Page images
PDF
EPUB

noncer enfin, avec votre grande autorité, si quelques-uns des ateliers que j'ai découverts dans notre contrée sont bien de l'époque de la pierre taillée, et s'ils sont plus anciens que leurs voisins de la pierre polie ou s'ils en sont simplement contemporains.

M. de Cessac, qui est appelé à donner son avis sur les objets présentés par M. Aubrion, déclare, contrairement à la thèse soutenue par le préopinant, qu'ils n'appartiennent pas à l'époque paléolithique. Plusieurs des échantillons présentés n'offrent aucun caractère; il est impossible de les rapporter à aucune époque. L'âge de la pierre taillée ne peut se préciser que par un gisement bien déterminé.

Cependant, après un nouvel examen, M. de Cessac reconnaît que deux des instruments présentés par M. Aubrion sont du type paléolithique désigné sous le nom de pointes du Moustier.

M. Joseph de Baye combat l'opinion exprimée par M. Aubrion. Il faut considérer, dit-il, que les plus anciennes traces de l'humanité en Champagne se réfèrent à l'âge de la pierre polie. L'avenir seul pourra nous révéler la présence de l'homme quaternaire en Champagne.

Cette discussion terminée, M. Joseph de Baye lit un mémoire sur les grottes visitées le matin même par la Société.

Les grottes de la vallée du Petit-Morin.

Le programme du Congrès ayant réservé une large place à l'archéologie préhistorique, j'ai pensé devoir me borner à traiter seulement des découvertes que j'ai faites

dans la vallée du Petit-Morin. C'est en elles, du reste, que se résume à peu près, pour le moment, l'âge de la pierre dans le département de la Marne.

Déjà les circonstances m'ont imposé l'obligation d'entretenir plusieurs réunions savantes de nos stations néolithiques de la vallée du Petit-Morin. Ces communications devaient nécessairement se limiter, ou simplement n'aborder qu'un point spécial. Ces mémoires empruntaient leur raison d'être aux situations particulières dans lesquelles ils se sont produits; ou bien ils répondaient à des questions qui s'agitaient parmi les archéologues avec un intérêt d'actualité. Aujourd'hui, une vue d'ensemble est nécessaire, il faut donner une idée générale ; cette obligation résulte de l'importance que vous attachez à nos monuments préhistoriques.

Le but sera atteint, si je ne me trompe, en esquissant rapidement devant vous les rneurs, l'existence des tribus de l'âge néolithique telles qu'elles nous apparaissent par les observations faites dans les stations que nous avons découvertes.

Leur vie encore si enveloppée d'ombre se révèle à nous dans leurs ateliers, leurs arts, leurs instruments, leurs armes, leurs ornements, leurs demeures, leurs magasins, leurs refuges, leurs sépultures, leur religion.

LES ATELIERS.

Pendant longtemps, les instruments en pierre se bornaient, pour la masse des archéologues, à la hache polie. On la recueillait avec plus ou moins d'empressement, et elle figurait dans les collections sous le nom de celtæ ou hache celtique. Semée çà et là sur le sol, elle était considérée comme un objet abandonné ou perdu par les

populations qui en avaient fait usage.

L'atelier de la Vieille-Andecy, le premier agent révélateur de nos stations, a donné et fournit encore des pièces nombreuses représentant dans divers états à peu près tout

