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est de même du collatéral, mais les chapelles sont plus anciennes d'un demi-siècle environ.

Cet incident terminé, la parole est donnée à M. l'abbé Janson pour la lecture d'une note qu'il a consacrée à la description d'un retable en bois doré du xv° siècle, qui se trouve actuellement placé au-dessus de l'un des autels latéraux de son église.

Le retable de Coligny.

MESSIEURS,

Dans l'église plus que modeste du village que l'on vient de nommer, se trouve un magnifique retable en bois doré, véritable chef-d'ouvre de la sculpture au moyen âge, dont l'origine est encore enveloppée d'une certaine obscurité. Est-il vrai, comme nous l'avons entendu dire, que ce retable provient de l'église Saint-Sulpice de Châlons ? Suivant un bruit fort accrédité, il aurait été acheté vers l'année 1789, peu de jours avant la Révolution, par M. de Villarcy, dernier seigneur de Coligny, et donné par lui à l'église qui l'a toujours possédé depuis. Quoi qu'il en soit, grâce aux belles photographies que M. Varnier, d'Avize, a placées sous vos yeux, vous pouvez vous faire une idée de cet ensemble remarquable, bien digne de toute l'attention du Congrès.

Tandis que les compartiments latéraux ne mesurent qu’un mètre sur soixante-dix centimètres, le panneau central présente un développement de deux mètres de hauteur sur soixante-quinze centimètres de largeur. Aussi, deux petites scènes, la Nativité et l'Adoration des Mages, prennent-elles place au-dessous de la Crucifixion, réunissant de la sorte, dans un même tableau, l'alpha et l'oméga de la Rédemption.

Dans la scène de la Nativité, l'enfant Jésus a malheureusement disparu, mais l'on ne saurait trop admirer la belle tête de saint Joseph, ainsi que la pose très-caractéristique des trois bergers. Au milieu du groupe, bien qu'à l'arrière-plan, se détache la tranquille figure du beuf traditionnel.

A côté, dans le second compartiment, l'enfant Jésus semble jouer avec les cadeaux des Mages et plonge sa petite main dans le vase présenté par l'un d'eux. Au-dessus la Vierge, qu'émeut la vue des souffrances de son fils trainant péniblement l'instrument de son supplice, s'évanouit entre les bras de saint Jean. Elle est entourée de plusieurs femmes qui compatissent à sa douleur.

Enfin, dans la partie supérieure, le Sauveur est attaché sur la croix. Les larrons, qui devaient lui faire cortége, ont disparu, mais on voit encore les soldats à cheval qui sont chargés de veiller sur lui. L'un d'eux porte à la main la lance qui percera le cour de Jésus.

Voyons maintenant les panneaux latéraux.

Celui de gauche présente, au premier plan, le Christ couronné d'épines, trainant péniblement sa croix. Il est brutalisé par un soldat qui veut le forcer à marcher malgré son épuisement; puis vient la Véronique, dont les bras mutilés soutenaient sans doute la divine image imprimée sur le linge avec lequel elle essuya la figure ensanglantée de son maitre. Plus au fond, on apercoit une femme qui considère en pleurant ce triste spectacle. Ici la légende se mêle à l'histoire, nous voyons le Juif-Errant appuyé sur son båton et se mettant, d'après l'ordre de celui auquel il avait refusé un moment de repos, en marche pour le long voyage qui ne doit avoir pour terme que la fin du monde.

Enfin, au sommet, nous apercevons les deux larrons revêtus de robes blanches et conduits au supplice les mains liées derrière le dos, poussés par un soldat le sabre à la main. Deux dernières figures de ce groupe représentent des femmes enveloppées de longues capes et la tête encapuchonnée, qui semblent être les mères des malheureux destinés à partager le supplice de Notre-Seigneur.

Le panneau de droite, composé de huit personnages, représente la Descente de croix. Joseph d'Arimathie, revêtu de ses insignes de docteur de la loi, soutient le corps du Christ qui, entièrement disloqué, paraît à cause

à de cela plus que de grandeur naturelle. A côté se trouve le bon Nicodème avec sa sympathique figure, qui tient entre ses mains la couronne d'épines; à droite, le disciple bien-aimé soutient celle qui lui a été donnée pour mère, et qui, dans sa douleur, semble vouloir se précipiter sur le fils que les bourreaux ont cruellement immolé. Cette figure de saint Jean est peut-être, au dire de connaisseurs, après celle de saint Joseph, la plus belle et la plus expressive de tout le retable.

