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Meuse, dans la partie où la craie forme la constitution du sol, on trouve des tumuli élevés en lignes qui paraissent se commander.

M. Nicaise demande à M. Courhaye ce qu'il pense des incinérations placées au fond des tumuli fouillés par lui et M. Morel, l'un près de Prosnes, l'autre près de Baconnes. Ce caractère prouverait que ces monuments ne sont point, autant que M. Counhaye tient à le croire, élevés tout simplement pour une sorte de jalonnement au milieu d'opérations militaires, mais que la constatation d'un foyer à la base et au centre des tumuli permet d'attribuer un autre caractère à ces monuments.

M. Counhaye avoue ne point se rendre compte de cette disposition dans les monuments fouillés par M. Nicaise.

M. le colonel de Sailly examine la forme et surtout la nature des matériaux qui composent les tumuli. La quantité d'humus très-meuble qui les recouvre parait indiquer que cet humus aurait été fourni par un terrain abrité par d'épaisses forêts, et l'on assure que notre sol a été en effet dans de semblables conditions.

M. Nicaise communique à l'assemblée un des instruments appelés hipposandales, d'un type inconnu jusqu'aujourd'hui.

Cet instrument, long de 15 centimètres 1/2, sur une largeur moyenne de 10 centimètres, est muni à l'une de ses extrémités d'un contre-fort circulaire, tandis qu'à l'autre extrémité, deux oreilles, circulaires également et relevées, retiennent deux anneaux destinés à rattacher l'instrument au point où il était fixé. A la base de l'hipposandale est pratiquée une ouverture ovale, de forme irrégulière et allongée, dans le sens de la longueur de cette base.

M. le colonel de Sailly ne pense point que le Congrès se trouve encore là en présence d'une hipposandale. Il

s'appuie, pour le démontrer, sur la forme générale de l'instrument, dont la plante est circulaire et l'ajusture de muraille latérale réellement et régulièrement oblique.

Cette forme de l'instrument ne permettrait pas au pied du plus petit poney de s'y adapter.

M. Nicaise renouvelle à l'assemblée sa communication précédente, relative à une hache de bronze trouvée dans la Marne et renfermant encore dans sa douille l'extrémité du manche en bois auquel elle était attachée. Au moyen d'un manche coudé à angle mobile, M. Nicaise démontre que l'usure de la partie inférieure du tranchant de cette hache résulte de l'action de hacher et non pas du choc de l'instrument lancé à la main ou par une machine balistique comme la cateia des anciens. Il résulte également de cette communication que cette hache était fixée au manche, l'anneau latéral placé en dessus et non en dessous, comnie dans le mode d'attache des haches présentées au Congrès par les intéressants dessins de M. Lebeuf.

M. de Baye, à l'occasion de la communication de M. l'abbé Morel, signale les bandeaux d’or comme étant un bandeau funéraire placé sur la tête des morts. Il s'appuic sur des exemples nombreux constatés par M. de Clercq, qui possède des bandeaux trouvés dans les sépultures de l'ile de Chypre.

En ce qui concerne les incinérations des tumuli, M. de Baye mentionne celui de Mondement. Ce tertre contenait les cendres provenant de l'incendie d'un château fort du vino ou du ix° siècle. Cependant la tradition regardait ce tumulus comme la sépulture d'un général romain.

La séance est levée à cinq heures et demie.

fre SÉANCE DU MERCREDI 25 AOUT.

PRÉSIDENCE DE M. A. DE DION.

Siégent au bureau : MM. le colonel de Sailly, le colonel Virlet, le commandant Simon et G. de Felcourt.

M. de Vivès, remplit les fonctions de secrétaire.

Après avoir donné lecture de la dixième question ainsi conçue :

Signaler les découvertes de gisements

archéologiques des époques gauloise, gallo-romaine et mérovingienne faites

depuis le Congrès tenu à Reims en 1861. Relater les lieux plus particulièrement

explorés et faire connaitre les plus remarquables parmi les objets trouvés.

