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est ita coronari. D'après ce que nous venons d'établir, il n'est donc pas étonnant qu'on retrouve des couronnes dans les tombeaux; cela doit être. Ne cherchons pas néanmoins la couronne de fleurs; n'est-ce pas surtout de cette couronne si fragile que nous devons dire avec notre poëte:

Et rose, elle a vécu ce que vivent les roses,
L'espace d'un matin.

(MALHERBE.)

Parfois vous en rencontrerez des débris; ce sont des fragments de ruban métallique qui affectent diverses formes et qui ne sont rien autre chose que les lemnisques qui achevaient la décoration de ces couronnes.

Quant aux couronnes métalliques entières, reproduisant la couronne sutile sous le nom στροφίον ou de στροφίλιον. elles sont rares dans nos contrées; mais elles se trouvent en profusion dans les tombeaux de Samos, de Chypre, de Rhodes et de la Crimée. En cela il n'y a rien d'étonnant, c'était le centre de l'industrie. Elles sont nombreuses encore dans ces régions où les fleurs étaient rares, dans les tumuli du Mecklembourg, du Hanovre, du Danemark ou de l'Irlande. Le magnifique ouvrage de M. de Meester de Ravestein est une preuve convaincante que ces bandeaux étaient de véritables couronnes funéraires (1).

Le otpoqi.cos, comme couronne du mort, était attaché sur le diadème primitif, et le lambeau d'étoffe adhérent

(1) Les bandeaux d'or, constatés sur le casque des guerriers, par M. le comte Gozzadini, et dont l'estampage reproduit des feuilles de chène ou de laurier, ne sont pas des couronnes funéraires, mais bien les décorations que portaient ceux qui avaient mérité une couronne de chêne, d'olivier ou de laurier.

à quelques couronnes ne prouve

nullement

que

c'était un ornement des vêtements.

La couronne plectile se montre aussi dans les tombeaux. Dans le tumulus de la Combe - Bernard, décrit par M. Bertrand, on trouva près de la tête du mort un grand cercle en fil de bronze très-fin, avec des enroulements aux extrémités, et le savant auteur ajoute avec sa sagacité ordinaire : « Ce grand cercle nous semble non un collier, mais une sorte de diadème, o C'est, en effet, là couronne plectile appelée aussi otpopior, par Pline, propter gracilitatem. On découvre cette couronne surtout dans les sépultures de femmes ou d'enfants.

Parmi les nombreuses fouilles faites par les soins de M. Morel, de Châlons, les ouvriers ont constaté dans quelques sépultures la présence de perles de verre et d'ambre, ou d'un cercle de bronze, non pas autour du cou, mais sur la tête du mort. Le lieu où ces objets étaient placés pouvait seul faire distinguer ces couronnes des colliers ou des torques ordinaires (1).

La couronne des vases a été moins remarquée jusqu'à présent, parce que l'attention des archéologues n'a pas encore été attirée de ce côté (2). Elle existe cependant, non pas dans les tombeaux des femmes, à qui le vin était

à généralement interdit, mais dans les tombes des guer

riers (3).

(1) Cette remarque a été faite dans le cimetière gaulois de Courtisols dans deux tombes de femmes.

(2) La remarque que nous avons faite sur les couronnes de fleurs ornant la tête des morts, s'applique également aux couronnes des vases.

(3) Les grottes de Plouarnel, canton de Carnac, ont montré deux colliers d'or trouvés sur un vase en terre cuite, contenant des cendres (La Bretagne, par M. Jéhan).

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Ainsi, dans le tumulus de Grauhols, fouillé par M. de Bonstetten, on trouva, aoutre les débris des roues d'un char, un seau de bronze et, près de ce seau, des grains de collier formés de deux demi-coquilles en feuilles d'or. Ce collier se composait de vingt-quatre grains de grosseurs différentes. Deux petits pendants d'oreilles complétaient cette parure. » (T’um. gaul.)

Nous sommes ici en présence de la tombe d'un personnage considérable, comme le prouvent les débris du char. Le vase d'airain est appelé seau, ciste même, par quelques archéologues ; M. de Bonstetten lui donne le nom de cratère; et je crois qu'il est dans la vérité. Dans les recueils d'archéologie, nous sommes habitués à voir la représentation du cratère antique sous la forme de l'élégant vase de l’Attique. Or, tous les cratères n'avaient pas cette forme. La preuve est dans Hérodote. « Les Samiens, dit l'historien, construisirent un vase d’airain (pour Crésus); ils lui donnèrent la forme non d’un cratère de Samos, mais d'un Cratere d'Argos. Οι δε Σάμιοι εποιήσαντο χαλκήϊον κρητήρος αργολικου τροπον (1. IV).

