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Puis vient la mort qui anéantit tout notre étre, en sorte qu'il ne resterait rien de nous si la renommée ne sauvait notre nom de l'oubli. Mais le temps lui-même dévore les plus grands souvenirs, et tout disparait devant l'éternité de Dieu, en qui seul est notre dernière espérance.

La vérité, qui n'était encore que soupçonnée, acquit bientôt pour M. Palustre un haut degré de certitude, lorsque ouvrant une édition de Pétrarque, publiée à Venise par Gabriel Giolitto, en 1545, il aperçut, en tête de chacun des livres des Triomphes, un petit bois finement exécuté, qui était la reproduction de ce qu'il avait remarqué à l'hôtel du Bourgtheroude.

M. Palustre fait passer ce curieux volume sous les yeux des membres de la Société, et la similitude des bas-reliefs et des gravures excite vivement la curiosité de tous. Ces vieilles gravures présentent d'autant plus d'intérêt qu'elles permettraient même, au besoin, la restitution des deux premiers bas-reliefs de l'hôtel de Bourgtheroude, qui sont presque entièrement frustes aujourd'hui.

Des remerciements très-vifs sont adressés, au nom de la Société, par M. de Glanville, à M. Léon Palustre, pour cette intéressante communication.

Lecture est ensuite donnée de la quatrième question ainsi conçue : Rechercher le véritable auteur des vitraux de Saint-Vincent de Rouen, sur laquelle M. Léon Palustre demande à faire quelques observations.

Il a été depuis longtemps frappé, dit-il, de la ressemblance qui existe entre certains vitraux de Saint-Étienne, de Beauvais, et ceux de Saint-Vincent, de Rouen, et il croit pouvoir attribuer les uns et les autres aux mêmes artistes. La publication d'une intéressante monographic

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( L’Église de Saint-Vincent, de Rouen, par Paul Baudry. Description des vitraux. Rouen, Métérie, 1875), due à la plume exercée de l'un de ses collègues présents dans cette enceinte, n'a fait que le confirmer dans cette opinion. A la page 93 (description du vitrail de Saint-Jean-Baptiste), nous lisons en effet : « Des tillets disposés en avant et sur le côté de la salle du festin, à l'extérieur, offrent le millésime 1525, entre deux monogrammes que nous croyons être l'un L. P., l'autre E. L. P., et qui pourraient appartenir à la famille Le Pot, dont plusieurs représentants se distinguèrent à Beauvais, au xvi° siècle, comme peintres verriers, et dont l'un, Jean Lepot, mourut en 1563. Ces monogrammes se rapporteraient au nom de JEHAN LEPR... que porte la verrière allégorique. » Et plus loin, page 104 (Vitrail des OEuvres de Miséricorde) : « Sur les deux arcades, séparées par un pilastre arabesque, on a découvert les initiales I. L. P. et E. L. P., qui paraissent être les mêmes que celles inscrites sur la verrière de SaintJean-Baptiste. )

La description de M. Paul Baudry est très-exacte, seulement M. Léon Palustre ne saurait admettre, en aucune manière son interprétation. Il comprendrait, à la rigueur, que le monogramme I. L. P. puisse être traduit par Jean Le Pot, mais cette explication, néanmoins, se trouve en contradiction flagrante avec l'inscription du vitrail allégorique qui porte en toutes lettres JEHAN LEPR... et qui, pour tout connaisseur, est évidemment de la même main. De plus, elle ne donne aucunement le sens de cet autre monogramme E. L. P., qui est partout accolé au premier. «Voici pour la lettre, si je puis m'exprimer ainsi, dit M. Palustre, mais il resterait encore à prouver que Jean Le Pot ait jamais été un peintre verrier, ce qui est fort contestable. Dans sa Notice sur SaintÉtienne, de Beauvais, en effet, M. de Saint-Germain cite une inscription tumulaire qui seinble indiquer le contraire. Cette pièce, tirée d'un manuscrit du château de Bachevillers, est ainsi conçue :

« Dans le cimetière (de l'église Saint-Étienne), près la tribune aux harangues, du côté du mur, on voit l'épitaphe d'Angrand ou Enguerrand le Prince, peintre sur verre, et Jean Le Pot, sculpteur, sur une pierre, en ces termes :

CY GIST ENGRAND LE PRINCE,
EN SON VIVANT VITRIER, NATIF DE BEAUVAIS,
LEQUEL DÉCÉDA, LE JOUR DE PAQUES FLEURIE, 1530,
ET JEAN LE POT, TAILLEUR D'YMAGES, NATIF DE BALLERVA,
PRÈS D'ARRAS, QUI TRÉPASSAT LE 12• JUILLET 1563.
LES DITS ONT FAIT DANS CETTE ÉGLISE
PLUSIEURS OEUVRES DE LEUR MÉTIER,
PRIEZ DIEU POUR LES TRÉPASSÉS EN DISANT :

Pater noster , Ave Maria.

