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donjon de Sainte-Suzanne aux châteaux de Mayenne, Laval, Château-Gontier et Sablé. Au midi, le Loir formait une autre barrière défendue par les forteresses de la Flèche , de Château-du-Loir , avec Mayet pour avantgarde, de Troo, de Montoire, de Lavardin, de Vendôme et de Fréteval. Mondoubleau était une place avancée trèsimportante. Plus au nord, les châteaux du pays chartrain, Châteaudun, Bonneval, Illiers, Nogent-le-Rotrou devenaient aussi places frontières.

Frontière du pays chartrain. - La petite rivière d'Avre, coulant pendant soixante-dix kilomètres dans une étroite vallée, entre les plaines de l'Evrecin et celles de la Beauce forunait de ce côté un fossé naturel et délimitait la frontière d'une manière qui n'a jamais varié.

Avra licet parva Francorum dividit arva.

Les châteaux de Chênebrun, Verneuil, Tillières et Nonancourt étaient bâtis sur les collines qui dominent cette rivière au nord et se trouvaient tous au passage de routes anciennes qu'ils interceptaient. Illiers-l'Évêque se trouvait un peu plus loin dans la plaine, sur la route de Dreux à Évreux. Dans plusieurs endroits où la rivière encore faible ne formait pas un obstacle suffisant, le roi Henri JI avait fait creuser de longues lignes de fossés avec un rempart de terre. M. de Caumont les signale dans les communes d'Irai, Chènebrun, Saint-Christophe et Courteilles, où ils portent le nom de Fossés-ie-Roi. Il engage à les étudier dans leur ensemble et par rapport avec les forteresses voisines. A une dizaine de kilomètres en arrière, le cours de l'Iton et les châteaux de Bourth, Cintray, Condésur-Iton, Breteuil et Damville for maient une seconde ligne parallèle à la première. Une troisième consistait dans les trois fortes places de Laigle, Conches et Évreux,

reliées par le cours de la Rille et par les forêts de Breteuil, de Conches et d'Évreux. Cette frontière fut rarement attaquée avec succès, et plus d'une fois, particulièrement en 1119, Breteuil fut le bouclier de la Normandie.

Les châteaux placés sur la rive française de l'Avre avaient, en général, moins d'importance que ceux de la rive normande. Armentières était en face de Chênebrun, Bérou en face de Tillières, et le Plessis-Saint-Rémy en face de Nonancourt. Une lettre de Gui de Galardon, publiée par M. Merlet, nous apprend que ce dernier fort fut construit en 1112 par les troupes de la comtesse de Blois, de Gervais de Châteauneuf et d'Amaury de Montfort. Cette construction rapide, ce nom du Plessis que porte aussi, non loin de là, le Plessis-sur-Ver, montre que ce n'étaient que des redoutes avec fossés et palissades. Il est vrai qu'à peu de distance de l'Avre se trouvaient les forts châteaux de la Ferté-Vidame, Brezelles et Dreux. Cette dernière place, ceinte de hautes murailles, était d'une grande importance et le centre de la défense du côté de la France, tant sur cette frontière que sur celle de l'Eure. Le cours de la Blaise, avec les forêts de la Ferté-Vidame et de Senonches, formait une ligne de défense naturelle en arrière de laquelle se trouvaient Senonches, Châteauneufen-Thimerais, remplaçant l'ancienne place de Thimest; enfin Nogent-le-Roi et Maintenon, gardant les passages de l'Eure. Chartres, que les Normands avaient assiégée plusieurs fois avant la construction de ces châteaux, se trouvait parfaitement à l'abri.

4° Frontière du Mantois ou de l'Eure. L'emploi du nom de Mantois, pour désigner la partie du domaine royal entre l'Eure et la Seine, est assez moderne; mais comme Mantes était la place la plus importante des rives de la Seine, et que cette ville fut la base d'opération de toutes

les guerres qui eurent lieu sur cette frontière, on peut l'employer, faute d'une meilleure désignation.

L'Eure ayant une certaine importance après sa jonction avec la Blaise et l'Avre, formait jusqu'à Pacy, pendant une trentaine de kilomètres, une excellente défense pour la Normandie; de là à Vernon, la frontière n'avait à franchir qu’un plateau de douze kilomètres, séparant l'Eure de la Seine. Les châteaux de Marcilly, Crot, Ezy, Ivry, Méré, Pacy, dominaient tous les passages de cette rivière. Le plus important de tous était Ivry, bâti sur une colline abrupt, avec une double enceinte de fossés, et fermant une ancienne voie qui, depuis les Romains, était le principal accès de l'Evrecin, du côté de Paris. En arrière était Saint-André-en-la-Marche, et plus loin Évreux, but de toutes les attaques faites de ce côté. Vernon, avec les deux châteaux du Goulet, et plus loin Gaillon, défendait les rives de la Seine; Auteuil, la Croix-SaintLeuffroy et Aquigny celles de l'Eure, de sorte qu'une armée s'engageant entre les deux rivières se trouvait dans un cul-de-sac.

