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autres en créant des loges maçoniques. Ces réunions étaient pour le temps des espèces d'académies de sculpture et d'architecture; je ne sache pas qu'il ait existé dans les autres parties de la France des sociétés d'artistes établies sur les mêmes bases, mais il sera bon de faire à cet égard de nouvelles recherches.

RENAISSANCE.

Le style ogival qui avait parcouru ses diverses périodes de perfectionnement et de dégénération touchait à son terme, durant la première moitié du XVI. siècle. On allait abandonner l'arcade en tiers-point pour reprendre le plein

bonne; elle fit des règlements pour la réception des apprentis, des compagnons et des maîtres, établit des signes secrets par lesquels ses membres pouvaient se reconnaître, et adopta pour grands maîtres de toute la confraternité les architectes de la cathédrale de Strasbourg. Cette association fut confirmée dans la suite par les Empereurs d'Allemagne. Le magistrat de Strasbourg confia pendant quelques temps la décision de toutes les affaires litigieuses, en fait de bâtiments, au chef de son atelier des tailleurs de pierre : et le Duc de Milan demanda, en 1481, à ce magistrat, un architecte capable de diriger la construction de la superbe église métropolitaine de sa capitale.

La suprématie du grand maître de l'atelier de Strasbourg sur les loges d'une grande partie de l'Allemagne, ne cessa qu'après la réunion de cette ville à la France.

(Voir l'essai historique de M. Schweighauser, sur la cathédrale de Strasbourg. ·

cintre abandonné lui-même pour l'ogive depuis le XII. siècle; une immense révolution allait s'opérer dans l'architecture.

La découverte des manuscrits de Vitruve, les travaux d'Alberti, de Brunelleschi, et de plusieurs autres architectes Italiens; le goût qui s'était manifesté si ouvertement pour l'antiquité classique, à la fin du XV.. siècle et au commencement du XVI.; enfin, cet esprit d'innovation et de réforme qui fermentait dans la société, aussi bien parmi les artistes que parmi les théologiens; tout avait préparé les esprits pour ce grand changement qui, dans nos contrées, commença sous les règnes de Louis XII, et de François Ier.

De même qu'au XII. siècle une architecture de transition s'était formée lorsqu'on avait abandonné le cintre pour l'ogive, on vit paraître, lorsqu'on revint au cintre, un style mixte résultant de la combinaison des formes classiques avec les ornements du XV.siècle. Le plein cintre romain se montra couvert de la riche parure du style ogival. C'est ce style mixte qu'on appelle architecture de la renaissance, parce que, dès lors, on regarda le moyen âgé comme un temps d'ignorance et de barbarie.

Mais l'architecture mélangée qui se montre

chez nous à l'époque où l'on voulut revenir aux formes antiques n'a pas été généralement employée dans les constructions religieuses du XVI siècle. L'ogive avait reçu pour ces édifices une sorte de consécration; long-temps après l'adoption du style classique pour les constructions civiles, nous la voyons préférée pour les édifices religieux le XVII. siècle lui-même nous fournirait de nombreux exemples de l'emploi de l'ogive; il est vrai qu'alors le style ogival dépouillé le plus souvent de ses ornements est d'une grande pauvreté, ce n'est plus que le squelette de l'ancien style, mais l'ogive est employée pour les fenêtres et les arcades.

A tout prendre les productions de la renaissance ont été plutôt privées que publiques; c'est-à-dire qu'on a construit dans ce style beaucoup moins d'églises que de palais, de châteaux, de maisons, et c'est dans la partie du Cours qui traitera de l'architecture civile que nous devrons spécialement nous en occuper.

Bornons-nous donc aujourd'hui à une simple indication des principaux caractères de l'architecture dite de la renaissance.

Les fenêtres sont à plein cintre, et sans compartiments en pierre (pl. LVI, fig. 25). Les portes et les arcades sont également cintrées,

cependant dans les premiers temps de la renaissance, il n'est pas rare de trouver des ogives mêlées aux cintres.

Au milieu des ornements empruntés au style ogival, on remarque une immense quantité d'arabesques, des rinceaux et plusieurs autres moulures imitées de l'architecture antique, des médaillons dans lesquels sont en demi-relief des têtes de princes romains ou les bustes des personnages marquants de l'époque (pl. LV, fig. 41).

Les contreforts se dissimulent et se transforment en pilastres ou en chambranles (pl. LXI, fig. 7).

Les colonnes encore très-fréquemment remplacées par des nervures, commencent à se montrer avec des proportions plus correctes.

Dans l'entablement on distingue l'archivolte, la frise et la corniche.

Les voûtes cintrées sont couvertes de culsde-lampe et de pendentifs (pl. LX, fig. 6), ornés d'un grand nombre de ciselures.

Enfin, les tours affectent presque toutes la forme hémisphérique, et les clochetons sont remplacés le plus souvent par des pyramides en forme de candelabres ( pl. LV, fig. 42) et par des espèces de piédestaux carrés, ou octogones (pl. LV, fig. 43), etc., etc.

En traitant de l'architecture civile, je vous présenterai des développements et des dessins qui vous feront mieux connaître le style de la renaissance.

Les monuments de cette époque offrent tous de petites dimensions, mais ils ont en même temps quelque chose de gracieux; ils plaisent par l'élégance de leurs proportions et la délicatesse de leurs ornements.

L'apside de l'église St.-Pierre et celle de NotreDame, à Caen; la chapelle de l'ancien évêché de Bayeux, le portail de l'église Trinité à Falaise, la chapelle du château de Chenonceaux (Indreet-Loire), diverses parties de l'église d'Argentan, peuvent, avec beaucoup d'autres édifices, vous fournir des exemples du style de la renais

sance.

Il nous resterait, Messieurs, et ceci ne serait pas la partie la moins curieuse du tableau que je viens de vous présenter, à examiner comment le style de la renaissance s'introduisit et vint se substituer à l'ancien style dans les différentes régions de la France; à faire connaître dans quelle contrée cette innovation malheureuse, selon moi, fut accueillie avec le plus d'empressement. Mais cetté introduction, plus ou moins

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