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même nature que celles qui ornaient le front des convives. La preuve en est daus ces paroles de Tertullien :

De coronis potatoris sui inornabitur calix (l. de Resurrect.).

Le calice est orné des mêmes couronnes que porte celui qui le boit.

Dans le principe, c'était un simple diadème dont Bacchus est, dit-on, l'inventeur; c'était encore une branche de lierre, de myrte ou de vigne. Si les poëtes donnaient à Bacchus ou à ses adorateurs une couronne de vigne ou de lierre, le lierre aussi ornait la coupe de Théocrite, comme le pampre le calice de Prosperce.

Ces couronnes primitives, nous les retrouvons dans le cours de tous les âges. Néanmoins, dans l'intervalle, elles se compliquent, elles se transforment avec le progrès du luxe.

Sur le diadème nu, les anciens attachèrent des roses, même des feuilles de rose; et ils eurent ainsi la couronne sutile dont parle Martial:

ou

Pinguescat nimio madidus mihi crinis amomo.

Lassenturque rosis tempora sutilibus (1. V).

Et Ovide :

Tempora sutilibus cinguntur tota coronis (l. V, Fast.).

D'autres fleurs remplacèrent successivement les roses, suivant le caprice et la mode du jour. Ces fleurs étaient souvent groupées en bouquets que l'on unissait avec du fil ou du jonc: Flores inserti et inne.cifilo ant scirpo (Tert.), et dont l'ensemble formait le sertum.

On fit même en l'honneur des trois Grâces, trois séries de fleurs, une série de roses, une serie de lis et une série de violettes : et ces trois séries, attachées l'une à l'autre, composèrent, d'après Varron, les guirlandes antiques serta.

C'était ce qui était le plus en vogue du temps de Tertullien : « Et quod magis usui est, centenariis quoque rosis ex horto Midæ lectis, et utrisque liliis et omnibus violis coronaris (De coron. mil.).

Dans d'autres temps ou d'autres régions, ces couronnes étaient faites indistinctement de toutes sortes de fleurs : Corona ex omni fariis floribus (Ath.), et de ces couronnes pendirent bientôt des lemnisques d’or: Cum lemniscis aureis (I. ).

D'autre part, la couronne faite d'un rameau verdoyant, s'appela couronne plectile. Nous trouvons le mot dans Plaute.

Pro galea scaphium, pro insigni sit corolla plectilis (In Bacc.).

A Samos, cette couronne plectile était une simple branche de saule dont la mode dura jusqu'au temps de Pisistrate (Ath.).

Quand ce rameau faisait plusieurs fois le tour de la tête, c'était la couronne complectile.

Hederæ narcissique ter circumvoluto circulo.
Tortilium coronarum (Chæremon in Baccho).

couronne chère aux Alexandrins (Ath., 1. XV). Plusieurs rameaux entrelacés donnaient la couronne nexile.

.... Tibi nexilibus
Turba coronis redimita venit (Senec, in Agamem).

:

Telles étaient les principales couronnes que nous trouvons chez les anciens, et que nous allons voir se reproduire sous une autre matière.

Les fleurs et la verdure n'étant pas de toute saison et de tout climat, les Égyptiens inventèrent de bonne heure ce que Pline appelle des couronnes d'hiver : coronæ hybernæ.

Les couronnes d'hiver essayèrent d'imiter la couronne sutile et la couronne plectile. La première fut une bande de papyrus ornementée, la seconde un rameau flexible peint de diverses couleurs. Dans d'autres régions, et par imitation, la bande de papyrus fut remplacée par un ruban fait de la seconde écorce du tilleul, philyra, ou de tout arbre propre à cet usage. Sur cette écorce, on attacha quelques ornements; plus tard des bractées, en attendant que tout fût remplacé par une mince feuille d'or ou de cuivre.

La couronne plectile égyptienne eut aussi des contrefaçons. Nous l'avons vu pour Samos. On se servit mème de gemmes de diverses couleurs, puis de simples perles de verre versicolore, souvent entremêlées de grains d'ambre, comme pour le collier.

