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5° - Les bas-côtés.

Le projet propose de refaire en entier la couverture des bas-côtés. Cette couverture, en dalles que nous avons trouvées en bon état et généralement bonnes, serait refaite à neuf; mais, au lieu de reposer sur la chape des voûtes, elle serait surélevée et soutenue par un système de voùtains en briques, superposés aux anciennes voûtes. Nous croyons ce système défectueux, mais il ne parait pas utile de s'y arrèter, attendu que le dallage actuel est bon, peut ètre conservé, et n'appelle d'autres travaux que ceux d'entretien ordinaire.

6o – Le comble.

Le comble est coinposé de fermes en chêne, dont le plus grand nombre, les anciennes, sont d'une construction meilleure que celles indiquées par le projet. Ces fermes, en bois très-sain, parfaitement conservé, ont pour base un entrait d'une seule pièce sur lequel porte le pied des arbalétriers, dontil retient ainsi la poussée tout entière. Et nous voyons dans le projet des fermes dont l'entrait est coupé et traversé par le poinçon de la ferme, disposition qui ne vaut pas l'ancienne et laisse plus de jeu à la poussée des arbalétriers.

Le rapport est muet, d'ailleurs, sur les motifs de reconstruction du comble , et nous n'en trouvons la trace que dans la phrase suivante, qui a si fort effrayé les défenseurs de la cathédrale, et qui nous semble en contradiction avec les plans de reconstruction partielle :

« C'est-à-dire , en un mot, que l'état actuel de l'édifice

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exige une reconstruction complète des euvres hautes. »

Or, nous n'avons rien découvert qui exige la reconstruction d'une charpente en aussi bon état, bien établie, et d'une qualité supérieure à ce qu'on pourrait trouver de meilleur aujourd'hui.

Conclusion.

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Une panique, - la chute de plâtras et d'un moellon durant l'office, voilà les causes de cette grave affaire. Cette panique, cette crainte fort exagérée, assurément, a-t-elle gagné les architectes diocésains ? Est-il vrai, selon le dire des défenseurs de l'édifice, qu'on n'ait pas étudié avec suite, avec attention, les causes et les effets des déformations de la nef et de ses arcs-boutants. Ces mouvements, assurément anciens, ont-ils recommencé en ces dernières années, ont-ils été accrus par l'absence totale d'entretien de la cathédrale ? Un édifice aussi négligé ne parait-il pas beaucoup plus compromis qu'il ne l'est en réalité? Enfin les travaux importants qu'il faut exécuter doiventils n'être qu'une restauration simple, une restitution pierre par pierre, selon le veu des habitants d'Évreux, ou doit-on procéder à la reconstruction totale des auvres hautes, selon les termes du rapport, et contrairement aux plans adoptés, telles sont les questions à résoudre.

Or, nous croyons avoir démontré l'inutilité absolue des travaux en ce qui touche le comble;

La convenance d'une simple réparation des terrasses des bas-côtés ;

Le peu d'utilité de refaire en entier les fenêtres, tout en conservant les murs surplombés de onze centimètres ;

Le danger de refaire en entier les voûtes de la nel appuyées sur ces murs, qui auraient ainsi à subir une seconde fois l'effort auquel ils ont cédé déjà une première.

Sur ces divers points, nous concluons qu'il n'y a lieu qu'à des réparations ou des restaurations respectueuses.

Il n'en est pas de même des contre-forts, des arcs-boutants.

Ces parties importantes des constructions extérieures ont besoin d'une restauration générale. Plusieurs arcsboutants doivent évidemment être reconstruits. Un examen attentif des autres et les conséquences mêmes de la restauration peuvent nécessiter la reconstruction d'une grande partie des arcs-boutants supérieurs, qui sont les plus endommagés; mais, quant à les supprimer, contrairement à la conception première de l'édifice; quant à démolir les arcs-boutants du premier rang et tous leurs contre-forts, c'est autre chose; les raisons avancées par le rapport ou n'existent pas ou sont fort exagérées. La conservation des murs de la nef, admise dans les plans, démontre que le péril n'est pas, même aux yeux des architectes diocésains, aussi grand qu'ils l'ont affirmé, et qu'il ne peut être question d'une reconstruction totale des euvres hautes.

