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mauer,

ouvrage publié en 1855 sous le titre : Ste.-Odile et le Heidenle mur paien n'est pas d'un seul jet, ne saurait être attribué à une seule époque, pas même à une seule des races ou des nations qui soumirent, colonisèrent ou occupèrent successivement la chaîne et les revers de l'antique Vosegus ou Vosagus.

Pour pouvoir donc répondre en toute connaissance de cause à la question du programme: Quel est l'état actuel du mur païen? il est indispensable de parcourir tout le développement de ce mur, non-seulement en-dedans de l'enceinte, mais en-dehors, et, autant que possible, sur le mur même. Alors seulement, et après avoir remarqué la différence des assises supérieures et inférieures, on pourra aussi trouver les éléments d'une réponse à cette dernière partie de la question Quelles causes probables ont motivé cette construction?

En prenant la carte improprement appelée de Schweighauser, puisqu'elle est de M. le capitaine d'artillerie Thomassin, carte reproduite avec quelques modifications et sur une plus petite échelle à la suite de la publication de 1855, on voit du premier coup-d'œil que l'enceinte avait trois divisions ou deux coupures transversales qui la partageaient en trois compartiments.

Ces trois compartiments de l'enceinte, quoique reliés entr'eux, n'appartiennent pas non plus à une seule date ou à une seule époque, peut-être même faut-il admettre qu'il y avait dans l'origine quatre divisions ou enceintes contiguês; cette quatrième, moins bien caractérisée que les autres, serait celle du Homburger-Berg ou Hohenburger-Berg, antérieure, selon toute apparence, aux derniers agencements des trois autres, et restée inachevée ou abandonnée lorsque les ingénieurs impériaux approprièrent à la défense gallo-romaine ces anciennes places de refuge des

populations établies dans la plaine entre Vosges et Rhin avant les conquêtes d'Arioviste et de César.

Pour qui parcourt avec un peu d'attention le long développement du mur païen, il devient facile de saisir la double origine de cette enceinte et ses différences de construction, quoiqu'au premier aspect ses caractères généraux soient les mêmes.

Ainsi, presque partout, et principalement sur les contours des crêtes qui dominent le côté de la plaine ou de l'est, on rencontre une suite non interrompue, ou rarement interrompue, de quartiers de rocs sans entailles, représentant comme la base d'un mur antérieur écroulé et remplacé plus tard par des assises régulières de blocs plus ou moins grossièrement équarris et à marques de queue d'aronde.

Il ne fallait, en effet, ponr la primitive enceinte toujours à pic sur des précipices, que peu de science d'architecte; car il ne s'agissait que d'utiliser, en les reliant autant que possible, les rochers debout sur ces escarpements. La part de l'homme dans la formation de l'enceinte ne devait guère consister d'abord qu'en efforts de bras, pour soulever les débris des convulsions de la nature et placer un quartier de roc sur un autre. L'enceinte, ainsi préparée ou ébauchée, pouvait suffire pour donner, de ce côté, à la montagne un formidable aspect de défense.

Nous disons défense en effet, l'enceinte, telle que les siècles l'ont transformée, était défensive cela ne saurait paraître douteux, mais cela ne veut pas dire qu'une partie des débris de cette enceinte n'ait point eu dans l'origine une destination religieuse. Le cromlech a dû précéder le rempart, non pas dans tout le développement de l'enceinte actuelle, mais sur quelques points élevés ou les plus élevés, surtout sur la partie de la montagne comprise actuellement dans l'enceinte centrale.

En général, presque toutes les hautes plates-formes des Vosges attestent cette théogonie primitive, dont les pierres et les rochers sont jusqu'à ce jour les seuls monuments. Bien avant le druidisme, le culte des pierres semble avoir été là dans son élément. Il formulait la tradition poétique des grandes convulsions terrestres, des volcans lançant au loin leurs projectiles, des glaciers écroulés sur leurs moraines, peut-être des refuges providentiels aux jours génésiques des grandes inondations? Le dieu Vogesus (Vog-ase ou Volk-ase?) ce génie vosgien encore invoqué dans les âges gallo-romains, était la personnification mythique de cette tradition aussi vieille que les commencements de colonisation de la vallée du Rhin.

