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chapitre général qui notamment déposa en 1279 Eudes, dix-huitième abbé, parce que celui-ci voulait faire prévaloir plus que de raison l'influence de Clairvaux.

Il nous resterait bien des choses à dire sur la vie religieuse à l'intérieur, et sur les relations de l'abbaye avec le pays. Une foule de petits détails nous paraissent intéressanis parce qu'ils s'appliquent à des lieux que nous connaissons; mais nous sommes contraints de rester dans la limite que nous nous sommes tracée. Pour ce qui concerne la vie monacale, nous renvoyons aux ouvrages spéciaux, et pour les détails relatifs à Montiers aux pièces justificatives.

En un mot, la mort seule mettait fin à la vie commune et aux durs travaux des religieux; là commençait l'éternité, qui était leur but.

Alors le corps du simple moine allait remplir une des fosses ouvertes d'avance au cimetière; les abbés étaient ensevelis sous les dalles de l'église ou de la salle capitulaire.

De tout temps, les séculiers achetèrent à l'envi le droit d'être inhumés dans l'église de Montiers ou d'y fonder des anniversaires; aussi le livre des obits et le texte de ses inscriptions ne seraient point sans intérêt. Mais le premier document ne se retrouve point et les pierres tumulaires sont pour la plupart brisées ou indéchiffrables.

VIII

CHRONOLOGIE DES ABBÉS RÉGULIERS.

Après avoir parlé de l'ordre de Citeaux et de l'abbaye de Montiers sous l'administration des abbés réguliers, nous devons, pour être complet, donner la liste de ces mêmes

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abbés qui gouvernèrent l'abbaye depuis sa fondation jusqu'en 1440 environ.

Nous suivrons ici la chronologie adoptée par les auteurs du Gallia Christiana , en nous contentant de résumer ce que nous avons déjà dit sur plusieurs abbés, et ce qui concerne l'administration de chacun d'eux dans les titres.

Le premier et le seul abbé de l'ordre des chanoines d'Arroés fut Eustache dont nous avons amplement parlé au chapitre de la fondation de Montiers, qui sortit, en 1134, du couvent de Saint-Paul de Verdun, à la voix d'Adalberon de Chiny, évêque de Verdun, et de Geoffroy, évêque de Châlons, pour poser les fondements de l'ancien Montiers, situé sur le territoire de Sommeille, puis de l'Isle-enBarrois et de Châtrices, où il mourut en 1147. Sa mémoire était consignée au nécrologe du monastère au quatrième jour avant les calendes d'août.

Mais l'absence d'Eustache et ses nombreuses occupations furent une cause de dérangement dans la vie des moines · qu'il avait laissés à Montiers. Aussi ceux-ci furent-ils renvoyés à leur couvent, et remplacés par des moines de l'ordre de Citeaux, tirés du nouveau monastère de TroisFontaines, qui vinrent, sous la conduite de Gervais, à Montiers. Celui-ci fut le second abbé (1148-1164) et il fit adopter, avec l'autorisation du Pape, la règle de Citeaux, sous la filiation de Trois-Fontaines, première fille de Clairvaux.

Gervais recueillit de nouvelles et importantes donations, et parce que les anciens bâtiments fondés par Eustache étaient situés dans une position dangereuse et exposés au pillage des

gens
de guerre,

il commença la construction d'une nouvelle maison, près du Gué de Vadivière, sous la forêt de Tremblay.

Gervais, ayant été élu, en 1164, abbé de Trois-Fon

taines, fut remplacé par Nicolas, ex-prieur de Cheminon, qui mourut en 1167.

Après la mort de celui-ci, Gervais fut de nouveau élu abbé de Montiers; il quitta Trois-Fontaines pour revenir au nouveau monastère qu'il avait fondé et rassembla les matériaux pour la construction de l'église dont il posa la · première pierre; mais la mort l'empêcha d'achever son

Quvre.

Hugues de Bricy, prieur de Trois-Fontaines succéda à Gervais, en 1182, mais après huit mois d'exercice, il abdiqua pour reprendre la vie de simple religieux.

