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On a fini par une demande d'interpellations sur le retard apporté à la convocation des collèges électoraux du Bas-Rhin. Le ministre répondra demain. C'est une affaire sans importance.

La commission de la loi électorale accélère son travail : elle a eu plusieurs séances ces deux jours derniers, et la discussion s'est prolongée fort avant dans la nuit. M. Léon Faucher a été nommé rapporteur. On croit que le débat public pourra commencer lundi.

M. Dabeaux est l'auteur de l'amendement suivant au projet tendant à modifier la loi électorale.

Ajouter à l'article 6 une disposition ainsi conçue :

« Ne seront pas inscrits sur la liste électorale les individus qui, par application à l'article 8 de la loi du 17 mai 1849 et de l'article 3 du décret du 11 août 1848, auront été condamnés pour outrage à la morale publique et religieuse, aux bonnes meurs, et pour attaque contre le principe de la propriété et les droits de la famille, ,

MM. Wartelle-Deretz, Plichon, d'Havrincourt, Lequien, de Bryas, de Montigny, Dupont-Delporte, d'Hérambault, Legros-Devot, Gros (Auguste), Douay, Fréchon, Martel, Denissel, Francoville, ont déposé une proposition relative à la réunion extraordinaire des conseils-généraux, dont voici le texte :

« Dans le cas où l'Assemblée nationale serait mise hors d'état d'exercer librement son mandat, comme dans celui où, par l'effet d'événements politiques, les communications seraient interrompues entre un département et le siége de l'Assemblée nationale, le conseil-général se réunira de plein droit, et les fonctionnaires publics seront tenus de se concerter avec lui pour prendre les mesures nécessaires au maintien de l'ordre et à la défense des lois.

« La mission extraordinaire du conseil-général cessera dès que l'Assemblée aura recouvré sa liberté d'action, ou que les communications auront été rétablies. »

TROUBLES DU CREUZOT. Le gouvernement a reçu ce matin deux dépêches télégraphiques, l'une du général Castellane, l'autre du préfet de Saône-et-Loire. La grève des ouvriers continue. Ni le général ni le préfet ne sont encore sur les lieux. On concentre les troupes pour envelopper la sédition. Le gouvernement a la certitude que le mouvement du Creuzot se rattache à un plan général. Seulement, le mot d'ordre venu de Paris a été mal compris, et le moment fixé a été devancé.

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Bonne foi des révolutionnaires. La Voix du Peuple a été saisie pour avoir publié une pièce qui, sous le titre de pétition, n'était en réalité qu'une menace contre l'Assemblée, et qui provoquait à la guerre civile en accusant le gouvernement d'y pousser.

Ce factum était de telle nature que les autres journaux de la révolution n'ont pas voulu se compromettre à le reproduire; ce que la Voix du Peuple ne leur pardonne pas :

« Honneur à nos confrères de la presse démocratique socialiste, s'écrie-t-elle avec une ironie pleine de dédain, qui, en refusant d'insérer cette pétition, ont rendu possible cette suppression du dernier droit qui nous restait. »

Aujourd'hui, les mêmes feuilles qui, en refusant leur publicité à l'élucubration de la Voix du Peuple, en ont elles-mêmes reconnu le caractère illégal, crient à la violation du droit de pétition ! Elles prétendent désarmer la justice à l'égard d'un abus dont elles n'ont pas osé, malgré leur audace, accepter la complicité !

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Les pétitions rouges. Les journaux qui prêchent l'insurrection sur tous les modes, hurlent en même temps qu'ils sont bâillonnés.

Ils se font les champions de la Constitution, et ils mettent à l'étude et au concours public tous les moyens de la renverser : démission en masse de la Montagne, refus d'impôts, insurrection violente!

Ils affirment aussi que le droit de pétition est attaqué, et ils publient eux-mêmes des pièces qui leur donnent le plus éclatant démenti.

