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colonnettes saillantes qui leur manquaient. Un trisorium fut établi au-dessus des tribunes et des fenêtres accouplées ouvertes au-dessous des voûtes. Les transepts furent haussés et voûtés dans le même système. Il est surtout facile de se rendre compte de l'addition, dans le pignon du transept méridional, où un étage gothique se superpose à la construction romane.

La nef allongée d'une travée, élevée de plusieurs mètres, débarrassée des arcs transversaux, voûtée dans toute sa longueur, était désormais dans toute sa beauté et telle que nous la voyons. Ce fut cette nef, transformée selon les règles de la nouvelle architecture, qui reçut la consécration du 29 août 1183.

Mais le chœur, débris d'une église antérieure, restait tel que l'avait vu le xie siècle, et il paraissait étroit, bas, sombre et mesquin à côté de la nouvelle nef. Dès que les ressources le permirent, on traça celui que nous admirons, en ajoutant à l'ancienne abside un déambulatoire et des chapelles rayonnantes. Ce dut ètre l'auvre des premières années du xin siècle. Après une longue interruption des travaux, il ne fut consacré qu'en 1322. Au xie siècle doit être aussi attribuée la première construction du porche méridional, remanié depuis au xvie siècle. A cette dernière époque, on remplaça les fenêtres romanes des basses pels par de larges fenêtres ogivales garnies de vitraux.

En résumé, la nef et les transepts furent construits en style roman au commencement du XII° siècle; remaniés dans le goût gothique et couverts d'une voûte après l'accident de 1157, ils furent consacrés en 1183; le cheur, du commencement du xure siècle, ne fut consacré qu'en 1322.

Il n'appartient qu'aux archéologues de Châlons, qui peuvent étudier à loisir les textes et le monument, de préciser davantage ces détails et de donner la chropologie complète des travaux exécutés à Notre-Dame de Châlons, à l'exemple du si curieux travail de M. Bouet sur SaintÉtienne de Caen, ou de celui que M. Leblan expose sous vos yeux dans ses magnifiques dessins de Saint-Remi de Reims.

M. de Dion, après son rapport sur Notre-Dame, donne quelques détails sur l'église Saint-Loup.

Saint-Loup offre aussi de grandes beautés. Sa restauration se poursuit dans d'excellentes conditions, grâce au zèle de M. l'abbé Chapiteau, curé actuel. C'est encore un très-beau monument qu'on admirerait davantage si Châlons n'en comptait pas tant d'autres, plus complets et plus riches assurément. L'église date de la fin du xive siècle ou du commencement du xve. Elle est digne de l'attention des archéologues.

M. de Sailly rend compte de la visite du Congrès aux collections de M. Mohen.

M. Mohen a sculpté sur bois un certain nombre d'églises du département. On remarque parmi elles l'église NotreDame de Châlons, la cathédrale, Saint-Jean, l'église de Vitry. Ces travaux sont exécutés avec beaucoup d'habileté, un goût artistique très-prononcé, et une merveilleuse fidélité de reproduction. M. le docteur Mohen a en outre dessiné près de six cents églises du département. Cette précieuse collection forme sept volumes, qui reproduisent surtout nos églises rurales, dont les caractères sont rarement dépourvus d'intérêt. Cette oeuvre est le résultat de quatorze années de travail et constitue un ensemble unique en France.

L'ordre du jour amène alors la discussion sur la 19° question du programme :

Étudier la résidence royale de Ponthion en

Perthois, son origine, son importance sous les deux premières races.

M. Pestre, architecte à Vitry-le-François, expose qu'il a levé un plan de ce qu'il suppose ètre l'emplacement de l'ancienne résidence de Ponthion. Il ne reste rien de cet édifice; la charrue a passé sur son emplacement. Il importe de chercher souterrainement les preuves de l'existence et de la dimension des constructions qui ont pu s'élever autrefois en ce lieu.

L'ancienne motte, au lieu dit le Château, a fourni la preuve de substructions importantes. Une première enceinte a été ainsi découverte, puis un mur, au-dessus duquel M. Pestre a rencontré une salle rectangulaire souterraine dont la voûte d'ailleurs n'a pas résisté aux coups de pioche. Quelques débris de poteries romaines ont été trouvés, ainsi que le fer d'une flèche.

