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transept s'élevaient, en 1049, à la hauteur qu'ils ont aujourd'hui, lorsque l'église était couverte par un plancher, au lieu de l’être par les voûtes ogivales qui furent érigées en 1170.

La preuve en est que la surface des murs de la grande nef et des bras de croix, comprise entre la pénétration des voûtes les corniches actuelles, est encore en partie recouverte d'un enduit fort épais, badigeonné en rose avec filets blancs, représentant un appareil régulier.

Et il est bien évident que cet enduit a été fait antérieurement aux voûtes, car il se trouve arraché tout au pourtour de leur pénétration.

Au-dessus des mêmes voûtes, les parties encore existantes des anciens pignons, supportés par les quatre grands arcs qui liaient les gros piliers de la croix, ont conservé des traces de la même décoration, laquelle,

du reste, a été appliquée à l'ensemble de l'église de 1049.

Mais ces murs de la nef et des bras de croix qui étaient décorés d'un appareil tracé au pinceau dans toute la hauteur qu'ils ont aujourd'hui et qu'ils avaient en 1049, lorsque l'église était couverte d'un plafond, s'élevaient-ils originairement à la même hauteur?

C'est ce que nous allons examiner.

Dans l'intérieur de la nef, sur toute son étendue et sur ses deux côtés, on aperçoit, en contre-bas des jours circulaires, une démarcation plus ou moins régulière qui donne à penser qu'il y a eu surélévation des murs.

Co doute devient presque certitude lorsqu'à l'extérieur, au niveau de la démarcation remarquée à l'intérieur, on voit le changement de matériaux employés dans la composition des murs.

Jusqu'au niveau de cette démarcation, la maçonnerie des murs est faite de petits moellons de pierre dure, taillés et bien réglés dans leur pose, tandis que leur surélévation est faite de blocaille rouge de ton, non taillée et posée sans méthode.

Au reste, cette surélévation, existante en 1049, comme nous l'avons démontré, ne peut être interprétée comme modification dans l'emploi des matériaux. Elle ne faisait pas partie du programme des constructions primitives, puisqu'il existe encore au-dessus des voûtes, dans les massifs restants de l'ancien arc qui supportait le pignon séparant la nef du chœur, deux parties de rampants de pignon qui indiquent exactement la limite du comble primitif et son inclinaison.

Ces fragments de rampants sont visibles des deux côtés à 40 ou 50 centimètres au-dessus de la démarcation produite

par
la surélévation, espace correspondant à peu près

à à ce que pouvait avoir la corniche primitive, naturellement enlevée lors des modifications de 1049. Voilà donc une nouvelle

preuve
irrécusable

que

les murs de la nef ont été élevés à deux époques différentes.

Primitivement la corniche était placée à la hauteur de la ligne de démarcation, en contre-bas des jours circulaires.

Et en 1049 ils furent soulevés à la hauteur actuelle et des jours circulaires furent établis dans cette surélévation.

Passons maintenant à l'examen des murs des bras de croix, afin de savoir si leur ordonnance corrobore ou dément la preuve citée plus haut en faveur de l'idée émise que le Saint-Remi primitif n'est pas celui constaté de 1049.

Nous avons reconnu que les murs des bras de croix, comme ceux de la grande nef, atteignaient en 1049 la hauteur qu'ils ont aujourd'hui, par la preuve qu'en donnent les enduits coloriés qui couvrent une partie de la surface comprise entre la pénétration des voûtes et la corniche actuelle.

Ces murs des bras de croix ont aussi été construits à deux reprises différentes, comme ceux de la grande nef; la partie inférieure est faite de petits moellons carrés, taillés, posés avec régularité, tandis que la partie haute est construite de blocaille non taillée, non réglée dans sa pose.

Il y a donc aussi surélévation; mais cette surélévation est dans une proportion bien plus grande que celle analogue de la nef. Cela s'explique.