M. le Président invite M. Joseph de Baye à faire connaitre le résultat de ses explorations du cimetière franc d'Oyes.

Mémoire sur la nécropole franque d'Oyes.

Le territoire de la commune d'Oyes, exploré depuis plusieurs années, a produit avec abondance des richesses archéologiques pleines d'intérêt. Les hommes de la pierre polie l'habitèrent; ils ont, en effet, laissé des traces frappantes de leur présence et de nombreux témoignages de leur civilisation. Un groupe considérable de grottes a été découvert. Ces grottes renfermaient un outillage, des parures, des travaux qui apportent d’utiles renseignements. Ce point de notre Champagne a vu naitre, dans les temps les plus anciens, l'usage du métal.

L'époque franque ou mérovingienne s'affirme par une nécropole très-importante. Sur une étendue de deux hectares environ, on rencontre à l'ouest du village un grand nombre de sépultures. Si on en juge par la présence des objets déposés dans les tombes, cette nécropole aurait pris naissance vers le commencement de l'invasion et se serait prolongée jusqu'à l'époque carolingienne.

Le christianisme a laissé des traces évidentes, plusieurs objets sont ornés de croix. Cette circonstance n'a rien de surprenant, puisque déjà au vio siècle le monastère de Saint-Gond, situé à 800 mètres environ du cimetière franc, exerçait son influence civilisatrice sur la contrée.

Les tombes successivement examinées ont donné une foule d'objets très-variés qui contribuent beaucoup à faire connaître les meurs, les habitudes des populations de cette époque.

a

LES TOMBES.

Les tombes qui contenaient les objets dont nous allons traiter, sont naturellement le premier sujet qui fixera notre attention. Elles étaient rangées dans un ordre régulier et dirigées vers le levant.

Ces tombes ne présentaient pas toutes un aspect uniforme. Elles offraient, au contraire, des variétés bien faciles à constater. Les cercueils en bois avaient été employés pour le plus grand nombre des sépultures. On retrouve fréquemment les clous et des traces de bois. D'autres en plus petit nombre avaient été pratiquées dans des cercueils en plâtre. Ces derniers se composent de plusieurs parties soigneusement ajustées et formant un ensemble solide. Ils étaient pourvus d'un couvercle composé de la même matière. Celles qui ont été l'objet d'une attention spéciale sont munies d'une rainure qui règne sur toute l'étendue de la partie intérieure en longeant les parois. La rainure est perforée sur plusieurs points et communique ainsi avec le sol. On remarque sur les tombes de cette catégorie des ornements aux pieds et à la tête. Le sujet est généralement une sorte de roue en relief, que les archéologues considèrent comme une altération du monogramme du Christ, ou même comme le monogramme sous une forme modifiée, mais intentionnellement adoptée pour en dérober la connaissance aux profanes.

Cette catégorie de sépultures ne renferme généralement aucun objet. M. l'abbé Cochet, qui a visité une multitude de sépultures semblables, en avait fait la remarque il y a longtemps. Nous avons constaté une seule exception dans le cimetière d'Oyes.

Dans d'autres circonstances, la tombe n'offre plus un tout continu, elle se compose de parties détachées formant un chevet où repose la tète, et une sorte d'encadrement pour les pieds. La largeur de ces tombes est toujours beaucoup plus considérable à la tête qu'aux pieds.

On a trouvé aussi exceptionnellement une large dalle sur laquelle le corps était simplement étendu. Un autre mode de sépulture observé mérite également une mention; la tombe est simplement creusée dans la craie, elle forme un hémicycle à la tête, qui en remplit toute la capacité. Cette sépulture, comme les autres, est beaucoup plus étroite vers les pieds.

Ainsi que nous l'avons mentionné plus haut, les tombes sont régulièrement disposées. Elles remplissent à peu près

à tout l'espace consacré aux sépultures. Néanmoins, il y a

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