gothiques de cette époque y sont plus répandus que ceux du XIII. et du XIV". siècle. On cite à Lyon, comme église très-remarquable du XV. siècle, celle de St.-Nisier; elle ne manque pas d'une certaine élévation; mais si on la compare à St.-Wulfrand d'Abbeville, à St.-Ouen de Rouen, à la cathédrale de Troyes, à l'église de l'Abbaye de St.-Ricquier et à beaucoup d'autres de nos églises du XV. siècle, il faudra reconnaître qu'elle leur est de beaucoup inférieure. L'examen comparé des monuments de cette époque montre donc, de plus en plus, combien l'architecture ogivale a eu de peine à se naturaliser dans les provinces centrales et méridionales.

Il n'en était point ainsi sur les bords du Rhin et en Allemagne; l'architecture a pris, dans ces pays, au XV. siècle, un admirable développement. Les nervures prismatiques, les colonnettes effilées et les autres caractères de l'époque se montrent dans l'architecture ogivale tertiaire des bords du Rhin, comme chez nous. Seulement, on trouve, dans les fenêtres subdivisées en meneaux, des dessins ou compartiments arrondis plus souvent que les dessins flamboyants. Les feuillages frisés et plusieurs moulures employées à profusion dans l'ouest de la France ne se trouvent pas aussi habituellement et sont traités un peu différemment en Alsace et en Allemagne, et, je crois aussi, dans les départements du Midi.

Les panneaux, soit en application, soit détachés, et les autres détails qui constituent le style perpendiculaire anglais, prédominent dans l'ornementation des monuments du XV. siècle. Cette observation est applicable en partie aux églises de Belgique et des Pays-Bas,

Les tours offrirent, surtout à cette époque, dans ce pays, une légèreté et une élégance supérieures. Rien de plus remarquable en effet que la tour de Strasbourg, celle de Fribourg en Brisgaw, et celle de Thann en Alsace, qui paraît une imitation des deux premières.

La Belgique montre aussi, dans l'admirable tour du beffroi de Bruxelles, l'habileté et le goût de ses architectes.

Que sait-on de l'état des architectes au XV. siècle?

Les artistes étaient nombreux et habiles au XV. siècle; mais au zèle religieux qui les animait, au XIII, et au XIV., vint se substituer un autre sentiment, l'amour-propre, et le désir de briller. S'ils travaillaient pour l'amour de l'art et pour la gloire de Dieu, ils pensaient aussi à leur própre gloire, à leur réputation.

Ce fut au XV. siècle que les architectes formèrent, en Alsace et

en Allemagne, des sociétés différentes de celles qui avaient existé, et qu'ils voulurent se distinguer des autres, en créant des loges maçonniques. Ces réunions étaient pour le temps des espèces d'académies de sculpture et d'architecture; je ne sache pas qu'il ait existé dans les autres parties de la France des sociétés d'artistes établies sur les mêmes bases.

Les tailleurs de pierre de Strasbourg jouissaient depuis long-temps d'une haute considération à cause des travaux exécutés pour l'érection de leur cathédrale, lorsque Dotzinger, qui répara le chœur de cette basilique, profita de son ascendant pour réunir en un seul corps toutes les corporations éparses, et pour former une vaste association qui comprenait la plus grande partie de l'Allemagne. Cette compagnie, formée en 1452, fut consolidée, en 1459, par une assemblée générale des maîtres des ateliers ou loges, tenue à Ratisbonne : elle fit des réglements pour la réception des apprentis, des compagnons et des maîtres, établit des signes secrets par lesquels ses membres pouvaient se reconnaître, et adopta pour grands maîtres de toute la confraternité les architectes de la cathédrale de Strasbourg. Cette association fut confirmée dans la suite par les empereurs d'Allemagne. Le magistrat de Strasbourg confia pendant quelque temps la décision de toutes les affaires litigieuses, en fait de bâtiments, au chef de son atelier des tailleurs de pierre et le duc de Milan demanda, en 1481, à ce magistrat, un architecte capable de diriger la construction de la superbe église métropolitaine de sa capitale.

La suprématie du grand maître de l'atelier de Strasbourg sur les loges d'une grande partie de l'Allemagne, ne cessa qu'après la réunion de cette ville à la France.

AUTELS.-FONTS BAPTISMAUX.— JUBÉS ET CHAIRES.— TOMBEAUX.-STALLES ET BOISERIES.-VASES SACRÉS.-PALÉOGRAPHIE MURALE

DURANT LA 3o. PÉRIODE De l'ère ogivale.

Autels.

Quel est le style des autels du XVe siècle?

Quelques-uns sont extrêmement riches, et il nous en reste encore une certaine quantité de cette époque je n'en connais pas de pius

beaux que ceux de l'église du Folgoat (Finistère); ils sont en pierre Hite de Kersanton, de couleur verdâtre et fort dure, dont on a su sirer, en Bretagne, un très-grand parti.

L'autel majeur de la collégiale du Folgoat occupe toute la largeur d'une énorme fenêtre qui s'élève depuis le rétable jusqu'au sommet de sa voûte dix arcatures et des guirlandes de feuilles de vigne, admirablement découpées, décorent la façade de cet autel qui a 3 mètres 12 de longueur, 1 mètre 27 de profondeur, 1 mètre 10 de auteur.

Un autre autel montre, autour de la table, une magnifique guirlande de feuilles de vigne et de chardons et des arcatures garnies de statuettes; douze arcatures occupent le devant de l'autel, et trois chacune des extrémités.

Dans la chapelle ducale qui communique avec le chœur sont deux autres autels placés devant des fenêtres : l'un de ces autels, moins long que le précédent, est cependant orné, sur le devant, d'un pareil - nombre d'arcatures.

L'autre autel, dont voici l'esquisse, n'a que 2 mètres 40 de long sur

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UN DES AUTELS DE L'ÉGLISE DU FOLGOAT (FINISTÈRE).

90 cent. de profondeur et 1 mètre 8 de hauteur; trois colonnettes en supportent, en avant, la décoration qui se compose de quatre arcatures séparées alternativement par une colonne et par un pendentif.

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Une guirlande de feuillages disposés en bouquets court sous la corniche et décore la frise.

L'église de Folgoat renferme plusieurs autres autels du XVe. siècle.

L'autel suivant, tiré de la cathédrale de Léon, même département,

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mencement du XVI. siècle). Il se trouve, comme plusieurs autels du

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Folgoat, devant une grande fenêtre garnie de vitraux.

Il ne faut pas oublier que beaucoup de devants d'autels étaient couverts d'étoffes brodées d'or et ornées de pierres précieuses.

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