Tu illustriori quâque fronde coronaris, etiam gemmis forsitan et auro (Tert. De cor. mil).

L'invention des Égyptiens donna aux Samiens et aux Cypriotes, l'occasion, de développer une nouvelle industrie. Remarquons, Messieurs, que les Samiens, connus par leur poterie, se firent un nom, non moins célèbre par leur habileté à travailler l'or et l'argent, en général tous les métaux.

Hérodote, admirant les richesses du temple d'Ephèse, remarqua entre autres choses un cratère en argent, placé dans l'angle du vestibule et pouvant contenir six amphores. Ce vase servait au mélange du vin et de l'eau dans les théophanies. aLes habitants de Delphes, ajoute l'historien, assurent que ce cratère est l'ouvrage de Théodose le Samien, et je le crois assez, parce qu'il n'est pas d'un travail ordinaire. »

Le premier essai que les Samiens firent des couronnes métalliques fut avec une mince feuille d'or : Cum laminâ aureâ (Ath.). Nous ne parlons pas de ces couronnes en or massif, que l'on fabriqua par exception pour des personnages opulents. Ce fut Crassus le Riche qui, le premier, importa ces couronnes à Rome, et Claudius Pulcher, les fit ciseler. La feuille d'or qui se refusait aux impressions du burin, fut estampée, pour reproduire autant que possible la couronne sutile. C'était le moyen d'imiter et la somptuosité de Crassus et l'art de Claudius Pulcher.

Mais comme l'or, même en feuille mince, était encore d'un prix plus élevé à cause de sa valeur relative, on diminua la grandeur de la couronne. Ce ne fut plus le diadème primitif qui entourait la tête tout entière, GTÉquvos, on fit des demi-couronnes otpoqia en latin corollæ, et même des parties moindres que la demi-couronne otpopiona, corollaria.

Cependant l'invention des Cypriotes donna à cette industrie une impulsion nouvelle, une vogue générale. Ils parvinrent à rendre le cuivre aussi dactile, aussi malléable que l'or; ce cuivre, à cause de sa destination, fut appelé es coronarium. La feuille de cuivre fut estampée, comme la feuille d'or, puis dorée ou argentée.

Avec le cuivre de Chypre on fabriqua, outre la couronne sutile, la couronne plectile, imitant le plus souvent la petite branche de saule de Samos; puis la couronne com

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plectible appelée souvent, dracontarium, parce qu'elle imitait dans ses circonvolutions, les replis du serpent. « Pourquoi, disait Tertullien, condamner au straphiolum ou au dracontarium, une tête destinée à ceindre le diadème immortel ? » Quid caput straphiolo aut dracontario damnas, diademati destinatum? (De cor. mil.)

III.

Toutes ces couronnes d'été ou d'hiver n’ornaient pas seulement le front et les vases des vivants, elles reposaient aussi sur la tête des morts, sur le vase de vin que l'on déposait près d'eux. Num et mortuorum est ita coronari (Tert. Il.).

Cet usage que Tertullien constate pour l'Afrique du 11° siècle a sa source dans l'Orient, de là il s'est répandu chez les peuples qui en sont sortis.

En Grèce, du temps même de Cécrops, au témoignage de Cicéron, après la sépulture, les parents se rendaient immédiatement au repas funéraire; ils s'y rendaient couronnés : Sequebantur epulæ quas inibant parentes coronati (Cic. De leg., l. 21). Mais le mort aussi était un convive; avant d'emporter son cadavre, on allait à la salle du festin; on prenait la part du défunt, part que l'on portait en cérémonie dans le cours des funérailles et que l'on enterrait avec lui. Et c'était la croyance de ce temps qu'au moment où les parents s'accoudaient autour de la table du repas funéraire, le mort ou plutôt ses mânes goutaient à la portion qui lui avait été réservée. Convive, il était donc couronné comme les autres. Et parce que sa portion était détachée du festin solennel, le vase qui contenait le vin était encore couronné selon la coutume, nam et mortuorum

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