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fermait jadis la bibliothèque de la ville, ainsi que celle si précieuse de Beatus Rhenanus. Elle était établie dans une salle voûtée du premier étage, peinte à fresque dans le goût de la fin du XV. siècle. On y arrive par un étroit escalier tournant, en pierre, pratiqué dans une tourelle. Les rayons s'y trouvent encore avec l'indication des catégories de livres qu'ils renfermaient, et sur le mur, au milieu d'un cartouche historié, on lit la recommandation suivante, adressée à ceux qui venaient utiliser ces trésors :

PRO CRISTI LAUDE

LEGE LIBROS POSTEA CLAUDE.
1462.

On sait que Beatus Rhenanus s'établit plus tard à Strasbourg, où il mourut, mais en léguant sa magnifique collection de livres à sa ville natale, ou du moins à sa ville d'adoption. Elle se trouve aujourd'hui à l'Hôtel-de-Ville, vers lequel le Congrès se dirige en quittant l'église de St.-Georges, et où il est reçu par M. Lemaître, maire de Schelestadt.

Les visiteurs paient un juste tribut d'admiration aux inestimables manuscrits, aux incunables précieux qui jadis étaient les compagnons des travaux de celui que son époque avait surnommé le Prince de la littérature, et les bibliophiles ne peuvent assez exprimer leurs regrets de n'avoir que si peu de moments à consacrer à cette incomparable collection. On s'arrache pourtant à la contemplation de tous ces trésors pour examiner l'antique et curieuse église de Ste.-Foy.

Ce monument, fondé en 1094, par Hildegarde et ses enfants: Otton, évêque de Strasbourg; Frédéric, duc de Souabe; les chevaliers Gauthier, Louis et Conrad et sa fille Adélaïde, passe dans l'opinion populaire pour avoir été construit sur le modèle du St.-Sépulcre, à Jérusalem. Cette

opinion fort ancienne, parce qu'elle doit être exprimée dans une charte du XI. siècle qui soumet cette église au monastère de Conques en Rouergue, se réfute d'elle-même par la comparaison des deux monuments, et fut déjà combattue par Beatus Rhenanus, qui soutenait que le pastiche ne pouvait se trouver que dans la crypte, sous le chœur, encore accessible de son temps.

Des recherches encore à faire éclairciront peut-être un jour ce point.

Toute l'église est construite dans le plus pur style roman, aussi sévère que gracieux. La croisée est surmontée d'un clocher central octogone, portant étage orné d'une arcature aveugle surmontant un soubassement, d'un étage à jour et d'une flèche pyramidale en pierre, dont les côtés sont légèrement convexes en se rapprochant de la corniche.

On remarque, aux angles de chacun des deux étages, des décorations plaquées qui rappellent les amortissements de couronnements, et présentent ainsi un spécimen bien caractérisé des tours centrales rhénanes de l'époque romane (1).

La façade occidentale est surmontée de deux autres tours du même style, dont l'une a été altérée déjà, à ce qu'il paraît, à l'époque de sa construction, par l'addition d'un second étage, et toutes les deux défigurées par une toiture discordante.

Mais les plus graves altérations ont été infligées à la nef et aux bas-côtés, par le besoin d'agrandir le monument, au XVe siècle.

Ici encore, les savantes explications de l'architecte Ringeissen éveillent au plus haut point l'intérêt de la Réunion, Cet artiste démontre mathématiquement, et en les faisant toucher du doigt, les mutilations qu'a éprouvées le monument,

(1) Viollet-Leduc, Dictionnaire raisonné de l'architecture française, 1. III, p. 346.

et les malheureuses additions qui lui furent infligées. Bien différent, en cela, de tant d'autres critiques qui savent bien blâmer, mais non point réparer, il couronne sa démonstration en exposant un magnifique projet de restauration totale du

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Ce projet lui vaut les félicitations unanimes de l'assistance, et fait naître le vœu de le voir parvenir à la connaissance des autorités qui règlent les destinées de nos monuments historiques.

En quittant Ste.-Foy, on donne encore un coup-d'œil au bâtiment de l'ancienne corporation des Vignerons, qui, malgré son état de ruine et sa destination actuelle, renferme encore beaucoup de détails curieux d'ornementation intérieure des XV. et XVI. siècles.

Mais le temps presse. Il faut quitter Schelestadt pour arriver au bouquet de la journée, pour entreprendre l'ascension au château de Hoh-Koenigsbourg.

On s'empresse de se rendre sur la route de Kintzheim, où des véhicules ouverts reçoivent le Congrès pour le transporter à travers la plaine luxuriante, inondée de soleil, au pied des montagnes où l'ascension doit commencer.

A Kintzheim, on met pied à terre; une partie de la Société monte des petits chevaux vosgiens, à l'humeur débonnaire, au pas assuré, et on se dirige à travers le vignoble d'abord, puis à travers une magnifique forêt, vers l'antique citadelle impériale, objet de la sollicitude incessante, depuis sa fondation, de la Société pour la conservation des monuments historiques d'Alsace.

Cependant une partie des membres du Congrès était allée faire visite à M. le baron de Fabvier, dont le charmant parc conduit aux belles ruines du château de Koenigsheim qui lui appartiennent et qui ont été décrites avec plusieurs châteaux d'Alsace par M. Ramé, savant antiquaire de Rennes,

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