Le manifeste que le National annonçait hier a paru aujourd'hui. Il est revêlu des signatures de MM. Goudchaux, Degousée, Bastide, Armand Marrast, Landrin, Vaulabelle, Louis Perrée, Jean Raynaud et autres constituants, destilués par le suffrage universel, et qui espèrent remonter au pouvoir en associant leurs efforts comme leurs noms à ceux du citoyen Crocé-Spinelli.

On y dit que le projet de loi électorale « attaque du même coup le principe de la République, la source du pouvoir, l'autorité dans sa base et la société dans la forme qui la constitue ! »

Après un dérisoire appel à la sagesse et à la fermeté de l'Assemblée, on ajoute qu'à son défaut, « on aurait confiance dans la sagesse et dans la fermeté DU PEUPLE ! »

On parle du Peuple? Du quel ? Du Peuple constitué, représenté par les pouvoirs publics ; non certes ! Ne s'agit-il donc pas de celui qu'au moment propice on lance sur les barricades!

Le Peuple (on veut bien l'avouer) Peut avoir la patience a d'attendre; mais on ne s'aventure pas à dire qu'il le doive. )

Voilà le respect qu'on professe pour l'ordre public !

Cependant, c'est là l'expression des plus modérés entre les révolutionnaires de toutes les dates et de tous les âges ! On a vu que M. PERRÉE est du nombre, et M. DUPONT DE L'EURE y adhère par un post-scriptum spécial!

Le National ne s'en tient pas à ce document! Un autre, mieux fait pour les exaltés, l'explique et le commente.

Cette seconde pétition (puisque pétition il y a!) déclare que le droit violé selon elle est a antérieur et supérieur aux lois positives ; » qu'il est « placé au dessus de la sphère législative.» Elle signifie donc à ceux qu'elle suppose disposés à voter le projet, qu'ils « briseraient par là-même leur mandat, et n'auraient plus qu'à donner leur mission de représentants.)

Et si la majorité ne donnait pas spontanément sa démission, comme on l'y engage si humblement, on sous-entend probablement qu'on saura l'y contraindre, ainsi qu'on a tenté de le faire aux Artset-Métiers !

Voilà comme on use du droit de pétition en criant qu'il n'existe plus !

Voilà le cas que l'on fait de la Constitution que l'on dit violée pour avoir un prétexte de tirer des coups de fusil sur elle !

Voilà comment on essaye de soulever les populations et d'effrayer les pouvoirs publics quand les populations et les pouvoirs ne veulent que l'ordre et la paix !

Les réfugiés révolutionnaires en Suisse. — Attaques

et violences contre un Français. Il faut qu'on sache la conduite que se permettent, dans les pays où ils sont favorisés, les révolutionnaires cosmopolites que notre patrie a été forcée d'expulser de son sein.

Une tentative d'assassinat a eu lieu ces jours derniers à Lausanne sur un Français voyageur, M. Clerc de Landresse, dont le crime était d'avoir servi d'avocat à M. le capitaine Fourcbault, aide-de-camp du général commandant à Dijon, dans l'affaire d'un individu nommé Langeron, souffleté par cet officier pour outrage indigne à la mémoire de M. le maréchal Bugeaud.

Voici les détails que le capitaine Fourchault a adressés au Constitutionnel, d'après une lettre de M. Clerc de Landresse :

Celui-ci était arrivé le 11 avril à Lauzanne. Le soir, se promenant au Casino, il rencontra Langeron avec un autre homme. Langeron s'écria : « Tiens, « voilà ce fameux Clerc de Landresse! Il a encore du toupet de venir se prome« ner ici. Bientôt les deux réfugiés barrèrent le passage à M. Clerc de Landresse, et l'acolyte de Langeron l'interpella en ces termes : « Eh bien ! nous vous « tenons. Nous sommes ici chez nous, et vous allez passer par nos mains! )

Alors se passa une scène que celui qui a failli en être la victime raconte en ces termes :