Jean le Pot n'était donc pas un peintre verrier, mais un tailleur d'images, c'est-à-dire un sculpteur, ce qui n'est pas tout à fait la même chose. Son nom doit donc être écarté de la liste des artistes qui ont travaillé aux vitraux de Saint-Vincent. Mais en est-il de même d'Enguerrand le Prince, qui figure avec la mention de vitrier sur la même épitaphe? non, assurément. Ce dernier, du reste, eut un fils, Jean le Prince, qui exerça la même profession que son père, et devint à son tour un artiste distingué. Ainsi se trouvent expliqués les deux monogrammes placés l'un à côté de l'autre dans la verrière de Saint-Jean-Baptiste et dans celle des OEuvres de Miséricorde E. L. P. et I. L. P., c'est-à-dire Enguerrand le Prince et Jean le Prince, aussi bien que l'inscription du célèbre vitrail allégorique IEHAN LEPR...

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M. le Président propose, en terminant, de décerner à

M. le curé de Saint-Vincent, au nom de la Société, une médaille d'argent, pour le remercier des services qu'il a rendus à l'archéologie en faisant preuve, dans la restauration des vitraux de son église, d'autant de savoir que de goût.

Cette proposition est accueillie par acclamation, et M. le Président annonce que dès demain il remettra lui-mêrne à M. l'abbé Dumesnil, la médaille de la Société.

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Sur la cinquième question : Examiner les projets relatifs à l'achèvement de la flèche de la cathédrale de Rouen, M. de Glanville, au nom de M. Barthélemy, communique la note suivante, qui est écoutée avec la plus grande attention:

Note sur la flèche en fonte de fer de la

cathédrale de Rouen.

Le 15 septembre 1822, la flèche de la cathédrale de Rouen, qui avait été construite en 1544, par Robert Becquet, fut détruite par un incendic.

Immédiatement après, M. Alavoine, architecte, fut appelé pour examiner l'état de la tour centrale, sur laquelle cette flèche avait été édifiée, et, dès le 28 du même mois, il adressait à M. le Préfet de la Seine-Inférieure un rapport dans lequel se trouvaient les considérations suivantes :

« La flèche de la cathédrale de Rouen, construite d'abord en pierres, fut renversée par la foudre; - rétablie en bois à deux époques différentes, elle devint deux fois la proie des flammes;-ainsi, reconstruire cette flèche en bois, ce serait faire les préparatifs d’un troisième incendie. )

C'est ce qui détermina M. Alavoine, dont la science ne peut être mise en doute, à adopter pour la reconstruction de cette flèche la fonte de fer.

Les premiers dessins de cette nouvelle flèche furent faits sous les inspirations d'Hyacinthe Langlois, avec lequel M. Alavoine était intimement lié, et ce projet ayant été présenté au Gouvernement fut adopté.

M. Alavoine dirigea l'exécution des travaux de ce monument jusqu'à sa mort, arrivée le 15 novembre 1834. Ils furent ensuite continués sur les mêmes plans par MM. Dubois et Pinchon; mais en 1848, lorsque les parties supérieures, composées de la lanterne et de l'aiguille, étaient déjà assemblées dans la cour du chantier et prètes à monter, les travaux furent complétement suspendus.

Il est bon de noter qu'à cette époque le montant des travaux exécutés s'élevait à 1,010,483 francs 41 centimes, et qu'ils furent payés, savoir :

Sur les fonds du Trésor public. 748,071 fr. 70 c.

Et par la souscription, la ville et le département. Ensemble.

262,411 Somme égale

1,010,483 41 L'Etat a donc fourni un peu moins des trois quarts de la dépense; et la souscription, le département et la ville ensemble, un peu plus du quart.

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En 1859, sur la demande de Mgr le cardinal de Bonnechose, archevêque de Rouen, la question de l'achèvement de la flèche ayant été de nouveau examinée, MM. Violletle-Duc, Vaudoyer et Labrouste, inspecteurs généraux des édifices diocésains, demandèrent que l'on fit l'étude de la partie inférieure, composée de quatre clochetons avec huit arcs-boutants et quatre grands gables garnis de meneaux dont les dessins n'avaient pas encore été arrétés par les

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