La question est donc rainenée simplement à la restauration ou reconstruction des arcs-boutants et des contreforts, à savoir : s'il est possible de les restaurer, sinon de les reconstruire tels qu'ils sont depuis le xve siècle, saul, en ce dernier cas, à leur donner un appareil mieux unifié. La seconde hypothèse est bien évidemment acceptable, inème pour les défenseurs de la cathédrale, et nous croyons que là se trouve la fin de la discussion et la vraie solution du différend.

Il est impossible, en terninant, de ne pas penser à la cathédrale de Bayeux, condamnée par les architectes, défendue énergiquement par la population, et finalement sauvée de la démolition et parfaitement restaurée.

Cet exemple montre que l'intervention des archéologues et du public n'est pas toujours inutile, et qu'elle peut encore avoir pour résultat la conservation d'un monument condamné par les hommes de l'art. La cathédrale d'Évreux n'est pas en péril. M. Viollet-le-Duc a fait placer des étais et des tirants provisoires qui éloignent toute crainte d'accident, et permettent d'attendre qu’une étude sérieuse et impartiale ait démontré la nécessité des reconstructions s'il fallait s'y résoudre, ou la possibilité des restaurations devenues urgentes par la négligence et le défaut d’entretien.

Restaurons, n'abattons pas.

HENRI SABINE,

Architecte, secrétaire général de la Société

nationale des Architectes, membre de la Société des Antiquaires de Normandie.

N° 9.

AFFAIRE DE LA CATHÉDRALE D'ÉVREUX.

(Extrait de l'Architecte, 25 juin 1874.)

Délibération du Conseil de la Société nationale des Architectes, adoptée en séance, le 17 juin 1874.

Le Conseil,

Après avoir pris connaissance des diverses pièces ci-après énoncées :

1° Lettre de M. Raymond Bordeaux à M. le Ministre es Cultes, en date du 17 juin 1873;

2. Rapport de M. l'abbé Lebeurier, chanoine de la cathédrale d’Évreux et archiviste du département de l'Eure, à M. le Préfet de l'Eure, en date du 11 avril 1873;

3° Notice lue à la Société libre de l'Eure, le 15 mars 1874, par M. l'abbé Lebeurier;

4o Pétition de cinq cents notables habitants de la ville d'Évreux, transmise au Ministre par M. Raymond Bordeaux, en mars 1874;

5° Réponse de M. le Ministre, en date du 28 mars 1874;

6° Observations soumises au Ministre, le 9 avril 1874, par M. l'abbé Lebeurier;

7. Rapport de M. Viollet-le-Duc au Comité des inspecteurs diocésains, le 27 janvier 1874.

Vu également l'examen critique du projet de reconstruction de la cathédrale d'Évreux, inséré dans le numéro 9 du journal l'Architecte;

Considérant,

Que l'intervention de l'État pour la surveillance et la conservation des monuments publics a pour objet principal leur entretien et leur restauration;

Qu'une restauration ne peut justifier son titre que si elle est faite avec un respect absolu des formes et du style de l'édifice;

Qu'il est dangereux de vouloir substituer aux formes anciennes des formes peut-être meilleures théoriquement, mais qui, étant modernes, sont, à priori, en désaccord avec la pensée des créateurs d'un monument ancien, et peuvent en dénaturer le caractère historique et artistique;

Que le rapport de M. Viollet-le-Duc proposant la reconstruction totale des æuvres hautes est en contradiction avec les plans et devis présentés à l'adjudication d'après lesquels les murs sont conservés;

Que ce même rapport ve donne aucun motif pour la

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