L'abbé qui fut élu après Hugues de Briey s'appelait Dei amicus, l'ami de Dieu (1182-1195). Il était moine du Val Sainte-Marie. C'est sous lui que s'apaisa, au moins pour quelque temps, par un traité, le différend entre les religieux de Châtrices qui avaient conservé la règle des chanoines et ceux de Montiers qui l'avaient quittée pour celle de Citeaux, au sujet des biens donnés à Eustache, leur fondateur commun. L'affaire fut traitée entre l'abbé de Clairvaux, le prieur de ce lieu, et l'abbé de Vauluisant, arbitre et amiable compositeur entre les deux couvents de Trois-Fontaines et de Cheminon, au sujet des limites de leurs biens contigus, et notamment de l'usage des pâturages et de la glandée dans la forêt de Luiz qu'ils tenaient de Hugues de Champagne, fondateur des deux abbayes. Le principal sujet du litige était la construction, par les moines de Cheminon, d'une tuilerie dans une partie de cette forêt revendiquée par ceux de Trois-Fontaines. Le partage en avait été fait dès 1180 par Pierre de Clairvaux et ce titre était aux archives de Trois-Fontaines; mais il parait qu'il ne satisfaisait pas les parties qui ne s'y soumirent point.

Un nouvelle sentence intervint et ce ne fut point sans

résistance que l'abbé de Cheminon céda; il menaçait d'en appeler devant l'abbé de Clairvaux de ce nouveau jugement; mais comme les juges obéissaient à une délégation du chef d'ordre, l'appel devenait impossible. Dei amicus, comme président de cette commission, signifia la décisiou aux quatre principales abbayes de Citeaux, Clairvaux, Pontigny, La Ferté et Morimont. Deux ans après, les querelles ayant recommencé, les fauteurs du désordre furent expulsés du couvent de Cheminon. Une chronique de l'abbaye dit que l'abbé Dei amicus fut déposé après treize ans d'exercice, à cause de ses excès qui scandalisèrent l'Église.

Robert, jer du nom, lui succéda (1195-1206).

L'abbaye de Saint-Martin-des-Champs, de Paris, possédait, dans les environs de Montiers en Argonne, à un endroit qu'il nous a été impossible de déterminer précisément, mais que nous pensons ètre à Contault, un prieuré appelé Saint-Martin-le-Pauvre; Robert en fit l'acquisition moyennant dix marcs d'argent de rente annuelle.

Adam, qui fut élu en 1206, était de la famille des seigueurs de Possesse. C'est à lui que l'on applique le nom d'Adam de Thornes qu'on lit dans quelques historiens. Il fonda, à Possesse, le prieuré de Saint-Crépin, et fit borner le territoire particulier de Montiers. Une de ces bornes dont nous avons déjà parlé subsiste encore et porte le nom de la Pierre-Adam. Il abdiqua en 1211.

Après lui on rencontre le nom de Gui de Rinel, qui se retira, en 1217, à Trois-Fontaines, où il mourut.

On alla chercher, pour lui succéder, le célérier de l'abbaye de Longpont, près de Soissons, qui fut élu abbé sous le nom de Robert II; mais, la même année, il fut appelé en la même qualité à Trois-Fontaines.

Guillaume Ier, qui lui avait succédé comme célérier de Longpont, fut fait abbé de Montiers après lui; mais il

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abdiqua aussitôt pour se retirer comme simple moine à Claivaux.

Les abbés se succédaient rapidement alors, car Anseric siégea à peine pendant six mois après Guillaume.

Lothaire, son successeur, mourut au hout de deux ans, et fut enterré dans la salle capitulaire, qui venait d'être achevée ; c'est là qu'ont été inhumés depuis tous les abbés

e morts en exercice.

Mathieu fut élu en 1219. Il combattit, avec Raoul de Clairvaux et Jacques de Trois-Fontaines, les prétentions d'Anceau de Garlande, seigneur de Possesse, à la garde et avouerie de l'abbaye qu'ils affirmèrent n'appartenir qu'au comte de Champagne. Pendant son exercice furent construits le dortoir et le grand réfectoire.

Gérard, prieur d'Igny (1234), fut tiré de son monastère pour succéder à Mathieu, mais deux ans après il abdiqua ses fonctions pour retourner à Igay.

Michel (1236-1254), né en Bourgogne, enrichit le couvent de beaucoup d'acquisitions et d'améliorations. Il fit construire l'aqueduc dont on voit encore aujourd'hui les restes pour amener l'eau dans la cuisine. Il éleva le cloitre, et un dortoir

pour

les convers. Après la courte durée des fonctions de plusieurs de ses prédécesseurs, son adninistration fut relativement longue, elle dura dix-huit ans; Michel mourut en 1254, après avoir à peu près complété les bâtiments de l'abbaye. Son tombeau occupait la seconde place dans la salle capitulaire.

Guillaume II, moine de l'abbaye d'Ourscamp, avait été élu abbé de Trois-Fontaines à cause de la sainteté de sa vie, mais son humilité lui fit bientôt abdiquer pour retourner à Ourscanıp. On l'en tira bientôt pour le faire abbé du Montiers, où il mourut en 1257.

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