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que ce corps, obligé d'en changer souvent la destination, suivant les besoins du service, peut, d'un jour à l'autre modifier son aspect extérieur et dénaturer son style primitif. Dernièrement, dit-il, en appropriant la Tour-Chaussée pour en faire une prison, on a percé de nouvelles ouvertures et bouché au contraire avec de la maçonnerie les élégants créneaux qui couronnaient l'édifice, si bien qu'aujourd'hui la tour n'a plus la même physionomie que celle qu'elle possédait avant les modifications qui viennent d'être signalées.

Le Congrès, consulté, déclare à une grande majorité qu'il y a lieu d'émettre le veu que la Tour-Chaussée de Verdun soit classée parmi les monuments historiques.

La discussion du programme est alors reprise par la lecture de la 14question, ainsi conçue :

A quelles époques doit-on attribuer les

nombreux souterrains de refuge, mardelles et bauves signalés dans le dépar

tement de la Marne ? Déterminer les lieux où ils existent.

M. Garinet dit qu'il connait de nombreux souterrains de refuge dans le département de la Marne, mais qu'ils datent d'époques différentes, parce qu'on a dû en construire chaque fois que de nouveaux ennemis faisaient invasion dans le pays. Il cite les souterrains de Montépreux et ajoute qu'il y en avait autrefois à Châlons même, sur l'emplacement occupé actuellement par le quartier de cavalerie.

M. de Cessac répond qu'il ne faut pas confondre les souterrains de refuge et les mardelles, excavations différant beaucoup les unes des autres. Les souterrains de refuge portent les traces de l'habitation de l'homme; quant aux mardelles ou bauves, ce sont dans le Berry de simples excavations à ciel ouvert en forme d'entonnoirs renversés, tandis qu'en Champagne et surtout en Picardie, on désigne sous le nom de bauves ou de creutes, de vastes enfoncements en forme de chambres, pratiqués vers le bas de la paroi verticale d'un escarpement.

M. Counhaye dit qu'il a exploré deux mardelles : l'une à Suippes, l'autre à Souain. Il n'a trouvé au fond de ces mardelles que des débris de poterie grossière; mais ce qui mérite surtout d'être signalé, c'est qu'à côté de chacune d'elles, il a découvert un souterrain paraissant avoir été creusé avec des instruments analogues aux haches en silex. Au fond du premier puits, il a rencontré six chambres, trois à droite et trois à gauche, et toutes communiquant entre elles par une ouverture plus grande que celle de l'entrée principale, qui avait la forme et les dimensions d'une bouche de four. Au fond du second puits, il n'y avait que trois chambres.

M. Counhaye présuine que les mardelles servaient d'habitation pendant l'été.

M. Buvignier expose qu'il a souvent rencontré dans la Meuse des excavations semblables à celles dont il est ici question; mais il a remarqué qu'elles étaient toujours placées au fond d'une assez vaste dépression de terrain et dans la même situation géologique, c'est-à-dire dans les endroits où un terrain perméable se trouvait recouvert d'une couche d'argile. Cette remarque le porte à penser que, dans la Meuse, les mardelles ne sont que des excavations naturelles produites par les infiltrations des eaux pluviales.

M. Peigné-Delacour appuie cette observation et dit qu'il existe des mardelles qui ont été certainement creusées dans le sol par des sources souterraines.

M. Fourdrignier raconte qu'ayant eu l'occasion d'explorer deux mardelles, l'une entre Fontaine et Avenay, l'autre entre Fleury-la-Rivière et Belval, il a constaté que le sol de ces excavations n'était pas de même nature que la terre qui en formait les parois. Au fond de ces mardelles, la terre était noirâtre et mêlée de cendres, et la première excavation contenait de plus quelques objets en fer, parmi lesquels se trouvait une pointe de flèche.

M. Chapiteau, curé de Saint-Loup, déclare qu'il existe de nombreux souterrains de refuge dans le canton d'Ecurysur-Coole, et qu'il en a visité un à Fontaine-sur-Coole qui avait au moins deux kilomètres de longueur et qui aboutissait à un endroit appelé la Tombelle.

