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La nef entière, au premier abord, semble construite d'un seul jet, et il faut quelques moments de réflexion pour s'apercevoir que si le xile siècle a élevé la plupart des hautes colonnes monocylindriques qui donnent à tout l'ensemble un aspect si majestueux, les xivo, xv et xvro siècles ont successivement travaillé aux parties supérieures qui çà et là trahissent la main de leur auteur.

Au reste, sur ce point, on est généralement d'accord tandis que la construction des chapelles qui entourent le cheur a donné lieu, depuis quelques années surtout, à d'interminables discussions. Les uns, et M. Viollet-leDuc en tête, veulent reconnaitre en elles une æuvre du xive siècle (1), les autres tiennent absolument à en faire honneur au règne de Louis XIV, comme s'il était admissible que le mème architecte ait pu construire les chapelles dont nous parlons en style ogival secondaire, tandis qu'il adoptait franchement dans le collatéral les données en vigueur vers 1670. N'est-il pas plus vraisemblable, à tous égards, qu'à l'époque où la nef fut allongée de deux travées, on ait songé à donner à la partie orientale de l'édifice une importance en rapport avec le reste du monument ? Seulement comme le chąur était alors fermé, que, de longues baies à lancettes, décorées de magnifiques vitraux se voyaient à la place des hautes arcades ouvertes aujourd'hui sur le collatéral, on pouvait attendre facilement que les travaux poursuivis à l'extérieur fussent entièrement achevés, pour établir une communication entre les constructions nouvelles et celles qui existaient depuis quatre siècles environ. Dans cet état de choses les chapelles furent élevées comme un monument parfaitement isolé et le besoin d'argent se faisant

() Dictionnaire raisonné, t. V, p. 182.

sentir on n'hésita pas à suspendre les travaux pendant un

છે demi-siècle tout au moins. Il fallut une véritable catastrophe, la chute de la belle flèche élevée sur la tour nord par l'évêque Gilles de Luxembourg et l'incendie du chœur de la cathédrale, pour ramener les esprits vers l'exécution du projet indiqué. C'était le moment ou jamais d'opérer la jonction voulue, aussi se mit-on rapidement à l'oeuvre, et tout à la fois on substitua au mur qui pourtournait le sanctuaire de hautes colonnes monocylindriques, et on jeta sur le collateral tracé d'avance la singulière voûte qu’admiraient peut-être les contemporains du grand roi, mais qui ne saurait obtenir nos suffrages. Les temps n'étaient plus les mêmes qu'à l'aurore du XVI° siècle, et on eût frémi à l'idée seule de reproduire des formes réputées barbares par les architectes et les littérateurs. On aima mieux faire de la fantaisie et construire à grands frais ce que nous voyons.

En résumé, les chapelles absidales de la cathédrale de Châlons-sur-Marne ont été construites sous Louis XIII, dans les premières années du xvir siècle, mais en style ogival secondaire, par les mêmes architectes qui ont élevé les deux dernières travées de la nef. Quant au collatéral, il est d'un demi-siècle plus jeune environ et ne saurait être antérieur à la catastrophe de 1668. De la sorte se trouve expliquée la différence de styles que l'on remarque dans cette partie de l'édifice, différence qui ne nous semble pas avoir assez vivement frappé ceux qui se sont occupés jusqu'ici de la cathédrale de Châlons (1).

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(1) M. Palustre n'a résumé ici qu'une partie des arguments qu'il compte faire valoir en faveur de sa thèse. Mais, en attendant que le travail considérable qu'il prépare sur les chapelles absidales de la cathédrale de Chålons ait vu le jour, il sent le besoin

Après le rapport verbal de M. Léon Palustre, la parole est doonée à M. l'abbé Boitel, pour la lecture du mémoire suivant :

Étude sur la cathédrale de Châlons-sur

Marne.

La cathédrale de Châlons a subi tant de vicissitudes, qu'il est bien difficile au premier abord de ne pas tomber à son sujet dans d'étranges erreurs.

Je n'entreprendrai pas l'histoire de ce monument, puisque je l'ai déjà faite dans les Beautés de l'histoire de la Champagne. Je ne toucherai que les points contestés.

