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fouilles et travaux qui n'ont aucun caractère archéologique, et ensuite à protéger contre l'ignorance de nombreux vestiges d'un grand intérêt pour la science. Les instituteurs pourraient exciter et habituer leurs élèves à ces sortes de recherches.

M. le président cite l'exemple du frère Huisseau, instituteur dans l'un de nos départements du centre, qui a vu une initiative de ce genre prise par lui couronnée d'un véritable succès, car elle a provoqué dans sa commune la création d'un intéressant musée formé par les trouvailles de ses élèves.

Le Congrès s'associe à l'unanimité à ce veu.

Rapport verbal de M. de Dion sur la visite faite par le Congrès à l'église NotreDame.

M. de Dion, invité par le Président à rendre compte de la visite faite le matin à l'église de Notre-Dame, commence par déclarer que sa tâche serait bien facile s'il ne s'agissait que de faire l'éloge de ce monument, la principale gloire de la ville. La puissance de sa construction, la noble simplicité de ses formes saisissent dès le premier abord; on ne se lasse jamais de le revoir. Chaque province ne peut en offrir qu’un ou deux aussi beaux et qui ont une pareille importance pour l'histoire de l'architecture. Dans un autre ordre d'idées, il aimerait à parler du

à dévouement de feu M. l'abbé Champenois, auquel on doit la courageuse et intelligente réparation de cette église; mais il laisse à des voix plus autorisées à raconter les

difficultés de cette entreprise et à glorifier ceux qui les ont surmontées. Il craindrait de commettre des erreurs en parlant de faits qu'il ne connait qu'imparfaitement.

Son but est d'attirer l'attention sur la date de construction des différentes parties du monument. Là, comme il a été dit dans une séance précédente, à propos de la cathé

à drale, nous trouvons des textes qui sont ou paraissent être en discordance avec les observations archéologiques, et il faut interpréter ceux-ci à l'aide de celles-là.

Après avoir lu dans l'Histoire de Châlons, de M. Barbat, que l'église de Notre-Dame, construite en bois, croula le 7 janvier 1157, on est tout étonné de voir qu'une grande partie de la construction, on pourrait dire sa principale masse est antérieure à cette date. Il faut donc réduire la catastrophe de 1157 à l'effondrement des charpentes. Sans vouloir engager plus qu'il ne faut l'opinion du Congrès, voici l'histoire du monument telle qu'il nous l'a raconté lui-même.

Au XIe siècle, il existait une première église, totalement disparue, dont l'abside moins vaste que le cheur actuel et sans déambulatoire était serrée entre deux tours selon le plan rhénan; nous ignorons ce qu'était la nef. C'est l'existence de ce chæur ancien, qui n'a été détruit que longtemps après la construction de la nef et seulement lorsqu'on voulut le remplacer au commencement du XII° siècle par le chæur actuel, qui rend compte de la singulière irrégularité de plan de cette partie de l'église. A la fin du xie siècle, ou au commencement du XII°, sous le règne de Philippe ler, on entreprit la reconstruction de l'église Notre-Dame sur un plan grandiose auquel on n'a apporté depuis que peu de modifications. On commença par les tours qui accompagnent le cheur et l'ouvre poussée avec vigueur était terminée bien avant 1157. Voyons

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un peu par ce qui en reste ce qu'était cette église du commencement du xii° siècle.

Les deux tours du portail n'ont pas changé, sauf l'étage supérieur de la tour nord, et les flèches qui devaient être beaucoup moins élancées. Mais, à la place de la façade actuelle se trouvait un porche bas, d'architecture romane. Le pignon de l'église, reculé d'une travée, laissait les tours faire saillie et prendre des jours au-dessus du porche par des fenêtres qui existent encore dans les combles de l'église. Cette supposition s'appuie sur les traces laissées par le mur du pignon au-dessus des deux piliers qui supportent les tours. On trouve à la cathédrale de Chartres des traces évidentes d'un porche semblable, d'architecture romane, détruit à la fin du xile siècle.