Je mis ma main droite dans la poche de devant de mon paletot, et je saisis une grosse clé qui s'y trouvait. Je fis le geste d’armer un pistolet. Je détournai le bras de mon agresseur avec la main gauche, et je lui dis : « Si vous me touchez je vous brûle la cervelle. » Il recula, et, en s'éloignant, il me dit : « Tu n'y gagnerás rien, nous allons arranger ton affaire. » Langeron, en s'éloignant, me cria : « Tu m'as proserit, je te proscris à mon tour. Je te défends de rentrer dans la ville!) Dans l'espérance que quelqu'un viendrait à mon secours, je m'écriai : « Il n'y a donc pas de police ici! » Langeron répondit : « Si, c'est nous qui la faisons. »

Les deux agresseurs s'éloignèrent alors, mais seulement pour aller amouter leurs amis et la populace dans la ville. Aussi, à peine le Français était-il rentré dans son hôtel qu'il y fut assailli par des forcenés. Deux fois l'hôtel fut envahi, et dans ces deux occasions, M. Clerc de Landresse, saisi, maltraité, n'échappa à la fureur des forcenés que grâce au courage du maître de l'hôtel et par sa propre fermeté. A minuit, au moment où il montait en voiture, la diligence fut encore attaquée. Deux réfugiés, dont un ancien soldat de Garibaldi, voulurent l'arracher

de sa place et l'entraîner. Les gendarmes arrivèrent enfin au secours, mais ils i n'empêchèrent pas un des misérables héros de cette affaire de monter dans la ro

tonde et de suivre M. Clerc jusqu'à Genève, où il le menaçait encore.
Voilà donc un de nos concitoyens qui est resté sept heures sous le coup

des violences et des couteaux, qui a été poursuivi en Suisse d'une ville à l'autre, auquel un de ses agresseurs forcenés criait encore en le quittant : « Je te retrouverai

. » Voilà comment se comportent les agents de la démagogie là où ils sont les favoris du pouvoir. Que serait-ce donc là où le pouvoir tomberait réellemnent en leurs mains !

Le Moniteur catholique publie ce matin la lettre suivante, adressée, dit-il

, par Mgr l'Archevêque de Paris à tous les Evêques de France, après l'adoption de la loi sur l'enseignement par l'Assemblée nationale :

« Paris, le 20 mars 1850. a Monseigneur, « J'ai su que plusieurs de nos vénérables collègues avaient la bonté de songer à moi pour le conseil central de l'instruction publique, tel que la loi récente sur l'enseignement vient de le constituer. Je suis on ne peut plus reconnaissant de ces intentions pleines de bienveillance; mais je dois déclarer qu'il ne me serait pas possible d'accepter ce mandat. J'ai pour cela de nombreux motifs qu'il serait superflu d'exposer ici. Agréez, etc.

«+ MARIE-DOMINIQUE-AUGUSTE,

a Archevêque de Paris. »

Un corespondant de la Volkshalle de Cologne a adressé à ce jourhal l'article suivant sur l'état de l'Eglise en Autriche:

Déjà, il y a quelques mois, le bruit s'était répandu que l'empereur FrançoisJoseph avait écrit au Saint-Père qu'il croyait que toutes les calamités de notre époque proviennent de l'asservissement de l'Eglise par l'Etat, et qu'il était, pour sa part, disposé à lui rendre la liberté dans son empire. Il n'y eut plus de doute sur ce point lorsque le Pape annonça, dans une bulle pleine de sagesse, datée de Gaēte, que l'Autriche lui avait promis récemment d'abolir les lois qui restreignaient la liberté de l'Eglise. Elle a tenu parole.

