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M. le Maire de Strasbourg ouvre la séance par le discours suivant :

<< MESSIEURS,

<< La ville de Strasbourg se félicite de réunir dans ses murs tant d'hommes éminents, tant de savants distingués. Il y a huit mois déjà, la détermination prise pour la tenue de votre 26. congrès a été accueillie par notre population avec un plaisir sincère et le Corps municipal a été heureux de pouvoir donner un témoignage de sympathie à une association célèbre et à son vénérable fondateur.

« Mes collègues et moi, nous avons gardé bon souvenir du Congrès scientifique, qui, en 1842, a mis tant d'animation dans la vie intellectuelle de notre cité nous nous sommes rappelé l'hommage mérité que la réunion fit à la réputation brillante du premier archéologue de l'Europe, en lui décernant les honneurs de la présidence avec des applaudissements unanimes. Nous sommes persuadés que, sous la direction de M. de Caumont, un nouveau congrès va figurer avec éclat dans les annales du monde savant et ajouter sa part aux résultats dont se glorifie la Société française d'archéologie.

« Dans le domaine de l'intelligence, il est peu d'associations en effet, qui, à l'égal de la vôtre, puissent se féliciter de succès aussi réels, aussi incontestés. Votre première réunion ne remonte pas à plus d'un quart de siècle, et, dans cette période, si courte pour de grandes entreprises, l'action d'un savant, isolé à son début, a suffi pour opérer dans les idées et même dans les travaux publics et privés, une véritable transformation.

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Quand les premières publications de M. de Caumont vinrent appeler l'attention des hommes sérieux sur les monuments du moyen-âge, ces études nouvelles avaient toute la

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« Vous ne l'ignorez pas : une tradition de six siècles, qui a reçu la sanction du premier Consul, confie au Maire et au Conseil municipal de Strasbourg la gestion d'un patrimoine opulent dont les revenus sont affectés à l'entretien de notre cathédrale. Le Corps municipal se trouve appelé ainsi à diriger les travaux nécessaires à la conservation et surtout à la restauration du monument qui fait l'orgueil de la ville de Strasbourg. Plus heureuse que d'autres édifices, l'œuvre des évêques Werner et Conrad et de l'architecte Erwin a échappé à des dévastations et à des sinistres irréparables. Elle a subi toutefois l'influence délétère d'une époque qui avait oublié les principes des constructeurs. Il y a peu d'années encore les vitraux coloriés offraient l'aspect d'une mosaïque incohérente; les dispositions primitives du chœur et des transepts, disparaissaient sous des boiseries qui rappelaient le goût dominant au dernier siècle; le badigeon avait recouvert les voûtes et les piliers. Aujourd'hui, la ville de Strasbourg est fière de montrer des travaux de restauration qui ont été exécutés sous l'empire des véritables principes. Elle aime à rapporter à M. de Caumont l'honneur qui, dans l'application de toute découverte, doit revenir à l'inventeur; et je réponds au vœu de mes administrés, en offrant à votre vénérable Président l'expression de leur gratitude.

<< Mes honorables collègues du Conseil municipal partagent ces sentiments et ils s'y sont associés dans une délibération officielle. Pour me conformer à leurs instructions, j'ai fait prendre des arrangements afin de faciliter les réunions de la Société et les explorations qu'elle voudra faire dans nos environs, si riches en souvenirs historiques et en vestiges dignes de fixer votre attention. Je désire que ces mesures obtiennent votre approbation. Puisse l'accueil cordial qui vous est offert par la ville de Strasbourg vous laisser de bons souvenirs ! >>

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M. de Caumont répond à M. le Maire dans une improvisation bien sentie, dont nous cherchons à reproduire la teneur: « Je dois, dit-il, vous remercier du fond de mon âme de l'accueil bienveillant que vous avez fait à la Société française. Lors du Congrès scientifique qui a eu lieu dans cette ville en 1842, et qui a été un des plus beaux de France, j'ai pu voir avec quel intérêt on cultive en Alsace l'étude des monuments anciens. Depuis, j'ai eu l'honneur de voir à Langres le premier magistrat actuel de ce département, et j'ai pu applaudir aux résultats que son active intervention a obtenus dans l'intérêt de notre art national. Je dois ici le féliciter publiquement de l'heureuse pensée qu'il a eue de fonder la Société pour la conservation des monuments historiques en Alsace. L'établissement de cette Société a été un des motifs qui nous ont décidés à tenir notre vingt-sixième session dans la ville de Strasbourg. »

M. de Caumont donne ensuite des détails très-intéressants sur l'origine et sur l'organisation de la Société française, dont la fondation remonte à 1830, à une époque où n'existait pas encore de commission administrative chargée de prendre soin de nos monuments historiques. L'église de St.-Jean de Poitiers, dont le Conseil municipal demandait la démolition. pour raison d'alignement, en fut la cause prochaine. M. de Caumont plaida avec ardeur pour la conservation de cette ancienne basilique, sur laquelle il appela l'attention du monde. savant, et eut la joie de se voir puissamment secondé par les Sociétés de l'Anjou et de la Normandie. L'église de St.-Jean fut sauvée. M. de Caumont fonda alors une Société pour la conservation et la description des monuments historiques. Cette institution grandit, et à l'heure qu'il est, moyennant les cotisations de près de 1,200 membres répandus sur tout le sol de la France, elle dispose d'un fonds de 30,000 fr., destiné, en partie, à préserver de la ruine les monuments en péril;

en partie, à la publication d'ouvrages propres à répandre des notions saines sur notre art national. C'est ainsi qu'à l'occasion de ce Congrès, ajoute M. de Caumont, 2,000 francs seront offerts par la Société française pour les monuments de la région de l'Est, en même temps qu'il y aura une distribution de médailles faite aux architectes et aux hommes de l'art, qui se sont distingués tant par leur zèle pour la conservation de ce que nous ont légué nos pères, que par le goût dont ils ont fait preuve dans les constructions nouvelles.

M. le Directeur parle avec éloges de l'architecte qui construit en ce moment l'église catholique de Mulhouse. Il remercie Mgr. l'Évêque et les membres du clergé de l'empressement avec lequel ils ont répondu à son appel et termine en invitant Sa Grandeur à vouloir présider la séance du soir.

Mgr. Ross exprime à M. de Caumont ses regrets de ne pouvoir ce jour accepter la présidence, parce que la retraite pastorale l'appelle au milieu de ses prêtres, réunis en ce moment au grand séminaire. Sur les instances respectueuses de M. le Directeur, Sa Grandeur consent à présider la séance un autre jour de la semaine.

M. de Caumont procède ensuite au dépouillement de la correspondance. Il donne lecture d'une lettre de Son Excellence M. le Ministre de l'instruction publique et des cultes, au sujet du Dictionnaire géographique qui doit être publié sous les auspices du ministère. La lettre est accompagnée d'un spécimen et d'une instruction détaillée pour la marche à suivre dans ce travail. Il remet au secrétaire-général une lettre de M. Tudot, avec les premières livraisons d'un travail entrepris par cet auteur sur les statuettes antiques de l'Allier; une lettre de M. Paul Goujon, renfermant des détails intéressants sur des fouilles faites, dans le courant de l'année, au Vaudreuil. M. de Ring, premier secrétaire de la Société pour la conservation des monuments historiques de l'Alsace, dépose, au nom de

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