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D'autres églises peuvent être citées, quoiqu'elles ne présentent pas de chaînes de briques et qu'on ne puisse affirmer absolument qu'elles soient antérieures au commencement du XI. siècle; telle est l'église St.-Généroux (Deux-Sèvres), dans la partie ancienne de laquelle le revêtement des murs latéraux offre l'appareil réticulé, l'opus spicatum, et le petit appareil ordinaire.

Les fenêtres sont à plein-cintre, sans colonnes, et assez étroites; un cordon horizontal en pierre reposant sur des consoles court d'une fenêtre à l'autre, au niveau des impostes, et décrit des cercles encadrant les archivoltes; l'espace compris entre chaque fenêtre est occupé par un fronton triangulaire; un second cordon horizontal décrit une

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ligne continue au-dessus de ces frontons. Le tout est surmonté de plusieurs assises de pierres taillées en arêtes.

Les mêmes dispositions se retrouvent dans l'église de Cravent (Indreet-Loire).

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Le grand comble oriental de SaintGénéroux, au-dessus des absides, présente aussi différents appareils curieux.

Au lieu de se servir de pièces de même forme et de même volume, on a, dans plusieurs parties des murs, employé les pierres de taille d'une dimension assez considérable, sur lesquelles on a figuré les compartiments réguliers de l'appareil, au moyen de rainures creusées dans la pierre et remplies de ciment coloré.

L'église de Germiny-les-Prés, bâtie, au IX. siècle, par Théodulphe,

évêque d'Orléans, présente une abside voûtée en cul-de-four et garnie d'une mosaïque, la seule qui existe en France aujourd'hui ; des pilastres existent en avant du sanctuaire, dans ce qui forme le transept: les chapiteaux des colonnes; ceux des pilastres; les mosaïques et les inscriptions paraissent confirmer par leur style, l'époque reculée qu'on assigne à l'église, et tout porte à croire qu'elle est encore, en grande partie, celle que fit bâtir l'évêque Théodulphe. J'attends les dessins que doit faire M. V. Petit de ce petit monument, pour en publier une description dans le Bulletin monumental. Le revêtement extérieur des murs est en petit appareil.

Quoique l'église de Valcabrère, près St.-Bertrand de Comminges (Haute-Garonne), soit, en grande partie, construite avec des débris antiques, il n'est pas certain qu'elle appartienne à la période romane primitive, et quelques-unes de ses parties, notamment le portail historié, l'autel, etc., doivent être moins anciennes ; mais le plan général est conforme à celui des basiliques; les pilastres ornés de colonnes antiques appliquées, et les fragments qu'elle renferme donnent à cette petite église un parfum d'ancienneté qui m'engage à la citer, en attendant que son histoire soit mieux connue.

N'existe-t-il pas des descriptions des anciens édifices détruits?

Oui, sans doute, et à ce qui précède, on pourrait ajouter un grand nombre de descriptions d'églises des VII., VIII. et IX. siècles que nous ont laissées les chroniqueurs; mais ces descriptions apprendraient peu de chose de plus que ce que nous savons déjà, car elles parlent de la forme des églises de cette époque plutôt que de leur style architectonique.

Plusieurs faits à noter ressortent pourtant des descriptions répandues cà et là dans les chroniques; elles nous prouvent, par exemple, que les autels étaient quelquefois placés le long des murs, sans qu'il y eût de niches ou de chapelles pour les contenir; que cellesci, moins nombreuses à cette époque qu'elles ne le devinrent dans la suite, étaient formées par l'abside principale et par celles qui se trouvaient au fond des collatéraux ou dans le mur oriental des transepts.

On peut admettre, je crois, que beaucoup d'églises étaient alors construites en bois; ce qui explique pourquoi il en reste si peu aujourd'hui, la promptitude avec laquelle elles étaient élevées et la fré

quence des incendies qui venaient les détruire, incendies dont nous parlent continuellement les chroniqueurs.

Comment les églises étaient-elles pavées du Ve. au XI. siècle?

S'il ne nous reste en France aucun pavé d'église qui puisse remonter à la période romane primitive, nous pouvons au moins répondre à cette question au moyen de documents certains et de quelques débris d'anciens pavés découverts au-dessous des pavages actuels.

Le sanctuaire et le chœur étaient habituellement pavés avec plus de luxe que les nefs on y employa dans les premiers siècles les mosaïques si répandues sous la domination romaine, les marqueteries ou parquets en marbre de différentes couleurs.

Le pavage des nefs et des bas-côtés consistait en dallages, et souvent dans les premiers temps en des aires de ciment semblables à celles que nous offrent si habituellement les constructions romaines.