Je suis convaincu que beaucoup de vases d'airain classés parmi les cistes sont de véritables cratères de Samos, de Chypre ou de Chio.

C'est donc près du cratère de Grauhols que ce qu'on appelle un collier a été découvert. Un collier? Véritablement, est-ce la place de cet ornement ? N'est-ce pas plus logique de l'attribuer au cratère, quand nous savons que le cratère était couronné; qu'il était, selon l'expression de saint Jérôme: auro gemnisque distinctum? Et ces pendeloques décorées du nom de pendants d'oreilles, ne sont-elles pas plutôt les lemnisques qui complètent la parure (1) ?

(1) Les lemnisques des couronnes des vases d'airain n'étaient XLII SESSION.

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En parlant de cratère, vous avez sans doute remarqué que, dans les sépultures, les vases sont toujours proportionnés à la dignité ou à l'importance du défunt. Pour le vulgaire, c'est un vase de petite capacité; pour les personnages considérables, vous trouverez la phiale (piahn) (1), l’ænochoé ou le cratère. C'est l'image fidèle des mæurs du temps. La plupart des hommes célèbres de l'antiquité se faisaient gloire d'être à la fois vaillants guerriers et vaillants buveurs : « Que l'on mesure le vin aux autres Grecs chevelus, disait Agamemnon à Idoménée, pour toi, je veux que ta grande coupe (õéras) soit toujours pleine comme la mienne, afin que nous puissions boire selon nos désirs. »

....... σον δε πλείον δέπας αιει
εστηχώς περ εμοί, πίεειν ότε θυμος ανώγοι (1. 1V).

Cette parole d’Agamemnon a, vous le voyez, son écho jusque dans le tombeau.

A Somme-Bionne, ce n'est plus la couronne de perles que nous retrouvons au pied de l'ænochoé, mais bien le strophiolum connu à Eygenbilsen et en d'autres localités (2).

M. Schüermans, dans la description qu'il a faite de cette dernière découverte, remarque que a la bande d'or affecte

pas des rubans comme pour les couronnes de tête, mais bien des anneaux ouvragés ou des pendeloques imitant plus ou moins les pendants d'oreilles.

(1) La phiale était un vase d'assez grande capacité. Voir saint Ambroise ; Liber de jejunio Elix.

Hoιnere met le δεπας sur le meme rang que la φιάλη.

(2) Doerth, Weisskirchen, Heerapfel, etc. Dans les tombes celtiques de l'Alsace, M. Maximilien de Ring mentionne un diadème métallique entier qui devait entourer deux ænochoés (Forêt de Hatten).

une forme courbée, comme si elle était destinée à ceindre un corps plus ou moins hémisphérique; de plus, le revers porte les traces d'une sorte de mastic analogue à celui que décrit Pline quand il parle du procédé pour appliquer l'or sur le cuivre. » La même observation doit être faite sur le bandeau de Somme-Bionne.

Or, à quel vase de bronze, à quel corps plus ou moins hémisphérique, ce bandeau peut-il mieux et plus naturellement s'appliquer qu'à l'œnochoé près de laquelle il a été trouvé ?

Et si nous voulons connaître l'endroit précis où ce strophiolum était attaché, voyons ce qui se faisait pour les vases de terre. Quand le potier moulait une couronne sur un vase, où plaçait-il cette couronne, cette branche de lierre ou de vigne? Sur le ventre du vase, dans la partie supérieure. En appliquant le bandeau d'or sur l'œnochoé au lieu indiqué et consacré par l'usage, vous verrez que ce bandeau s'adapte parfaitement comme un diadème.

Nous pouvons donc légitimement conclure, et d'après l'observation et d'après les principes que nous avons posés, que cet ornement lui appartient. Le lui restituer, c'est, Messieurs, faire acte de rigoureuse justice.

M. Counhaye, archéologue à Suippes, entretient de nouveau le Congrès de ses fouilles dans les tumuli.

Les vases trouvés à Somme-Bionne lui paraissent avoir été apportés par l'invasion kymrique-teutonne et être un des jalons de ce grand fait ethnographique.

M. Counhaye estime que les tumuli étaient des monuments rapidement élevés par une armée en marche, au fur et à mesure que se développaient ses opérations.

M. Buvignier fait connaître que, sur les plateaux de la

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