Il y a une quinzaine d'années, une sépulture de l'époque mérovingienne a été rencontrée au même endroit; cette découverte due au hasard n'a donné d'ailleurs aucun résultat.

M. Royer-Collard a la parole. Il lit un très-long rapport entrepris afin d'établir, d'après les témoignages des anciens historiens et d'après les chartes de l'époque carlovingienne, que la résidence royale de Ponthion, dont certains

, commentateurs ont contesté la situation en Perthois, était bien située au même lieu que la commune qui porte

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encore aujourd'hui ce nom dans le département de la Marne.

Il relève notamment :

Deux passages de Grégoire de Tours sur la captivité de Théodebert, fils de Chilperic lor, et sur la captivité de saint Louvent; — les assises tenues par Thierry IV en

JV 726; - la visite du pape Étienne III à Pépin le Bref, le 6 janvier 754, visite racontée tout au long par Anastase le Bibliothécaire, témoin de cette entrevue; - la charte donnée à Ponthion pour l'église d’Argenteuil, par le roi Carloman (dom Bouquet, tome V, page 119); - le séjour de Charles le Chauve en plusieurs occasions, séjour attesté par de nombreuses chartes qu'on trouve dans D. Bouquet; - le passage de Louis le Germanique, venant d'Alsace et allant à Châlons et à Sens, en 858 (annales de saint Bertin); - divers passages de Charles le Chauve, de Louis le Bègue, de Charles le Gros; – le concile de Ponthion, tenu le 21 janvier 876; la donation de la terre de Ponthion par le roi Charles le Simple à la reine Frederenne, en 907, et la confirmation du legs fait par cette reine à l'abbaye de Compiègne, en 917, de cette même terre de Ponthion (D. Bouquet, tome IX).

(La première des chartes rappelées par M. Royer-Collard mentionne la situation de Ponthion au confluent de la Saulx et du Brusson.)

M. Royer-Collard cite encore la notice rédigée au xvino siècle sur les différentes paroisses de l'élection de Vitry, par le président de Vavray, constatant que la paroisse de Ponthion payait encore à cette époque à l'abbaye du Val-de-Grâce, comme cessionnaire de l'abbaye de Compiègne, les deux tiers de ses dimes.

M. Royer-Collard pense que si les substructions trouvées à Ponthion par M. Pestre, ne répondent pas à l'impor

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tance de l'ancien palais carlovingien, c'est que ce palais avait été détruit par Louis d'Outre-Mer, en 952; il aurait été reconstruit ensuite dans des conditions beaucoup plus modestes, par les seigneurs féodaux concessionnaires de l'abbaye de Compiègne, et en dernier lieu, au xvil siècle, par un magistrat de Vitry, M. Delaistre.

M. Barbat de Bignicourt désire présenter quelques observations qui n'infirmeront en aucune façon les témoignages historiques qui viennent d'être produits. Lui aussi pense que la résidence royale de Ponthion-en-Perthois ne pouvait être située ailleurs que sur les bords de la Saulx.

Mais la situation de l'ancienne maison royale est-elle bien définie ? c'est là un point qui laisse à l'orateur des doutes nombreux. Du plan fourni par M. Pestre, il résulterait que cette ancienne résidence royale qui abrita tant de rois et de personnages illustres, qui vit un concile dans ses murs, qui reçut la visite d'un pape et fut témoin de l'hommage de la noblesse de France à Charles le Gros, en 885, n'aurait eu que les proportions mesquines du petit castel que M. de Frédy, dernier propriétaire du chåteau de Ponthion, possédait en 1790 et qui fut détruit pendant la révolution ! Ce plan donne aux constructions totales une longueur de 35 mètres environ sur une largeur de 20 mètres. Est-il possible que l'emplacement révélé par ces substructions soit bien celui de l'ancienne résidence royale?

M. Barbat de Bignicourt pense avec M. de Dion que les traditions et l'histoire sont souvent en contradiction avec l'archéologie et surtout la réalité des faits.

D'après l'orateur, les rois de nos premières races étaient en quelque sorte nomades. Ils se transportaient avec leur suite, leur famille, dans certaines résidences qui étaient

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