Il ne me reste plus qu'à décrire brièvement les petits groupes, détachés autour du sujet principal, auquel ils semblent faire comme une gracieuse couronne. Au-dessous de la Flagellation et du Couronnement d'épines sont, superposées six curieuses scènes, qui figurent un égal nombre de sacrements. D'abord à gauche, en allant de bas en haut, nous trouvons le Baptême par immersion, la Confirmation et l'Ordre; puis, à droite, mais en descendant cette fois, l'Eucharistie, la Penitence et le Mariage. La représentation du dernier des sept sacrements est reléguée au-dessus du panneau de droite; elle a pour pendant, de l'autre côté, l’Apparition de Jésus-Christ à Marie-Madeleine.

Dernièrement, dans le Journal d'Epernay, M. Courajod, conservateur-adjoint au musée du Louvre, a prétendu qu’un amateur distingué de Paris, après avoir éprouvé de nombreuses déceptions dans notre département, songeait à se dédommager avec le retable de Coligny.

Un homme averti en vaut deux. Je puis donc assurer l'amateur en question que s'il se présente en tentateur, il en sera pour ses frais.

Quant à une restauration de notre retable, on n'y saurait songer pour le moment. L'argent même ne nous fit-il pas défaut, que nous serions embarrassés sur le choix de la personne à qui nous devrions confier cette æuvre délicate. Nous nous proposons donc pour le moment de faire faire seulement un vitrage qui garantirait les sculptures de la poussière et remplirait en partie l'office des volets disparus.

Le département de la Marne possède encore un certain nombre de retables analogues au nôtre; citons d'abord celui de Fromentières, le plus considérable par l'étendue et la perfection du travail; celui du Mesnil-lès-Hurlus, moins grand que celui de Coligny, si mes souvenirs sont précis; enfin ceux de Cernay-en-Dormois, de Faux-Fresnay, de Soudron et de Mareuil-en-Brie. Presque tous ont été photographiés par M. Varnier, qui s'efforce de populariser ces cuvres remarquables à tous égards.

M. Buvigoier présente ensuite une photographie de la tour Chaussée ou la Chaussée qui est, dit-il, un reste de l'ancienne enceinte de la ville de Verdun rattachée d'un côté aux fortifications actuelles. Elle constitue une des portes de la ville, porte à laquelle on accède par un pont qui porte le même nom. Ce pont a été construit vers le milieu du XIIe siècle par deux riches Verdunois, Constance et sa femme Effice, lesquels n'ayant pas d'enfants, employèrent leur fortune à des auvres utiles à leurs concitoyens. Le pont qu'ils avaient d'abord fait en bois ayant été emporté deux fois par les eaux, ils le firent rétablir en pierre et, comme les abords en étaient quelquefois inondés, ils y firent construire une chaussée qui donna son nom au pont et à la porte.

Le pont est aujourd'hui remplacé par un autre en bois.

Les monuments d'architecture militaire du moyen âge sont rares dans le nord-est de la France. On a demandé le classement comme monument historique de cette belle tour jumelle, que le génie militaire a voulu plusieurs fois modifier pour l'approprier à divers services et notamment pour en faire une prison. Le gouvernement a demandé des renseignements avant de prendre une décision. C'est pour satisfaire à cette demande qu'on a fait la photographie dont j'ai l'honneur d'offrir un exemplaire au Congrès, en le priant d'émettre le veu que cette belle tour soit classée comme monument historique.

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M. le comte de Mellet fait observer à l'assemblée que s'il y a certains avantages à mettre nos monuments les plus précieux sous la sauvegarde de l'État, cette mesure présente aussi quelques inconvénients, car on ne peut plus alors toucher à ces monuments sans l'assentiment du gouvernement, et les modifications qu'y apportent les architectes officiels laissent quelquefois beaucoup à désirer.

M. de Cougny cite plusieurs faits à l'appui de l'observation faite par M. le comte de Mellet.

M. Buvignier dit qu'il serait très-regrettable de laisser la Tour-Chaussée entre les mains du génie militaire, parce XLII SESSION.

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