Le pavé des nefs peut même, dans certains cas, avoir été décoré de mosaïques, moins riches toutefois que celles du sanctuaire.

L'usage d'enterrer dans les nefs dut rendre le pavage très-irrégulier; on inscrivit parfois les noms des défunts sur les pavés, la dimension de ceux-ci n'était pas très-considérable d'abord. Enfin, vers la fin du VIIIa. siècle, les couvercles des tombeaux en pierre sortaient souvent du pavé, et quand le nombre s'en fut multiplié, il fallut les enfoncer et les cacher.

Quels étaient les moyens d'exécution?

Il est certain que les ecclésiastiques les plus distingués et les plus instruits faisaient de l'architecture l'objet de leurs études. Les anciens écrivains mentionnent un grand nombre d'évêques et d'abbés qui donnaient les plans de leurs églises, et qui travaillaient eux-mêmes à les construire.

Plusieurs couvents étaient remplis de littérateurs et d'artistes, dans les VII. VIII. et IX. siècles. Les évêques, les moines et les ecclésiastiques en général, étaient souvent architectes, peintres, sculpteurs, etc.

Mais si les abbayes pouvaient en quelque sorte être considérées comme des écoles où se perpétuaient les traditions relatives aux arts et aux sciences, il y avait aussi hors des cloîtres des ouvriers habiles qui travaillaient sous la direction des évêques ou des moines architectes.

Quels ont été les progrès ou la décadence de l'architecture durant la période romane primitive?

Il n'est pas facile d'établir de coupes dans la période de cinq à six

siècles que j'ai assignée au style roman primordial; cependant l'architecture ne fut point stationnaire pendant un si long espace de temps. Il est probable que depuis le V. siècle, l'art de bâtir, imitation servile de l'architecture gallo-romaine, avait plutôt perdu que gagné, lorsque le génie de Charlemagne vint imprimer une nouvelle impulsion aux arts et aux lettres. Il est très-difficile de savoir exactement quels changements se manifestèrent alors dans l'architecture; les opinions sont sur ce point assez divisées, mais le grand nombre d'églises et d'abbayes élevées en France sous ce prince, imprima nécessairement un grand mouvement. Le charmant fragment de l'abbaye de

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Lorsch qu'on voit sur le chemin de Manheim à Darmstadt, et qui date de l'an 776, offre des chapiteaux composites et des pilastres ioniques, qui montrent qu'à cette époque encore on imitait assez correctement l'antique.

L'état prospère auquel les arts étaient parvenus ne put se maintenir dans les temps moins heureux qui suivirent le règne de Charlemagne.

Les dissensions intestines et les malheurs sans nombre qui résultèrent de l'invasion des Normands amenèrent bientôt une décadence marquée dans l'architecture; on vit s'éteindre, à la fin du IX. siècle et dans le X., le talent des architectes, en même temps que les lumières de l'ancienne civilisation, ranimées par Charlemagne.

Une superstition bizarre contribua peut-être encore à hâter la décadence de l'architecture; on croyait que la fin du monde arriverait dans le X. siècle: le découragement et l'apathie qui résultaient de cette croyance paralysaient les esprits, et loin d'élever des constructions nouvelles, à peine réparait-on les anciennes.

AUTELS;

BAPTISTÈRES ; — FONTS BAPTISMAUX;—TOM-
BEAUX; · PALÉOGRAPHIE MURALE;

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DURANT LA PÉRIODE ROMANE PRIMITIVE.

Autels.

Quelle était la forme des autels pendant la période romane primitive?

Dans les premiers temps de l'église, les autels étaient souvent en bois, ainsi que le prouve un grand nombre de faits et d'autorités; les uns ressemblaient à une espèce de coffre qui pouvait s'ouvrir et se fermer : d'autres devaient offrir simplement l'image d'une table carrée. Mais le 26". canon du Concile d'Epone, tenu l'an 517, la 4o. année du pontificat du pape Hormidas, ordonna de ne consacrer à l'avenir que des autels en pierre, et quoique cette prescription n'ait pas été constamment suivie, on s'y conforma la plupart du temps, et les exceptions furent assez rares.

Les plus anciens autels de pierre furent carrés, le plus souvent composés d'une table portée sur un pédicule central et sur des colonnes habituellement au nombre de quatre, quelquefois au nombre de six. D'autres autels étaient formés de planches en marbre et offraient l'image d'un coffre. Il y eut aussi des sarcophages de marbre transformés en autels.

Quelques autels étaient revêtus de lames d'or et d'argent et incrustés de pierres précieuses : tous étaient couverts d'étoffes plus ou moins riches, souvent relevées par des broderies dont quelques-unes re

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