Enfin, M. Pierrard émet l'opinion que des souterrains creusés primitivement par les Celtes ont pu être utilisés par d'autres habitants de la Gaule.

On passe ensuite à la 20e question.

Étudier les organisations

organisations communales des villes neuves, fondées en Champagne au xi siècle, par les seigneurs laïques ou

ecclésiastiques. Les villes neuves de la Champagne

offrent-elles habituellement un plan régulier comme les bastides du midi de la France?

M. Garinet prétend qu'il existe des villes neuves en Champagne et qu'elles ont été fondées par des habitants du pays, qui se groupèrent autour de certains établisse

T

ments ecclésiastiques près desquels ils étaient venus chercher protection. Il cite le village situé auprès de l'abbaye de Monthiers.

M. Buvignier pense que dans le nord du département de la Meuse, du côté du Luxembourg, quelques villes neuves ont pris naissance par suite de chartes d'affranchissement données par les seigneurs féodaux à des peuplades placées sous leur domination.

M. de Verneilh pose catégoriquement la question suivante : « Existe-t-il en Champagne des villes analogues aux bastides du Midi, c'est-à-dire construites tout d'une pièce, sur un plan très-régulier, avec place centrale, rues symétriques et murs d'enceinte, villes qui ont généralement reçu des noms très-élégants, Villefranche, Montréal, etc.?»

M. Julien Gréau répond qu'il en connait deux. La première est Villeneuve-sur-Yonne; son plan est trèsrégulier, et sur le milieu d'un des grands côtés de la place centrale s'élève une tour royale avec donjon. La seconde, moins régulière à la vérité que la première, est Villeneuve-au-Châtelot, près Pont-sur-Seine; elle possède une église qui a été fortifiée au XIIIe siècle.

Sur la 21° question :

Étudier les différents patois du départe

ment, spécialement sous le rapport étymologique.

M. Garinet dit que M. Lenormand, qui a été cinquante ans chirurgien à Courtisols, s'est beaucoup occupé de cette question, et qu'il était d'avis que le langage parlé á Courtisols ne constituait pas un patois proprement dit,

mais était simplement le résultat de la mauvaise prononciation des vieux mots français du pays. M. Garinet ajoute que le Congrès peut se faire une idée exacte du langage courtisien en consultant la version en ce langage de la parabole de l'enfant prodigue.

M. Buvignier est du même avis que M. Lenormand. Il se rappelle que quand ses parents l'envoyèrent au collége de Metz, il lisait et comprenait parfaitement un petit poëme composé en patois lorrain, tandis qu'il ne pouvait pas comprendre ce que disaient les paysans du pays, lorsqu'ils causaient entre eux.

M. Denis expose qu'il connait un ouvrage champenois où la parabole de l'enfant prodigue se trouve racontée en cinquante-six patois différents, et il ajoute que, dans son histoire de Suippes, il a présenté cette parabole, écrite dans un patois qui ne ressemble pas aux cinquante-six autres, ce qui porterait à cinquante-sept le nombre des patois champenois connus.

M. Chapiteau demande à faire connaitre au Congrès un cinquante-huitième patois, en usage au village de SaintAmand. Il donne lecture à l'assemblée de la parabole de l'enfant prodigue, et fait remarquer que ce qui caractérise surtout ce patois, c'est le changement du G en Z, de l'S en G et du Z en J.

M. Buvignier signale que le patois de la Meuse ressemble beaucoup à celui de Saint-Amand ; que l'S se prononce comme CH et même TCH, le J comine DJ et le Z comme C. Suivant lui le patois se modifie graduellement depuis Metz jusqu'à Paris, et si c'est le patois tourangeau qui a prévalu pour former la langue française, c'est parce que la littérature a pris un grand développement au moment où la cour habitait la Touraine. Il regrette que la langue française ne se soit pas plutôt

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