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et sa robe entr'ouverte laisse apercevoir la plaie de son côté ; à sa droite est la consolatrice des affligés, consolatrix afflictorum; Marie, de concert avec le disciple bien-aimé qui est à la gauche du Sauveur, intercède pour ceux qui souffrent. Au-dessous, à droite et à gauche de la porte du tabernacle, deux saintes sont agenouillées et unissent leurs prières à celles de Marie et de saint Jean : l'une est sainte Jeanne elle tient en ses mains une couronne d'épines, tandis que la couronne royale qu'elle a dédaignée est à ses pieds; l'autre est sainte Solange, au tombeau de laquelle une foule de malades et d'infirmes viennent si souvent implorer leur guérison. C'était bien là la place de ces deux saintes, non seulement parce qu'elles sont les patronnes du Berry, mais encore parce que leur résignation et leur courage dans les rudes épreuves auxquelles la Providence les a soumises, doivent être les vertus de ceux qui souffrent. Deux anges planant au-dessus de la foule qui considère le Sauveur, portent chacun un lambel avec cette inscription: Venite ad me omnes qui laboratis et onerati estis, et ego reficiam vos. Tous semblent répondre à cette généreuse invitation par ces paroles de saint Paul: Adeamus ergo cum fiducia ad Tronum.

Toutes les conditions avec leurs peines et leurs misères, toutes les infirmités, toutes les grandes douleurs se trouvent réunies; c'est, à droite, un pauvre prisonnier avec sa famille éplorée, un esclave chargé de chaînes, un guerrier malheureux, un sculpteur tenant en main son ciseau, que son talent n'a su garantir de la misère, puis le Dante accompagné de Béatrix; à gauche, à la suite de la personnification de l'Espérance, on voit un marin avec un mât brisé, une mère priant pour sa fille malade, une pécheresse essuyant les larmes du repentir, un poëte, un aveugle avec son bâton et sa pannetière : la résignation personnifie enfin une famille chrétienne qui conserve la foi dans le malheur. Vingt-sept

personnages composent ce magnifique bas-relief inspiré par la foi.

Puissent les justes éloges que le Congrès a adressés à l'auteur, être pour lui un nouveau motif d'encouragement, qui l'engage à persévérer dans l'art chrétien qu'il paraît si bien comprendre !

Le secrétaire-général du Congrés archéologique,
L'abbé CROSNIER.

VISITE DES MONUMENTS ANTIQUES DE BOURGES.

Le 4 octobre 1849, à midi, le Congrès archéologique s'est réuni au palais de Jacques Cœur, salle de la Cour d'assises, pour la visite des monuments antiques de la ville de Bourges.

Le Congrès s'est dirigé vers la maison de M. Berry, conseiller à la Cour, membre du Congrès, qui s'est empressé d'indiquer les restes de débris romains existant dans les di- . verses parties de l'édifice qu'il occupe.

Après avoir remarqué dans le salon de M. Berry un admirable vase de faïence française, de forme ovale, de la fin du XVIe siècle, les visiteurs sont descendus par un escalier de 46 marches dans un souterrain voûté dont deux parvis, formant un angle rentrant, sont entièrement construits, jusques à la hauteur de 2m. 60o. environ, de pierres de grand appareil romain, qui évidemment proviennent d'un édifice antique, et ont été jetées en désordre dans les nouvelles fondations pêle-mêle avec des débris de colonnes antiques dont le fût est cannelé; on a remarqué une base d'un profil assez pur, et un fragment de chapiteau corinthien dont les détails du tailloir accusent la fin du II. siècle; un tronçon de colonne décoré de trophées; un autre tronçon orné de feuilles d'eau et de feuilles d'acanthe crispées; tout enfin indique que ces restes proviennent d'un édifice romain de quel

qu'importance, avoisinant les remparts de l'ancienne ville de Bourges. En effet, au rez-de-chaussée et au milieu de la maison de M. Berry, on remarque une tour romaine bien conservée à l'intérieur, joignant l'ancienne enceinte qui, de ce point, se dirigeait, à droite, vers le palais de Jacques Cœur, construit sur la ligne des fortifications romaines, et de l'autre côté, à gauche, allait rejoindre les murs antiques que l'on remarque à l'entrée de l'hôtel de la préfecture.

Après l'examen de ces débris de la civilisation romaine dans le centre des Gaules, le Congrès s'est transporté dans le jardin de la préfecture, où l'on a retrouvé la vieille muraille et une colonne milliaire assez bien conservée. De l'hôtel de la préfecture la réunion s'est dirigée, par les rues adjacentes, vers la porte de Seraucourt où se trouve une porte romane du XII. siècle, appartenant à l'ancienne église St. -Ursin. Cette belle porte, qui présente des détails curieux, tels qu'une chasse et un zodiaque, où l'année commence en février, a été préservée d'une destruction complète, par M. de Barral, ancien préfet du Cher, qui la fit placer en cet endroit pour la sauver, en l'utilisant, du marteau des démolisseurs modernes.