« L'empereur avait eu dans M. le comte de Bombelles un précepteur plein de foi et de piété. Son cæur pur, simple et chevaleresque, était ouvert à ses enseignements. Il fut assez heureux et assez sage pour se choisir un ministre des cultes et de l'instruction, qui voyait dans la liberté de l'Eglise le plus sûr appui de l'autorité de l'Etat. Les Conciles des Evêques allemands, tenus à Würzbourg et à Vienne, produisirent sur l'esprit et le cæur de l'empereur une vive et pro

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fonde impression. Ces Evêques, proclamant les droits inaliénables de l'Eglise catholique et les devoirs que lui impose le salut des peuples, impressionnèrent les esprits et tous les nobles cæurs par l'onction et la puissance de la parole.

« Le Cardinal-Archevêque de Salzbourg, qui présidait les Conciles à Wurzbourg et à Vienne, touchait de trop près au gouvernement impérial pour ne pas exercer sur lui une grande influence. Il suffit de voir ce prince de l'Eglise, simple, vénérable, doux et imposant, pour être convaincu que rien ne pourrait résister à ce défenseur de la liberté religieuse en Allemagne et en Autriche. L'empereur, que sa nature et son éducation avaient porté à demeurer fidèle à la foi de ses ancêtres, ne pouvait échapper à une telle influence. François-Joseph, il faut le dire, a rendu avec une munificence royale à l'Eglise ce qui lui avait été enlevé auparavant. Correspondance avec Rome, correspondance des Evêques avec les pasteurs et les fidèles, correspondance des Evêques et des prêtres enfre eux, telles sont les libertés qui lui sont assurées. Le droit d'imposer des peines ecclésiastiques aux prêtres et aux fidèles lui est accordé. L'Etat lui viendra en aide quand il faudra exécuter des sentences qui auront pour but le salut des âmes.

« L'arrêté impérial termine en chargeant instamment le ministre des cultes et de l'instruction d'obtempérer aux autres désirs des pasteurs et des Evêques. On peut donc conserver l'espoir bien légitime qu'une part sera laissée à l'Eglise dans l'éducation des peuples de l'Autriche. Il y a beaucoup à faire dans ce royaume sous ce rapport. Le gouvernement autrichien a montré à toutes les générations à venir où conduit une instruction irréligieuse : la décadence, les révolutions, la barbarie, tels sont les fruits que produit cet enseignement.

« Mais il ne suffit pas pour remédier à ce mal de nommer tel ou tel professeur véritablement catholique, il faut qu'une réforme radicale ait lieu. Ce qu'il y a de mieux à faire pour l'Autriche, c'est d'appeler au secours de l'enseignement les ressources que l'Eglise possède, dans ses ordres et ses congrégations religieuses, pour toutes les classes de la bourgeoisie, pour toutes les conditions, pour toutes les nécessités de l'époque. C'est avec joie qu'on apprend qu'à Vérone et à Venise le maréchal Radetzki, comblé d'années et d'expérience, a rendu leurs maisons aux Pères de la Société de Jésus, les maîtres par excellence de la jeunesse.

« Mais ce qui est utile aux Italiens n'est-il pas salutaire aussi pour les Galiciens et pour les autres peuples de l'Autriche ? L'empereur a chargé les ministres de remplir tous les væux que les Evêques ont exprimés dans leurs Conciles. Il est évident que les Evêques insisteront particulièrement pour que l'Eglise obtienne la liberté d'élever et de former la jeunesse dans ses établissements particuliers. L'empereur enfin, dans son mémorable décret, parle d'un concordat avec le Saint-Père. Ce monarque veut exécuter aujourd'hui ce qu'on n'aurait jamais osé tenter, depuis l'empereur Joseph II, c'est-à-dire un concordat avec l'Eglise

. Pie IX, éprouvé par de terribles événements, n'oubliera pas ce qui peut être utile au salut et à la paix de l'Autriche. L'avenir de ce royaume est donc assuré s'il persévère dans cette voie. Il accomplira sa mission en se montrant le bouclier de l'Eglise catholique et de la civilisation. )

M. l'abbé Bouix vient de faire paraître un ouvrage intitulé: DU CONCILE PROVINCIAL. Le sujet de ce livre est trop grave pour que nous n'en rendions pas très-prochainement compte à nos lecteurs.

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