Félix ser du nom, dix-neuvième évêque de Châlons, eut la satisfaction de finir, en 627, la cathédrale, commencée par saint Alpin, continuée par sairt Elaphe et saint Lumier. Il creusa, en l'honneur de la sainte Vierge, la crypte qu'on appelle les catacombes, pour lui servir de sépulture, ainsi qu'à un grand nombre de ses successeurs.

On ne se contentait pas d'y déposer les dépouilles mortelles des évêques défunts; on y rendait à la Vierge immaculée un culte pur, noble, utile et glorieux.

On y avait élevé trois autels, un à saint Memmie, un à l'auguste Mère de Dieu, et un à saint Étienne, patron de la cathédrale.

de protester contre le prétendu extrait du compte-rendu de la séance du 25 août, publié dans le numéro du 15 septembre 1875, du Journal de la Marne. S'il n'a pas relevé plus tôt les étrangetés que l'on met dans sa bouche, c'est qu'il a pensé que justice serait facilement faite, même par le plus ignorant des lecteurs.

La crypte avait deux entrées, l'une au nord, l'autre au sud.

La cathédrale n'avait pas la même longueur que maintenant. Aucun collatéral ne régnait autour de l'adside, qui se terminait au second pilier, par le mur de l'église. On voit encore accolé à ce pilier un contre-fort qui était à l'extérieur.

Chaque dimanche on faisait la procession avant la grand'messe. Comme on ne pouvait pas circuler autour du sanctuaire, le chapitre descendait du côté nord dans la crypte, par un bel escalier en pierres dures, faisait une station à chaque autel, chantait l'antienne qui y convenait, remontait par un escalier semblable du côté sud, et continuait la procession. Il y a encore un œil de bœuf à la place de chaque escalier.

Cette crypte ou croupte servait encore à un autre usage fort important.

Le chapitre se composait de soixante chanoines et de soixante chapelains, qu'on appelait aussi chanoines mi

neurs.

Il y avait deux chœurs, le chœur supérieur pour les chanoines et le chœur inférieur, qui était au-dessous, dans la crypte, pour les chapelains. Les uns et les autres célébraient dans leurs chœurs respectifs, l'office divin, tant du jour que de la nuit.

Mais ils furent singulièrement troublés dans leurs offices en 1137.

La cathédrale de Châlons passait alors pour un fort beau

monument.

Il régnait, à cette époque et dans tout le moyen âge, un genre de dévotion qu'on ne connait plus. On fondait un chanoine, un chapelain.

XLII SESSION.

11

De là vient le grand nombre des chanoines et des chapelains.

Nous arrivons à la question qui suscita les plus grands débats.

On n'est pas d'accord sur l'époque de la construction des chapelles des Sibylles. Les uns prétendent que ce fut Archemraus, trente-troisième évêque de Châlons (856), qui båtit, Jerrière l'abside de la cathédrale, sur l'emplacement de l'ancien temple des Sibylles, dans un jardin qui appartenait encore au chapitre en 1792, et qui porte le nom des Sibylles, trois chapelles. Celle du milieu était consacrée à la sainte Vierge, celle de gauche à saint Memmie, et celle de droite à saint Étienne. Ces chapelles ne communiquaient pas avec l'intérieur de la cathédrale; leur entrée était à l'extérieur. On les nommait chapelles des Sibylles (1).

D'autres auteurs soutiennent que c'est Mancion, trenteseptième évêque de Châlons (894), qui les construisit. Comme il avait une grande dévotion à la sainte Vierge, il fit bâtir en sou honneur une petite église derrière et joignant la cathédrale au lieu appelé des Sibylles. C'est là qu'il voulut être inhumé en 908, après quinze ans d'un glorieux épiscopat (2).

Ces deux témoignages se confirment l'un et l'autre. On peut croire que la crypte de Félix ler, se trouvant envahie par les corps des évêques défunts et d'autres personnages notables, les évêques furent comme forcés de choisir un autre lieu plus convenable pour leur dernière demeure.

Dans le cours des âges, nous avons découvert et noté au

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(1) Beautés de l'histoire de la Champagne, t. I, (2) Ibid, t. II, p. 14.

p. 494.

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