L'enceinte romaine, assez bien conservée jusques à la hauteur de 4 à 5"., et qui va de la porte de Seraucourt au jardin de l'archevêché par lequel elle se replie en retour par un angle droit sur la cathédrale, a ensuite attiré l'attention du Congrès. On a d'abord rencontré, à 50m. environ de la porte, une tour construite en grand appareil romain, par exception au mur d'enceinte, bâtie en petit appareil avec des chaînes de briques affectant des hauteurs inégales.

M. Thiollet, membre du Congrès, qui s'occupe avec un zèle infini de recherches sur les édifices antiques, avait eu l'heureuse idée de faire pratiquer des fouilles, et on a pu juger ainsi que la base de la tour, ou stylobate, sur lequel repose la tour ornée de pilastres très-peu saillants, avait été enterrée par des attérissements successifs.

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M. Thiollet a fait remarquer que la présence de pilastres semblables avait été constatée par lui à Sens. M. de Caumont a indiqué le même système dans quelques tours des enceintes d'Arles et de Périgueux.

Une autre tour, dans le jardin de l'archevêché, est construite en petit appareil avec chaîneaux de briques assez rapprochées jusques à fleur du sol du jardin. Des fouilles dues encore à l'obligeante activité de M. Thiollet, sur un des flancs de la tour, ont fait voir le grand appareil sous le petit, ce qui rend probable l'opinion que cette dernière tour est semblable, dans le bas, à celle que nous avons décrite plus haut, ce que l'exhaussement seul du sol a empêché de reconnaître.

Là s'est arrêtée l'excursion; les débris de l'enceinte antique se perdent dans le dédale des édifices modernes au-delà de la cathédrale.

Le secrétaire,

BERRY.

Excursion archéologique du 5 octobre.

Le 5 octobre, à onze heures, les membres du Congrès ont continué leur excursion archéologique, et visité les monuments du moyen-âge que renferme la ville de Bourges. L'attention principale du Congrès a été dirigée d'abord sur l'hôtel Jacques Cœur, lieu de ses séances, monument remarquable, élevé par l'argentier de Charles VII, sur les débris d'une construction gallo-romaine qui formait l'enceinte de l'ancienne ville. Ce magnifique monument, où les arts du moyen-âge qui précédèrent la renaissance ont étalé les trésors et les caprices de l'imagination, a été exploré dans toutes ses parties, depuis l'emplacement des cuisines jusqu'au donjon; partout le cachet du maître, qui fit construire cette somptueuse demeure,

se rencontre gravé sur la pierre. La partie qui a attiré plus spécialement l'attention du Congrès a été la magnifique chapelle de ce véritable palais du moyen-âge, où l'élégance de la forme le dispute à la hardiesse de l'art. Il est à regretter que, dans l'appropriation du palais de Jacques Cœur au service des tribunaux qui y tiennent leurs séances, on ait en quelque sorte mutilé la chapelle en établissant un étage qui coupe en deux parties ce véritable chef-d'œuvre de l'architecture de l'époque dans la partie supérieure, on trouve d'élégantes et remarquables peintures à fresque.

De là la Société s'est dirigée vers l'hôtel dit de Cujas, rue des Arènes, autre monument qui accuse l'époque de la renaissance, et où l'on retrouve le mélange de la brique aux matériaux qui entrent dans la construction de l'édifice, orné de jolies arabesques sur le portail extérieur actuellement muré. Des débris de fresque extérieure, et des traces d'inscriptions mutilées par le temps attendent que des explorateurs viennent les arracher à l'obscurité à laquelle ils paraissent condamnés. Le nom du célèbre Cujas leur mériterait au moins cet honneur. L'édifice qu'habita le grand jurisconsulte, sert actuellement de caserne à la gendarmerie.

Au sortir de l'hôtel Cujas, l'ancien hôtel-de-ville de Bourges, rue du Paradis, aujourd'hui le petit collége, attirait naturellement les membres du Congrès qui avait à fixer son attention sur une construction qui remonte à 1488, et remarquable surtout par une tour servant d'escalier, sculptée et ornementée du haut en bas d'une manière fort curieuse et par une salle, au rez-de-chaussée, dans laquelle se trouve une cheminée colossale du moyen-âge, offrant les armes sculptées de la ville de Bourges, avec ses supports de grande dimension, et dont tout le manteau est semé de moutons. Cette pièce sert de réfectoire.

Après le petit collége, et en suivant toujours l'enceinte

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