à l'outillage connu de l'époque néolithique. Ce n'est plus un instrument isolé, muet, c'est tout un ensemble. Evidemment les tribus se réunissaient pour travailler. La vaste étendue des terrains, jonchés de débris provenant de la confection des instruments, ces instruments euxmêmes, dans un état de mutilation ou parfaitement conservés, indiquent une agglomération considérable et nous pouvons ajouter un séjour prolongé. Il est iinpossible d'attribuer à un campement passager cette multitude si variée d'objets qui jonchent le sol. La matière première était loin d'être fournie par le sol même de ce que nous appelons l'atelier. Non-seulement il arrive que le silex lui est étranger, mais on y trouve aussi des traces de roches appartenant à des formations géologiques qui en sont trèséloignées. Ces matières minérales supposent des échanges, des transactions avec d'autres contrées. Ces mêmes produits de la surface du sol, autoriseraient à présumer la présence ou la succession de plusieurs tribus, dont l'industrie était plus ou moins perfectionnée. On remarque, en effet, à des distances relativement peu considérables, des tranchées de fabrication. Ce que nous appelons atelier, n'était-il pas tout simplement le point où se groupaient particulièrement les habitants de la région ? de sorte que l'atelier pourrait aussi bien attester le séjour, l'habitation que le travail. Comment supposer en effet qu'une matière première pesante aurait été transportée avec beaucoup de peine sur un point où l'ouvrier n'aurait eu aucun abri pour se préserver des intempéries des saisons ? Les archéologues ont plusieurs fois signalé des localités où les instruments en pierre étaient en grande abondance et comme emmagasinés. Nos ateliers présentent au contraire un autre aspect. Les nucléi, les éclats, les ébauches s'y rencontrent en grande quantité, en sorte que la persévérance d'un chercheur patient peut suivre l'instrument dans toutes ses phases de perfectionnement. Ces ateliers sont assez nombreux. On en trouve dans tout le voisinage; la Champagne en est parsemée. Aurait-elle été un centre de fabrication et de commerce, alimentant des régions voisines et assez éloignées dans le nord, comme l'ont insinué des archéologues distingués, notamment M. Dupont? la question mérite d'être posée. Ce n'est pas être téméraire, lorsque d'autres lui ont déjà donné une solution affirmative.

Les ateliers sont autant de livres ouverts, mais il faut en faire la lecture avec discernement et avec réserve. Le sol de ces ateliers étant un réceptacle commun pour les époques qui se sont succédé, il en résulte un mélange, et on ne saurait, sans s'égarer, attribuer à la même époque tous les instruments en pierre qui s'y rencontrent. Plusieurs fois la surface du sol nous a donné des haches du type de Saint-Acheul en contact avec les produits de l'époque néolithique. Cette présence se pourrait expliquer de plusieurs manières, mais il est probable que ces haches proviennent du terrain quaternaire qui affleure le sol de manière à pouvoir être remué par le soc de la charrue. Les érosions produites par les torrents peuvent aussi en exhumer.

Il est à peine nécessaire de faire observer que les objets provenant des ateliers et de la surface du sol sont sans date et n'ont que le mérite d'enrichir les collections sans autoriser en quoi que ce soit les conclusions scientifiques. Il

n'en est pas des ateliers comme des couches géologiques intactes ou des sépultures ou des cavernes exemptes de remaniements.

J'ai déjà donné l'énumération des instruments qui se trouvaient dans l'atelier de la Vieille-Andecy. Je vous évite la fatigue de l'entendre de nouveau. Les autres ateliers sont simplement des répétitions.

LES ARTS.

[ocr errors]

Le travail organisé n'était pas le seul acte de la vie sociale chez les tribus préhistoriques. Les arts usuels se révèlent déjà chez elles, mais principalement dans les habitations, qui ne sont pas pratiquées comme un trou, comme une tanière. On y découvre la révélation d'un plan, d'une idée. Pénétrons avec attention dans une de ces grottes que nous considérons comme une habitation. La tranchée, par une pente bien ménagée, commode à pratiquer, conduit vers l'ouverture de la grotte. Elle est appropriée de manière à faire pénétrer la lumière dans la grotte. Les parois antérieures et celles de la tranchée, sont taillées de façon à éviter l'abondance des eaux dans les grandes pluies. La première entrée est toujours plus large que la seconde, donnant accès dans la grotte proprement dite. La première partie, que plusieurs archéologues appellent vestibule, offre toujours des dispositions qui démontrent des soins au point de vue de la solidité. Souvent le vestibule est pourvu d'étagères, d'excavations destinées à recevoir des objets.

La seconde ouverture, plus petite, est taillée avec soin. Un encadrement semble destiné à l'orner. Toutes les parties contiguës à la seconde entrée sont taillées pour leur

« PreviousContinue »