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Le plan compris entre le 2° et le 3° filet s'élève sensiblement par rapport au premier, tandis que le centre subit une forte dépression et donne naissance à une sorte de calotte sphérique en relief, ornée d'une petite boule de corail.

A la partie opposée, nous avons remarqué l'attache en fer qui servait à les fixer.

Nous avons déjà dans notre collection une phalère pleine à peu près pareille, ornée de quelques filets et d'une calotte en relief ressemblant à un umbo de bouclier mérovingien. Elle provient de Saint-Loup de Buffigny (Aube). Le musée de Saint-Germain en possède seize exemplaires provenant de la même trouvaille.

La phalère la plus riche dont nous n'avons qu'un exemplaire, est aussi en bronze doré, de forme ronde, d'un diamètre de sept centimètres; le centre est plein, orné de deux filets et d'un point central; le reste est découpé à jour et forme des dessins représentant des croissants et des angles sphériques entrelacés et opposés les uns aux autres, rappelant le style asiatique.

De l'autre côté de cette phalère, on remarque l'attache de même métal qui servait à la suspendre.

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Il nous est moins facile de donner une attribution certaine aux nombreux débris d'ornements de bronze qui étaient disséminés un peu partout entre les boutons, les anneaux, les mors et les phalères. Comme tout cela avait été attaché sur des lanières de cuir, ou plutôt sur de gros cordons de cuir, ainsi que le prouvent les trous et les rivets qui y sont encore adhérents, nous avons lieu de supposer qu'ils servaient de décoration aux rênes et aux tètières, d'autant plus qu'on y remarque des trous dans lesquels s'adaptent les boutons des courroies.

Les dessins finement gravés et découpés à jour comme de la dentelle portent les mêmes motifs que ceux des phalères. Il n'a pas été possible d'en reconstituer un tout, attendu que ces ornements semblent ne former entre eux aucune suite.

Les deux petites cuvettes creuses sont ornées au milieu d'un bouton de corail en relief. Le tout porte des traces de dorure.

Cet attirail équestre semble rappeler les mors de la station de Mæringen, les disques de Vaudrevange, les récentes acquisitions des musées de Nancy et de Clermont, ainsi que les objets signalés par M. Berth, et la découverte indiquée par M. Schüermans de la tombe de Celles (Belgique), par M. le comte de Looz. Tout nous révèle la présence du harnachement du cheval de bataille ayant appartenu à une aristocratic guerrière dont les coursiers étaient couverts de harnais étincelants d'ornements d'airain.

Maintenant, Messieurs, que nous avons terminé la description de cette riche sépulture, que nous croyons jusqu'ici sans analogue, au moins en France, nous pourrions nous livrer là-dessus à mille conjectures. Le sujet serait tentant! C'est ainsi que nous pourrions nous demander si nous n'avons pas devant nous les restes d'un Gaulois du temps de l'indépendance, qui serait allé en Italie et en aurait rapporté comme butin, les objets rares et précieux qui nous occupent, ou bien redescendant le cours des âges, n'aurions-nous pas sous les yeux le mobilier funéraire d'un chef gaulois soumis au joug romaiu, conservant encore son épée nationale, mais ayant déjà emprunté à la nation conquérante ses coutumes, ses mour et son industrie?

Nous préférons de beaucoup la première hypothèse et nous sommes complétement de l'avis du savant numismatiste français, M. A. de Barthélemy qui, à propos de la découverte d'Eygenbilsen, a été le premier à penser que ces objets avaient été rapportés de la Haute-Italie par les Gaulois, qui, tant de tois, répassèrent les Alpes chargés de riches dépouilles (1).

Mais nous aimons mieux nous abstenir en ne sortant pas de notre modeste rôle de fouilleur. Nous nous sommes borné à exposer les faits, à dresser, pour ainsi dire, l'inventaire des objets trouvés, laissant à d'autres plus compétents que nous le soin d'en tirer des conclusionsutiles au point de vue de l'histoire et surtout de la science archéologique, à laquelle nous sommes si profondément attaché.