On peut donc admettre la probabilité d'enceintes religieuses moins développées que le mur païen actuel, et dont les restes servirent, sur plusieurs points de la montagne, aux constructions défensives d'un âge postérieur. Ces restes, plus particulièrement caractérisés par des pierres oblongues et cunéiformes, ainsi que par des roches ou quartiers de roches dont la pose décèle l'intention d'une pierre levée, ont reçu leur appropriation à l'enceinte actuelle dont ils forment, en général, les assises inférieures. Ils se rencontrent sur une partie des fronts du compartiment central qui dominent Niedermunster et l'amas de rochers fort singulièrement agencés de la Handshaab, ainsi qu'aux environs du Mennelstein et du Stoll-Hafen dans le prolongement de cette dernière crête vers le Homburger-Berg.

On peut aussi en trouver des traces plus rares du côté ouest des développements du mur, et principalement sur les contours de l'enceinte septentrionale, où, par suite de l'écroulement des parties supérieure et intermédiaire du mur, la dernière assise inférieure apparaît, tantôt presqu'entièrement recouverte de terre, tantôt déchaussée, tantôt même éboulée sur les pentes; mais se montrant toujours dépourvue

de formes régulières et sans les entailles qui caractérisent les assises supérieure et intermédiaire.

En général, les assises fondamentales du Heidenmauer de la montagne Ste.-Odile, quoique posées par la nature, puisqu'elles sont formées d'énormes rochers, paraissent avoir été couronnées primitivement par un mur beaucoup plus irrégulier que celui dont nous voyons aujourd'hui les débris. Ces matériaux de la première appropriation défensive de la montagne ne furent pas perdus sans doute pour ce dernier, aux assises inférieures duquel ils apportèrent leurs blocs inébranlables. Il est fort probable qu'à cette première époque de l'enceinte, époque contemporaine des invasions d'outre-Rhin antérieures à la période gallo-romaine, le mur n'était pas fort élevé ou n'avait que peu d'assises, formées uniquement de quartiers de roc et dans les conditions de ces enceintes gauloises décrites par César, où les pieux et les amoncellements de roches se prêtaient un mutuel appui pour la défense (1).

Les Médiomatriques ou Médiomatriciens qui, avant l'invasion de la tribu germaine des Triboques, occupaient la partie de la plaine entre Vosges et Rhin qu'on a appelée depuis la Basse-Alsace, furent, selon les apparences historiques, les constructeurs de la primitive enceinte défensive de la montague St.-Odile. Il est possible, toutefois, que les Médiomatriques, de race belge, et par conséquent venus en Gaule long-temps après la colonisation de ces contrées par la première race celtique, n'aient fait que s'approprier une place de refuge déjà fortifiée avant eux par la tribu ou le clan celtique qu'ils vinrent déposséder, c'est-à-dire probablement par les Sequanes qu'ils refoulèrent sur la haute Alsace.

(1) Commentaires de César, livre II, p. 86, édition d'Amsterdam,

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L'époque de cette dépossession des premiers Celtes dans le nord et une partie de l'est de la Gaule par les Bolgs ou Belges (Volsques ou Volks?) coïncidant avec celle du plus grand développement de la démocratie gauloise et de l'affaiblissement du pouvoir théocratique des Druides, il est à croire que le lieu de refuge dont il s'agit servit de rendezvous ou de place d'assemblée pour les délibérations de la tribu en possession du sol. Les premiers maîtres de la montagne, les Druides, auraient alors dû élargir leur enceinte afin de faire place au peuple, et ils ne se seraient plus réservé que quelques cain's, tandis que tous les contours des crêtes, reliés entr'eux par des lignes de rocs amoncelés, ou à leur défaut par des abattis d'arbres, auraient été affectés à former l'enceinte du lieu des délibérations publiques en temps de paix, et de la forteresse ou de la place d'armes en temps de guerre.

Cette première enceinte défensive devait exister encore du temps de Jules César, et l'on est en droit de conjecturer qu'elle emprunta beaucoup d'importance à l'invasion d'Arioviste et des Triboques.

En effet, les Médiomatriques, refoulés de la plaine par les Triboques, comme précédemment ils avaient refoulé les Sequanes, durent chercher à se fortifier sur le premier plan des Vosges avant de l'abandonner peu à peu, pour se concentrer sur les bords de la Moselle autour de leur dernier refuge ou de leur dernière cité, Divodurum ou Metz.

Lorsqu'en l'an de Rome 697, le lieutenant de Jules César, Titus Labienus, soumit à la domination romaine les Médiomatriques, après avoir passé ses quartiers d'hiver dans le pays. des Sequanes (1), il trouva nécessairement leur place d'armes

(1) César, De bello gallico, lib. II, cap. xx, et Schoepflin, Alsatia illustrata, t. Ier., p. 409, 123 et 352.

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