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Il nous reste maintenant à vous entretenir des ossements que renfermait ce gisement.

La couche archéologique, c'est-à-dire celle dans laquelle sont placés les ossements et le mobilier de ces sépultures, est située en moyenne de 2m30 à 2-60 au-dessous du niveau du sol, c'est-à-dire de l'entrée supérieure du puits. Elle est composée d'une terre noirâtre, mélangée de grains calcaires. Cet humus est du probablement à la décomposition des cadavres.

La pression du terrain supérieur et sa légère humidité ont formé de cette couche une sorte de magma d'ossements et de terre qui offre quelque résistance à la pioche.

Le puits, fouillé par nous renfermait au moins quarante squelettes, hommes, femmes et enfants, car nous en avons extrait quarante crânes environ, fragmentés pour la plus grande partie; et cependant cette quantité de cadavres était renfermée ou plutôt pressée dans un espace de forme circulaire de 3 mètres de diamètre environ sur une hauteur de 70 centimètres an point le plus élevé.

N'oublions pas de mentionner l'existence, dans l'intérieur et à la base de chaque puits, d'une ou deux galeries creusées dans le sol, véritables terriers par lesquels une mince créature pouvait seule s'introduire en rampant

un reptile. Pensant que ces étroits conduits communiquaient peut-être avec une autre sépulture, M. Armand en fit agrandir un de manière à pouvoir pénétrer jusqu'à son extrémité.

Nous la rencontràmes à 3 mètres environ de l'orifice. Au milieu de cette galerie existait un espace un peu plus large et de forme à peu près circulaire, qui permettait à l'individu engagé dans ce couloir de se retourner pour en sortir le visage en avant. Cetie galerie ne nous offrit de vestiges d'aucune sorte.

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Nous n'avons remarqué sur aucun des crânes l'enlèvement de ces rondelles osseuses trouvées dans d'autres gisements de la pierre polie, et qui attirent, depuis quelque temps, l'attention des savants. On ne sait point encore si on doit voir dans cette pratique une opération chirurgicale destinée à la cure ou au soulagement d'une maladie, ou bien une mutilation opérée dans un but religieux. Mais il est certain qu'elle a été en vigueur jusqu'à l'époque gauloise, car la collection de M. Morel renferme deux plaques osseuses, l'une de forme ronde et percée de deux trous, l'autre en forme de trèfle percée de trois trous et trouvées toutes deux dans des cimetières gaulois.

En revanche, nous avons observé sur quelques ossements différents cas de traumatisme, tels que la réduction de la fracture d'un radius et d'une clavicule.

En voyant sur plusieurs de ces crânes des impressions assez profondes, semblables à des cicatrices provenant d'une blessure faite par un instrument tranchant, nous avions pensé tout d'abord qu'elles pouvaient être les traces d'une lutte dans laquelle la hache de pierre aurait joué un rôle meurtrier; mais un examen plus attentif nous a démontré que ces impressions avaient été faites après la mort du sujet. Nous en avons conclu qu'elles étaient l'æuvre des racines des sapins plantés sur le sommet du coteau, et dont les radicelles se développant fortement dans l'humus qui renfermait les ossements avaient étreint violemment ces derniers.

Les cing grottes fouillées par M. Armand ont donné chacune en moyenne vingt squelettes, ce qui porterait environ à cent cinquante le nombre des individus renfermés dans les sépultures de Tours-sur-Marne.

Aucun des squelettes, du moins dans le puits exploré par nous, n'avait conservé, dans ses différentes parties, la

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position anatomique. A mesure que nous avançions dans notre cuvre d'exhumation, les crânes s'offraient à nous groupés par trois, quatre, cinq, et dans une promiscuité singulière avec les ossements des autres parties du corps ; c'est ainsi que nous avons retrouvé des phalanges de doigts du pied presque dans la bouche de quelques-uns des squelettes. Les cadavres auraient-ils donc été déposés les pieds de l’un voisins de la tête de l'autre ?

Si ce n'était l'humus carastéristique de la décomposition des corps, ce désordre ferait supposer que cette sépulture ne serait qu'un ossuaire, où les ossements auraient été apportés en masse. La grotte de Misy offrait ce caractère d'ossuaire bien accusé, car les ossements y étaient rangés avec un ordre parfait, par couches, et les têtes surmontant cet ensemble.