Du côté de la France, les rives de l'Eure étaient gardées par Sorel et Anet, appuyés à la profonde forêt de Dreux, et le vieux château de Guainville. Dans la vallée de la Vesgre, perpendiculaire à celle de l'Eure, on trouvait Rouvres et Bu, puis les premiers châteaux de la châtellenie de Montfort-l'Amaury, Gressey, la Haye-de-Herce, Richebourg, Gambais et Houdan, le plus important de tous. Derrière eux s'étendait la vaste forêt Iveline. Au nord de cette forêt, l'étroite vallée de la Vaucouleur formait un fossé transversal jusqu'à Mantes. Il était défendu par Septeuil, Rosay et quelques autres petits châteaux.

En 1098, Guillaume le Roux ayant attiré à son parti

Simon, seigneur d'Anet, Nivard, seigneur de Septeuil, et un cadet de la famille de Montfort-Amaury, seigneur de Houdan, essaya de pénétrer en France de ce côté. Cette première ligne lui étant livrée, grâce à la complicité de ces seigneurs, il put, avec sa nombreuse armée, franchir sans obstacles l'Eure et la Vaucouleur, mais il se heurta contre une seconde ligne de défense. Simon Il, dit le Jeune, alors seigneur de Montfort-l'Amaury et d'Épernon, défendit ces places avec succès. Le passage de la Mauldre, dont la profonde vallée forme un second fossé perpendiculaire à la Seine, fut empêché par la résistance victorieuse des châteaux de Maule, Beine, Neaufle-le-Château et autres de moindre importance. Après avoir ravagé toute la contrée, le roi d'Angleterre dut se retirer sans avoir pu forcer aucun de ces châteaux (1).

Pour prévenir une nouvelle entreprise de ce genre, Louis VI, en 1137, permit à Amaury III de Montfort, de construire à mi-chemin de Houdan à Mantes, à la rencontre de deux routes et dans une excellente position, l'importante forteresse de Montchauvet. Malheureusement, en 1159, Simon III, fils d'Amaury, s'étant brouillé avec le roi de France et faussant la foi qu'il lui devait, favorisa une invasion plus redoutable en ouvrant ses châteaux au roi d'Angleterre. Celui-ci étant dès lors maitre de s'avancer sans obstacle jusqu'au cœur du royauine, Louis VII dut céder, demander immédiatement une trêve, puis faire la paix, en 1160, en rendant à son vassal révolté tous les droits qu'il lui contestait.

Sur les rives de la Seine, la ville de Mantes, située à la rencontre de plusieurs voies anciennes et commandant un des passages les plus importants les plus importants du fleuve, était le boule

(1) Ordéric Vital, L. X, ch. 4.

vard de la France. Autour et en avant de Mantes se trouvaient les châteaux de Rosny , Rolleboise, Le MénilRegnard, détruit par Henri ler en 1118, Cravent, Valgoutard et Bréval. Cette dernière forteresse, construite à la fin du xie siècle dans un pays boisé, entre Mantes et Ivry, mérite une mention spéciale à cause de l'ambition de son fondateur, Ascelin Goel. Ce seigneur se crut assez fort pour ne ménager personne et piller indistinctement Français et Normands. En 1094, Philippe fer et le duc Robert, dans un moment où ils étaient d'accord, réunirent leurs armées pour l'assiéger dans son repaire, et n'y parvinrent qu'après deux mois d'efforts.

Bien des combats se livrèrent aux environs de Mantes. Une seule fois, en 1087, elle tomba au pouvoir des Normands, et la mort de Guillaume le Conquérant put seule calmer la terreur que ce désastre avait causé en France. En remontant la Seine, les passages de ce fleuve: étaient gardés par Meulan, Poissy et Conflans-Sainte-Honorine. 5° Frontière du Vexin et du Beauvoisis. – A partir de

. la Seine, la frontière de la Normandie était formée par l'Epte sur une longueur de quatre-vingts kilomètres. Dans son cours supérieur, cette rivière séparait le pays de Bray du Beauvoisis, dans son cours inférieur le Vexin norinand du Vexin français. La forteresse de Gisors, placée au milieu, était le centre de la défense sur ces deux frontières. Sous Guillaume le Conquérant, le château de Neaufle, situé à deux kilomètres de là, sur un coteau dominant la Lévrière, était la principale place du Vexin normand et la résidence du vicomte de cette province, et il n'y avait à Gisors qu'un donjon servant de poste avancé. Mais Guillaume le Roux, ayant reconnu toute l'importance de cette position, au confluent de plusieurs vallées et de routes importantos, y fit construire, sous la direction de Robert de Bellême,

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