Les gros murs des basses nefs sont de cette première construction. Il reste encore deux ou trois des fenêtres romanes qui les traversaient et qui ont été plus tard remplacées par de larges fenêtres ogivales. Les piliers de la nef datent de la même époque, mais au lieu d'archivoltes en ogive, ils portaient alors des archivoltes en plein cintre, de forme très-simple; des voûtes d'arêtes couvraient les bas-côtés, et au-dessus de ces voûtes, moins élevées que celles qui leur ont succédé, se trouvaient des tribunes couvertes d'une charpente. Une fenêtre, encore visible dans le comble au-dessus du portail méridional, montre que ces tribunes étaient éclairées par des ouvertures semblables à celles du rez-de-chaussée et placées immédiatement audessus.

Les robustes piliers de la nef, dont les colonnettes sont surmontées de magnifiques chapiteaux, paraissent d'abord tous semblables ; une observation plus attentive fait voir que de deux en deux ils sont un peu plus larges et accompagnés d'une forte colonnette qui porte son chapiteau un XLU SESSION.

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peu au-dessus du niveau des tribunes. Les autres piliers ont aussi une colonnette saillante, mais moins forte et rapportée après coup dans un remaniement postérieur. Sur les chapiteaux des grosses colonnettes devaient retomber des arcs doubleaux portant des murs transversaux et divisant la nef en trois espaces carrés contenant chacun deux travées. Les charpentes du comble reposaient tant sur ces arcs que sur les murs latéraux. M. Bouet a signalé une disposition semblable dans l'église primitive de SaintÉtienne de Caen et dans d'autres églises normandes. (Voir le t. XXXI du Bulletin monumental, p. 466.) Les archivoltes en plein cintre prenant moins de hauteur que celles en ogive, le sol de la tribune était plus bas; et celleci étant elle-même moins élevée, en prenant la place pour les fenêtres supérieures à la hauteur du triforium actuel, on arrive, pour la hauteur de la nef primitive, à trois à quatre mètres plus bas que n'est le sommet du mur d'à présent. Des traces de reprise dans la maçonnerie, depuis les tribunes jusqu'aux voûtes, se voient dans toutes les travées ; ce qui porte à penser que, même dans les parties hautes, le mur de la nef est encore celui des premières années du XIIe siècle.

A la croisée des nefs, on voit les chapiteaux qui portaient quatre grands arcs plus puissants que les premiers et au-dessus desquels s'élevait probablement une vaste tour centrale. Le chæur élait resté à peu près ce qu'il était

છે auparavant. Tel était ce vaste et noble édifice lorsque la catastrophe du 7 janvier 1157 vint y porter la désolation. Il nous est difficile d'apprécier les causes et de calculer l'importance de cet accident. S'il était permis de hasarder une hypothèse, on pourrait l'attribuer à l'effondrement de la tour centrale entraînant avec elle les arcs de la nef et les charpentes des combles.

Ce que l'on peut affirmer en présence de ces constructions qui, après 700 ans, peuvent encore durer plusieurs siècles, c'est que cette ruine n'atteignit qu'une faible partie du monument et que le désastre eût pu être réparé sans les immenses travaux entrepris à cette époque. Mais, depuis l'adoption des formes ogivales, de grands progrès s'étaient accomplis dans l'architecture religieuse. Le principal consistait dans la construction des arcs-boutants qui permettaient de jeter des voûtes sur les nefs les plus hautes et les plus légères, et de remplacer avec avantage les charpentes d'un aspect moins monumental et sujettes à être détruites par les incendies. C'est en 1150 que la cathédrale d'Angers fut voûtée pour la première fois; c'est peu d'années après que la nef de Saint-Julien du Mans vit une solide voûte de pierre remplacer ses charpentes deux fois détruites par le feu ; c'est en 1162 que Saint-Remi de Reims reçut la transformation gothique dont nous parlera M. Leblan. Rien d'étonnant que le riche chapitre de Notre-Dame de Châlons, ne voulant pas rester en arrière, confiat à un habile architecte, non-seulement la réparation, mais en même temps la transformation de son église.

Il commença par supprimer le porche roman en avançant d'une travée le pignon de l'église; il changea en archivoltes ogivales les archivoltes romanes plus lourdes et moins ornées ; et ce changement l'amena à remplacer les voûtes d'arête qui couvraient les bas-côtés par des voûtes à nervures plus élancées. Les fenêtres basses ne furent pas modifiées. L'architecte enleva ensuite les arcs transversaux, mais respectant les beaux chapiteaux qui les supportaient, il plaça au-dessus un groupe de trois colonnettes pour soutenir ses voûtes. Voulant faire une voûte par travée, il ajouta aux piliers intermédiaires les

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