Dans les grottes de la vallée du Petit-Morin, les ossements ont été trouvés au contraire dans leur position anatomique, ce qui indique une inhumation de cadavres avec leurs chairs dans un ordre préconçu.

On n'a trouvé dans les sépultures de Tours-sur-Marne, aucun ossement qui puisse nous renseigner sur la faune de cette région à cette époque, si ce n'est une tête de renard ou de chien de petite taille.

Une étude sommaire des crânes extraits par nous et placés dans la collection de M. Morel et dans la mienne, nous fait penser que nous nous trouvons en présence de ce type, rencontré par M. Dupont, dans l'ossuaire de Furfooz, vallée de la Lesse, en Belgique; type retrouvé par M. Hamy dans Seine-et-Oise, dans le Nord de la France, et qui aurait persisté dans l'Est depuis l'âge du renne jusqu'à l'époque du bronze, notamment dans la vallée de la Meuse, où M. Liénard l'a retrouvé dans le puits funéraire de Cumières.

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Ce type s'écarte peu de la sous-dolichocéphalie et de la sous-brachycéphalie. Il est le plus souvent orthognate. La partie antérieure du crâne médiocrement élévée et développée, tandis que la partie postérieure est beaucoup plus proéminente et plus large; ce dernier caractère tend à incliner le plan cerebelleux; la face est courte, les arcades sourcillières saillantes, ainsi que les bosses parietales, ce qui donne parfois au crâne un aspect subpentagonal.

Tels sont, Messieurs, les résultats obtenus par les fouilles exécutées dans les puits funéraires de Tours-surMarne. Ainsi que nous le disions plus haut, cette découverte revêt une réelle importance, puisqu'elle apporte à l'archéologie préhistorique un type de sépulture inconnu jusqu'aujourd'hui, ainsi que de nouveaux éléments d'érudition et de critique à l'étude des races qui vécurent sur notre sol dans ces époques lointaines.

M. Nicaise communique ensuite une

Note sur une hache de bronze trouvée
dans les alluvions de la Marne.

MESSIEURS,

Il a été trouvé, il y a deux ans, dans les alluvions de la Marne, à une profondeur de 2-60 environ, une hache en bronze de forme carrée, mais dont l'entrée de la douille est circulaire. Cette hache possède un anneau latéral et se rattache à un type souvent rencontré en France.

Je n'aurais pas l'honneur de vous entretenir de cette

trouvaille si elle n'offrait pas un ensemble de particularités intéressantes qui peuvent servir à déterminer sûrement l'usage de ces instruments encore contesté aujourd'hui par quelques archéologues.

La hache que je vous signale est longue de 11 centimètres, et large, à son tranchant, de 4 centimètres. Elle a beaucoup servi; son tranchant, rebattu et élargi, est maintenant de forme irrégulière, c'est-à-dire qu'il est plus usé et moins affilé depuis son milieu jusqu'à son extrémité opposée au côté de la douille, auquel est fixé l'anneau latéral. Nous verrons tout à l'heure quel parti nous tirerons de ce caractère pour déterminer le mode d'emmanchement, et par conséquent l'usage de cet instru

ment.

De plus, cette hache possède encore, engagée dans sa douille, d'où elle peut être facilement extraite, l'extrémité d'un manche en bois, que nous croyons être du

chêne.

Quelques archéologues ont contesté que ces instruments fussent des haches, en se fondant sur ce que la douille se prolongeait si avant dans l'intérieur, qu'il ne restait plus assez de place pour en aiguiser le tranchant.

Mais M. de Mortillet a fait justice de cette objection en répondant que le tranchant ne se donnait pas par l'aiguisage, mais par le martelage.

On a voulu voir aussi dans les haches de cette forme des armes de jet.

C'est ainsi qu'un archéologue belge, M. Bermans, tend à prouver, dans un mémoire, que les haches de bronze de moyenne dimension étaient des armes de jet, semblables à la catéia des anciens, et, dans une lettre, dont M. de Cougny a donné un extrait dans le Bulletin monumental, M. le colonel Prévost lui écrivait :

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