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inspirée du patois lorrain, où les verbes se conjuguent plus régulièrement que dans le patois tourangeau.

M. de Felcourt déclare que le dialecte de Saint-Amand est trop répandu pour qu'on puisse le considérer comine un patois spécial, que ce n'est, en définitive, qu'une manière particulière de parler le vieux français, mais qu'il en est tout autrement du patois de Courtisols et de celui en usage à Noirlieu et dans les environs de Sainte-Menehould.

M. le comte de Mellet termine la discussion en engageant la Société d'Agriculture, Sciences et Arts de la Marne, à mettre au concours la question des patois champenois.

On aborde la 22° question du programme:

Quels sont les monuments religieux les plus remarquables du xio au xvio siècle, existant dans le département de la

Marne. Signaler leurs principaux caractères ? A-t-on découvert dans ces monuments des

peintures murales, mosaïques, carrelages

et sculptures d'un certain intérêt ? Existe-t-il dans le département de la Marne

des églises antérieures au xo siècle? Existe-t-il des églises à date certaine? Les monuments religieux du diocèse de

Châlons offrent-ils des caractères particuliers au point de vue de l'architecture, de la statuaire et de l'ornementation sculpturale?

M. le comte de Mellet fait remarquer que la Champagne

est une des provinces les plus riches en fait de spécimens d'architecture ancienne, et qu'on y rencontre surtout beaucoup de monuments de style de transition, monuments dans lesquels l'arcade ogivale repose sur des chapiteaux de style roman. Nous n'avons rien, dit-il, à envier sous ce rapport à la Normandie et à l'Ile-de-France. Le xie siècle se trouve représenté en Champagne par l'église Saint-Remy de Reims ; le xir par Notre-Dame de Châlons; le XIIIe par la merveilleuse cathédrale de Reims qui est du gothique le plus pur, avec force exubérance d'ornementation; on peut encore citer, comme un des pl is beaux types du xie siècle, l'église de Rieux. A Notre-Dame-de-l'Épine on peut voir le gothique fleuri du xv° siècle dans toute sa beauté. Enfin les monuments de la Renaissance ne manquent pas non plus dans nos envi

rons.

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M. l'abbé Boitel dit qu'il existe dans notre pays peu d'édifices antérieurs au xi" siècle, qu'en fait de monuments de ce genre il ne pourrait guère citer que la crypte de Baye, et encore cette crypte ne remonte-t-elle pas tout entière à une époque aussi reculée. Il ajoute qu'il a l'intention de décrire successivement toutes nos vieilles églises dans la Champagne monumentale, et il espère que MM. les archéologues pourront trouver là des renseignements précieux.

M. l'abbé Lucot reconnait qu'il est extrêmement difficile de déterminer l'âge des monuments en général, lorsque ceux-ci sont antérieurs au XIe siècle ; la difficulté est cependant moindre pour les églises que pour les autres édifices : des actes authentiques contiennent la date de consécration des plus importantes, et généralement on peut s'aider de cette date pour fixer l'époque de leur construction.

M. le comte de Mellet demande la permission de revenir sur une question traitée en son absence et signale au Congrès deux stations de l'âge de la pierre polie découvertes par lui dans le département de la Marne. L'une est située sur le territoire de Chaltrait; l'autre sur celui de Montmort. Il a trouvé, au milieu d'échantillons certains de l'âge de la pierre polie, des haches du type de Saint-Acheul.

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M. de Verneilh, à l'occasion de la visite faite le matin à la cathédrale et à l'église Saint-Alpin, demande que des mesures de conservation soient prises le plus tôt possible à l'égard des magnifiques pierres tombales que possèdent ces églises et qui sont eocastrées dans le pavé. Il appelle sur ce sujet l'attention de la Société d'Agriculture, Sciences et Arts du département et voudrait qu'elle fit relever le dessin de ces pierres, en attendant qu'on avisât à leur déplacement.

M. l'abbé Lucot dit que M. Barbat, imprimeur-lithographe à Châlons, avait autrefois entrepris le travail demandé par M. de Verneilh. Malheureusement, faute de souscripteurs, il fut obligé d'interrompre la publication dont il n'a fait paraitre que deux livraisons.

M. de Laurière propose d'émettre le veu que les plus belles et les mieux conservées de ces pierres tombales soient relevées et placées le long des murs des bas-côtés de l'église, ce qui les mettrait ainsi à l'abri de l'usure, tout en formant pour les collatéraux une ornementation très-rationnelle.

M. de Verneilh demande si les pierres tombales dont il est ici question pourraient être déplacées sans froisser le sentiment de respect que l'on porte généralement aux sépultures qu'elles recouvrent.

M. Garinet répond que le travail pourrait se faire sans aucun inconvénient, attendu que ces pierres tombales proviennent, pour la plupart, d'églises et de couvents détruits à l'époque de la Révolution et qu'elles n'ont été apportées dans les églises actuelles que pour servir de dallage.

M. Varnier fait observer que les litres funéraires peintes sur les murailles à l'intérieur des églises, méritent d'être conservées avec le même soin que les pierres tombales. Il voudrait aussi qu'il fût interdit par une loi, aux conseils de fabrique de vendre le mobilier de leurs églises.

M. de Cougoy déclare que la Société française d'Archéologie ne peut que signaler ce vou à l'autorité ecclésiastique et prier MM. les curés des paroisses de veiller à la conservation des objets rares et précieux qui se trouvent dans leurs églises.

M. Peigné-Delacour fait hommage au Congrès d'un ouvrage intitulé : Topographie archéologique des cantons de la France. Canton de Ribécourt.

M. le colonel de Sailly offre également deux ouvrages : 1° De la classification des armoiries ; Le manuscrit carolingien de la bibliothèque de Metz. Eghinard, son portrait, ses armes. La séance est levée à cinq heures trois quarts.

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JEUDI 26 AOUT.

Excursion à Baye.

Les séances tenues à Châlons ont été heureusement interrompues, durant un jour, par l'excursion qui, de règle, figure au programme de tout Congrès bien organisé. Cette année, il s'agissait d'aller visiter les grottes célèbres du Petit-Morin, découvertes par M. Joseph de Baye et par lui décrites dans différents recueils avec un remarquable talent. Bien que la distance à franchir füt assez considérable, les membres du Congrès, en grand nombre, s'étaient empressés de répondre à la .gracieuse invitation de M. le baron et de Mme la baronne de Baye, que nous ne saurions trop remercier ici d'avoir encourage, avec tant d'à-propos, les recherches de leur fils.

Donc, le jeudi 26 août, à huit heures du matin, le chemin de fer déposait à Coligny une caravane de soixante personnes environ. Une heure plus tard, après avoir visité en passant un remarquable retable du temps de Louis XII, tous les voyageurs arrivaient à Coizard, village situé au pied des collines où s'ouvrent les grottes.

Les entrées de ces dernières, pratiquées dans le sol à une assez grande profondeur, sont ordinairement recouvertes de terre pour être préservées des visites indiscrètes. Mais les portes de plusieurs d'entre elles, ainsi que les tranchées qui les précèdent, venaient d'être déblayées par les soins de M. l'abbé Bordé, chargé de nous en faire les honneurs, au nom de M. Joseph de Baye.

On sait que les objets trouvés en place, squelettes, mobilier funéraire, armes de silex, ornements de toilette, ont

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