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déinolition entière et la réfection à neuf du comble et de la couverture;

Qu'il n'est pas démontré que la cathédrale d'Evreux soit en état de péril imminent;

Émet le væu :

Que les travaux projetés soient strictement limités à la restauration générale de l'édifice, avec les réfections partielles indispensables, mais en reproduisant respectueusement le style et les dispositions ancienues. Délibéré et adopté en Conseil, le 17 juin 1874. Étaient présents et ont signé :

Eug. LANDEVILLE, président;
Alex. RENEAU, vice-président;
V. NAVEAU, secrétaire du Conseil;
JOBIN, W. HAUSEN, TRIBOULET, E. FLAMANT;
H. SABINE, secrétaire général.

No 10.

INSTRUCTIONS DONNÉES PAR M. LE MINISTRE AUX TROIS COM

MISSAIRES, MM. DOUILLARD, BARTHÉLEMY ET VAUDREMER, QUI ONT VISITÉ LA CATHÉDRALE LE 12 SEPTEMBRE 1875.

Paris, le 19 août 1874.

MONSIEUR,

Des difficultés graves se sont élevées au sujet de la réparation de la cathédrale d'Évreux. Des avis très-divers ont été émis et sont vivement soutenus par Mgr l'évègue et par différents membres du Conseil général de l'Eure.

Avant de prendre aucune décision sur cette grave question, je crois devoir faire une enquête afin de connaitre à ce sujet l'opinion d'hommes expérimentés et compétents.

En conséquence, j'ai décidé qu'une commission de trois membres, choisis parmi les architectes diocésains, serait chargée d'examiner les travaux projetés et de vérifier : si on peut restaurer la nef de la cathédrale d’Évreux sans toucher à la voûte; si on peut opérer cette restauration en conservant le style primitif, c'est-à-dire en conservant les contre-forts sous leur forme actuelle et leurs deux arcsboutants.

· J'ai l'honneur de vous informer que je vous ai appelé, avec MM..., à faire partie de cette commission. Je vous prie de vouloir bien me faire savoir si vous acceptez cette mission et, dans ce cas, de vous entendre immédiatement avec vos collègues afin que cette question puisse être étudiée et résolue dans le plus bref délai possible.

Veuillez agréer, etc.

Le Ministre de l'Instruction publique, des Cultes

et des Beaux-Arts,

Signé : A. DE CUMONT.

N° 11.

AOUT 1874.

· NOTE SUR L'ÉTAT ACTUEL DE LA QUESTION DE

LA CATHÉDRALE D'ÉVREUX.

Après l'intervention de plusieurs députés, M. de Cumont, ministre des Cultes, parut nous être favorable et promit une nouvelle enquète. Malheureusement M. Ballu ayant, sur ces entrefaites, remplacé M. Viollet-le-Duc, le ministre le chargea de visiter la cathédrale d'Évreux. Dès que nous eûmes connaissance de cette décision nous fimes des démarches pour la faire changer. M. Ballu, en effet, devenu inspecteur général, n'était pas en situation de juger le débat, puisqu'il n'eût pui se prononcer en faveur d'Évreux sans condamner ses deux collègues.

Mais avant que nos réclamations aient pu parvenir au ministre, les bureaux s'étaient hâtés d'envoyer M. Ballu à Évreux. Il y vint avec M. Darcy, l'architecte de la démolition et de la reconstruction; il ne vit aucun d'entre nous, et sans avoir pris connaissance de nos mémcires, sans avoir entendu nos dires, il déclara que les plans de reconstruction inspirés par M. Viollet-le-Duc lui paraissaient bien conçus et devaient être exécutés.

M. Ballu ajouta que la reconstruction de l'Hôtel de Ville, à Paris, absortait tous ses moments, et ne lui permettait pas de surveiller les travaux d'Évreux, comme M. Violletle-Duc devait le faire.

Depuis cette époque, nous sommes entièrement livrés aux mains de M. Darcy, architecte besogneux, étranger au pays, qui n'est connu par aucun travail important et qui s'est montré en toute cette affaire l'humble instrument et l'exécuteur des hautes euvres de M. Viollet-le-Duc.

