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plutôt des métairies que des châteaux. Là, point de ces gros murs, que l'absence des moyens de destructiou actuels en temps de guerre ne rendait pas

nécessaires. Tout au plus de grandes salles et de vastes constructions se faisant suite les unes aux autres et offrant à des colonies de plusieurs centaines de personnes, hommes d’armes, prêtres, laïques, femmes, enfants, tous les avantages de l'habitation rurale.

En admettant même qu'au temps de Pépin le Bref, une construction plus solide que

les autres se soit élevée en ce lieu, cette construction n'était qu'une des parties de la villa de Ponthion. Certains-lieux dits prouvent par leurs noms (notamment la Terre-d'Enfer, corruption de quelque dénomination relative à la maréchalerie) que des constructions de diverses natures, mais fort étendues, existaient là. C'est peut-être de ce côté que devraient se diriger les fouilles.

L'orateur fait remarquer que les constructions de Ponthion, aujourd'hui encore, sont en bois, et qu'aux époques romaine et franke, il devait déjà en être ainsi, qu'il n'est pas étonnant alors qu'on ne retrouve aucun vestige de l'ancienne habitation de nos rois à Ponthion. Le petit château de M. de Frédy était lui-même en bois. Le lieu est bas, plat, la contrée excellente comme qualité de terre; deux petites rivières l'enserrent, et la forteresse de l'ancien Vitry, située à deux lieues de là sur un mamelon élevé, prouve encore que la résidence de Ponthion n'a jamais été un château, une forteresse dans l'acception ordinaire du mot.

La parole est ensuite donnée à M. Leblan, sur la 23° question, ainsi concue :

Existe-t-il dans le département de la Marne

des églises antérieures au xo siècle ? Existe-t-il des églises à date certaine?

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Nous avons l'honneur de présenter au Congrès un travail sur Saint-Remi de Reims, et l'examen des dessins nous amène naturellement à nous demander:

Quels sont les âges différents des constructions de l'église Saint-Remi de Reims?

Saint-Remi contient-il trois époques principales de constructions ? l'une ogivale, l'autre romane, et une autre antérieure encore, qui appartiendrait à l'art carlovingien.

Ou bien ne contient-il que deux åges seulement, l'un ogival et l'autre roman!

En un mot, y a-t-il dans la basilique qui nous occupe des constructions antérieures à celles exécutées en vue de la grande consécration de 1049 ?

Il est peut-être bon de s'arrêter sur cette date, car elle sert de base à l'histoire du monument.

Cette date est indiscutable. Le pape Léon IX consacra l'église Saint-Remi le 2 octobre de l'année 1049. Le lendemain il y ouvrit un concile. Vingt évêques, cinquante abbés et un grand nombre d'ecclésiastiques distingués y prirent part.

Quelle était l'église de la grande consécration ? c'est ce que la dissection du monument actuel nous apprendra.

Prenons le monument tel qu'il se présente aujourd'hui, avec son portail limilé par ses deux clochers, sa grande nef avec ses bas-côtés, son transept, son chevet, et retran

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chons-en ce qui appartient en entier à l'art ogival.

Sans hésitation, supprimons toute l'abside qui se compose de deux collatéraux extrêmes formant chapelles carrées, le sanctuaire, le collatéral qui le pourtourne, et les cinq chapelles rayonnantes, ainsi que les deux premières travées de la grande nef, qui joignent le portail aux deux premiers gros piliers.

Supprimons aussi l'ancien clocher nord (nouvellement reconstruit à son ancienne image), lequel, d'architecture romane, était postérieur à celui sud et relativement de beaucoup antérieur aux constructions ogivales élevées en 1170 par Pierre de Celles.

Au portail, démolissons la partie supérieure jusqu'en contre-bas de la rosace, enlevons les pieds-droits et les colonnettes de ses ouvertures, lesquelles étaient autrefois de très-petite dimension avec arcature plein cintre, tandis qu'elles sont aujourd'hui ogivales.