Si, lors du mouvement qui s'est opéré après l'an 1000, un progrès s'est accompli dans l'art de construire, les maîtres ès-cuvres abordaient les difficultés résultant de la pénétration d'un comble dans un autre, tandis qu'avant l'an 1000 ils l'évitaient, en adossant dans toute leur hauteur les parties secondaires contre la partie principale.

D'où le Saint-Remi de 1049 offrait, comme aspect général, un grand corps recouvert d'un comble dans lequel venaient aboutir en pénétration ceux un peu moins élevés des bras de croix.

Tandis que dans le Saint-Remi primitif, un même grand corps en étendue, mais moins élevé, puisqu'il s'arrétait à la démarcation produite par la surélévation, était couvert d'un comble continu sans qu'il y eût pénétration aucune, les combles des bras de croix venant s'adosser au corps principal, en contre-bas des corniches.

D'où il résultait que la différence de niveau entre les corniches du corps de l'église et celles des bras de croix du Saint-Remi de 1049 était moins grande que celle corpondante du Saint-Remi primitif.

Ce qui est encore expliqué par la différence qui existe

!

entre la hauteur à laquelle sont placées les fenêtres pleincintre de la grande nef, d'avec celles correspondantes des bras de croix, dont le tracé seul se voit aujourd'hui, noyées qu'elles sont dans les modifications de 1170.

De l'examen de ce qui précède, il ressort clairement que nous avons dans Saint-Remi trois édifications, différentes de programme, de style et d'époque.

Le Saint-Remi actuel doit, en leur entier, à Pierre de Celles (1170), l'abside, les deux premières travées de la nef, ainsi que toutes les voûtes et le revêtement général de toutes les autres parties.

Le Saint-Remi antérieur doit de même, en leur entier, à Thierry et à Hincmar (1041 à 1049), le clocher sud, la petite chapelle adossée au côté midi du bras sud de la croix, la surélévation des murs de la grande nef, celle des bras de croix, ainsi que les arcatures qui ornent les arcs des galeries supérieures.

Il reste donc à connaitre l'époque où furent édifiés les murs de la grande nef et ceux des bras de croix jusqu'à la naissance de leur surélévation.

Nous ne pouvons leur assigner une date certaine; mais l'examen des éléments de moulures et de sculptures qu'ils comportent nous fait sûrement apprécier qu'ils sont antérieurs à l'an 1000.

En effet, si l'on compare ces éléments à ceux connus, classés, et dont la date est certaine, on ne peut douter que l'on n'est en présence d'un monument d'art non classé, sans équivalent connu, et par conséquent de date bien antérieure à l'an 1000.

Et comme point de comparaison, nous nous contentcrons de désigner les moulures et les sculptures de l'église de Montier-en-Der, qui fut érigée de 992 à 998, époque de la consécration, faite par l'évêque Guybinus. XLII SESSI

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Notons que cette église de Montier-en-Der était fille de l'abbatiale de Saint-Remi de Reims, et qu'elle a dû être élevée d'après les principes adoptés par les religieux bénédictins.

Eh bien! les chapiteaux qui appartiennent à cette époque déjà bien ancienne de 992, sont romans de caractère. Ils sont surmontés d’un tailloir, tandis que ceux de Saint-Remi sont seulement recouverts d’un abaque.

Aux bases des colonnes de Montier-en-Der, l'on voit la griffe apparaitre; à Saint-Remi, il y a absence de ce signe caractéristique.

Et enfin, si l'on examine attentivement la sculpture de Saint-Remi, des chapiteaux, on sent bien que l'on se rapproche de l'art romain, ce qui nous confirme dans la pensée que nous avons dans le Saint-Remi de 1049, une église antérieure qui appartient peut-être à l'an 852, époque où Hincmar fit exécuter d'importants travaux.

Arc SÉANCE DU 28 AOUT.

PRÉSIDENCE DE M. ÉMILE PERRIER.

Siègent au bureau : MM. l'abbé Balestra, de Mellet et Givelet.

M. Paul Royer-Collard remplit les fonctions de secrétaire.

M. Counhaye dépose sur le bureau une fresque qu'il a trouvée en faisant des fouilles au lieu dit le Beau-Camp,

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