M. l'abbé Morel, curé de Sampigny, frère du précédent, à l'occasion de l'anochoé de Somme-Bionne, a étudié le symbolisme de la couronne placée sur les vases dans l'antiquité. Ses remarques sont consignées dans le mémoire suivant :

(1) Voir le 3e article de M. Shuermans, dans lequel M. A. de Barthélemy s'exprime ainsi : « L'histoire ancienne est remplie à chaque page du récit de ces nombreuses expéditions gauloises, qui revenaient avec un énorme butin en partie partage entre les chefs; combien de fois des armées de Gaulois et de Germaius ne durent-elles pas repasser les Alpes, chargées des dépouilles de la Haute-Italie! Ce que nous trouvons ne se composerait-il pas tout simplement des objets les plus précieux provenant du bulin et ensevelis avec le défunt, auquel ils avaient rappelé, pendant la vie, des expéditions lointaines et glorieuses. » L'enochoé de Somme-Bionne (Marne)

et sa couronne.

MESSIEURS,

Parmi les objets dont M. L. Morel vient de vous faire la description et qui forment le fond archéologique et artistique de son intéressante découverte de Somme-Bionne, permettez-moi de vous en signaler deux sur lesquels je désire fixer de nouveau votre attention, en vous indiquant le rapport intime qui les unit. Ces deux objets sont : l'anochoé et le bandeau d'or qui l'accompagne.

Ce n'est pas la première fois que ce bandeau se retrouve près de l'anochoé. Déjà leur présence simultanée a été remarquée dans plusieurs sépultures; mais, quand il s'est agi de déterminer l'usage de ce bandeau, les avis des archéologues se trouvèrent partagés. Quelques-uns ont pensé que c'était un simple diadème; d'autres, un ornement du casque d’un guerrier ou même des vêtements. Je voudrais vous démontrer, en donnant à ma pensée quelques développements, que ce bandeau trouvé à Somme-Bionne au pied de l'enochoé, en est la décoration traditionnelle, c'est-à-dire la couronne.

I.

Vous le savez, Messieurs, c'était un usage chez les anciens de se couronner de fleurs pendant les repas; cet usage est un fait certain pour nous, un souvenir essentiellement classique.

Mais ces couronnes n'ornaient pas seulement le front des convives, elles reposaient encore, sur les vases qui

contenaient le vin. Pourquoi et dans quel but? Était-ce, comme le veut Athénée, parce que de tous les biens matériels reçus de la libéralité divine, le vin a le rang de prééminence et d'honneur ?

Bonorum omnium regem natura vinum statuit (1. X).

Était-ce parce que Bacchus, d'après Pline, aurait inventé la couronne ? ou simplement qu'elle lui plaisait comme l'affirme Ovide?

Bacchus amat flores, Baccho placuisse coronam
Ex aiadneo sidere nosse potes (Fast. c. v).

Enfin, dans un sens plus élevé, serait-ce parce que le vin, destiné à être offert en libation à la divinité, devait être couronné de fleurs, comme on le faisait de toute victime, au rapport de Plutarque (Vit. Pélop.).

Il serait difficile aujourd'hui de préciser la raison déterminante de cet usage traditionnel. Ici, comme dans d'autres cas analogues, le fait subsiste, il s'impose aux regards ou à l'esprit; mais la cause primordiale et symbolique, échappe à l'appréciation; elle s'est oblitérée dans le cours des âges.

Quoi qu'il en soit, l'alliance entre le vin et la couronne était si intime, dans la haute antiquité, elle semblait alors si naturelle, si nécessaire, que l'ouverture de tous les vases destinés à contenir le vin avait ordinairement la forme d'une couronne. C'est un fait que nous pouvons constater au moins chez les peuples les plus civilisés; de sorte que, dans ce temps, couronner les vases, c'était remplir de vin les vases qui devaient le contenir, jusqu'à la naissance de la couronne. Cette explication est, je crois, le

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