Supprimons tous les arcs en ogive et les voûtes de la nef, de ses bas-côtés et de ses galeries hautes, et toutes celles correspondantes du transept, ainsi que les colonnettes et le revêtement de style ogival appliqué à toutes ces parties.

Au portail sud retirons tous les éléments d'architecture flamboyante qui le couvrent.

Au pignon nord du transept, démolissons toute la partie supérieure jusqu'en contre-bas de la grande rosace, à l'exceplion des angles qui la relient aux murs des bras de croix.

Et enfin, à l'extérieur, enlevons les contre-forts avec les arcs-boutants qu'ils supportent.

Et l'église, dépouillée de tout ce que nous venons d'indiquer, présenterait une grande ruiñe qui ferait connaître ce qui reste des constructions qui existaient en 1049.

Du portail nous n'en verrions que le socle, et les massifs informes des trumeaux des deux étages inférieurs.

Le clocher sud se présenterait en son entier.

Les deux murs de la grande nef s'élèveraient dans leur étendue jusqu'à la hauteur actuelle, à l'exception toutefois des deux premières travées qui furent démolius jusqu'à la base.

Nous verrions aussi les arcatures jumelles qui ornent les arcs des galeries.

Les deux gros piliers liant la nef au cheur paraitraient dans leur entier, ainsi qu'une partie de l'ancienne construction qui était comprise entre le grand arc et les rampants du pignon qu'ils supportaient.

Les deux autres piliers de la croix, séparant le cheur du sanctuaire, existeraient dans leurs principales parties; seules celles qui étaient en avant-corps pour recevoir l'arc transversal feraient défaut, car elles ont été abattues lorsque ce grand arc plein cintre fut transformé en une ouverture ogivale de plus grande dimension. Au niveau des voûtes actuelles, une partie de l'ancien pignon oriental existe encore.

Les murs des deux bras de croix existeraient dans tout leur développement dans la hauteur qu'ils ont aujourd'hui, moins dans celle de ses corniches qui datent du XVI° siècle.

Les bas-côtés des deux bras de croix (côté de la nef) se verraient tels qu'ils sont maintenant avec leurs voûtes en plein cintre.

Les deux chapelles circulaires avec les bas-côtés, qui les lient aux murs orientaux des bras de croix, existeraient dans la hauteur des deux étages, telles qu'elles sont aujourd'hui.

Le pignon sud du transept ne présenterait que des

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massils informes dans sa base et sur ses côtés seulement, ayant été modifié par incrustation lors de l'édification qui le transforma en portail.

La petite chapelle, adossée au bras de croix sud, côté oriental, paraîtrait telle qu'elle était à son origine.

Et à l'extérieur, les murs formant les bas-côtés de la grande nef, comme ceux en retour d’équerre formant les bas-côtés des deux bras de croix, se montreraient dans tout leur développement et dans la hauteur qu'ils ont aujourd'hui.

Telle serait la vue que présenteraient les restes des constructions qui faisaient partie de l'église en 1049.

Maintenant, examinons attentivement ces restes, et voyons si cette construction fut érigée en vue d'un même programme, d'un seul jet, et à la même époque.

Voyons d'abord les moulures et les sculptures du clocher sud et celles de la petite chapelle du bras droit du transept, et nous trouverons que ces détails, signes distinctifs de toute époque ont un caractère connu, classé, appartenant à l'art roman, tandis que les mêmes signes des piliers de la nef, de ceux carrés et ronds du transept n'ont pas d'équivalent connu jusqu'alors au moins, et par conséquent n'ont pu être classés.

D'où nous concluons que si les signes distinctifs d'architecture du clocher sud et de la petite chapelle sont de l'époque si bien fixée de 1049, ceux différents de la grande nef et du transept sont d'une époque antérieure.

Ces différences de style pour les moulures, et de caractère pour les sculptures, n'offrent, il est vrai, qu'une preuve d'appréciation; mais poursuivons nos recherches et nous verrons que le Saint-Remi de 1049 a été, pour ainsi dire, enté sur celui qui le précédait.

Nous avons dit que les murs de la grande nef et du

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