Cependant, sur les instances de nos amis, le ministre avait promis de nommer une commission prise en dehors des trois inspecteurs généraux, contre le jugement desquels nous avons formé appel. M. le duc de Broglie annonçait cette nouvelle commission, le mercredi 5 août, à la préfecture de l'Eure. On nous faisait même connaître les noms des commissaires : MM. Crétin, Durand et Douillard, sous la présidence de M. de Guillermy. Ces Messieurs, disait-on, daigneraient écouter nos raisons, visiteraient avec nous la cathédrale, et ne, se prononceraient qu'en connaissance de cause : c'était tout ce que nous demandions.

Le 10 août, on nous disait que ces Messieurs allaient arriver au premier jour; mais le lendemain, 11, tout à coup et sans avis préalable, les ouvriers se sont mis à démolir avec une activité fébrile. En quelques jours trois travées de la voûte de la nef, avec leurs contre-forts et leurs arcs-boutants, ont été détruites.

l.es raisons de ce changement nous sont encore inconnues, nous avons entendu dire que les inspecteurs généraux n'avaient pas voulu admettre qu'on pût appeler de leur décision, et que les trois commissaires pris parmi les architectes officiels ayant été menacés d'encourir l'animadversion des bureaux, deux d'entre eux avaient refusé la mission que M. le ministre avait voulu leur donner.

Quoi qu'il en soit, notre nel se compose de sept travées. Trois sont conservées provisoirement pour les besoins du culte. Sur les quatre autres abandonnées aux ouvriers, une seule subsiste encore parce qu'on n'a pas pu démonter facilement le grand orgue qui y est placé.

Tous nos efforts doivent tendre aujourd'hui à obtenir du ministère que les trois travées démolies soient reconstruites exactement dans les mêmes formes, car alors il sera possible de conserver les quatre autres et nous aurons encore à présenter un beau et important spécimen de l'art de nos constructeurs, dans les premières années du xitie siècle.

Messieurs les Inspecteurs généraux prétendent modifier à leur gré la conception primitive et rejettent nos deux arcs-boutants, comme contraires aux règles de l'art! Aux règles de l'art de ces Messieurs, soit; mais non aux règles de l'art du XII° siècle, puisque plus de la moitié de nos cathédrales et de nos plus belles églises ont, comme à Évreux, deux arcs-boutants dont le supérieur sert de chéneau pour recevoir les eaux à la sortie du toit.

Au moment où l'Empire est arrivé, tout le monde, en France, était pénétré de respect pour nos monuments historiques, c'était pour leur conservation que le gouvernement avait envoyé tant de savantes circulaires et qu'il avait créé la Commission des monuments historiques. Tout le monde comprenait que si on démolit, même pour reconstruire exactement dans les mêmes formes, il n'y a plus de monument historique, mais un copie, un pastiche, une cuvre du xixe siècle.

Sous l'Empire, trois architectes, après avoir rejeté les archéologues au second plan, sont devenus les maitres de tous les travaux diocésains, par la création du Comité des inspecteurs généraux, en 1853. Depuis cette époque, il leur a fallu de grands travaux neufs, de grandes dépenses et de gros honoraires. Pendant vingt ans, nous avons vu beaucoup de grandes cathédrales, non pas entretenues avec soin, conservées et restaurées, mais reconstruites partiellement et perdant leur cachet primitif pour prendre celui de M. Viollet-le-Duc et consorts.

Si aujourd'hui le maitre est tombé, son école est encore toute-puissante par les bureaux du ministère et on n'obtient des travaux qu'à condition de se soumettre à ses doctrines.

Nulle part, toutefois, l'abus de pouvoir n'a été plus odieux qu'à Évreux. Il s'agit en effet de l'une des premières, sinon de la première voûte ogivale construite en Normandie. Cette voûte, belle en elle-même et du plus haut intérêt pour l'histoire de l'art, est fort étroite; elle repose sur des murs d'un mètre quarante centimètres d'épaisseur; sa conservation et sa restauration ne présentent donc aucune difficulté sérieuse. Sa solidité est incontestable, et XLII SESSION.

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