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dallage du chœur au-dessus de celui de la nef, était indiquée par une assise spéciale formant parpaing et marquée, sur la face extérieure, par une moulure; il en était de même de la hauteur de l'étage où la galerie était également indiquée par une assise d'autre dimension, répondant à une moulure extérieure.

Ainsi pas de doute possible sur la position primitive du dallage de l'abside et du chœur, ou sur la hauteur à laquelle devait se trouver la galerie ou triforium.

Les dernières opérations, en fait de gros travaux, eurent pour but le renforcement ou rétablissement de l'extrados des voûtes de la crypte que, lors de funestes changements, on n'avait pas craint de réduire au point que le maître-autel avait dû être porté par des piliers traversant les voûtes et reposant sur le sol de la crypte; en dernier lieu vinrent les escaliers menant de la nef au chœur et descendant dans la crypte.

A l'occasion de ces derniers, on découvrit qu'à la fin du XIII. siècle, lors de la construction du jubé, avant de mettre les escaliers, latéralement au chœur, dans les transepts comme ils se trouvaient encore du temps de Koenigshofen, on avait fait l'essai d'un escalier descendant du milieu de la nef: cet escalier, toutefois, ne paraissait pas avoir été achevé et de toute manière avait peu servi; il a été conservé dans son état primitif et, au moyen d'un prolongement en bois, il sert annuellement aux fêtes de la semaine sainte. Les escaliers actuels ont été rétablis d'après des traces certaines : leur place était, d'ailleurs, indiquée par la disposition générale du plan, ainsi que par divers exemples, dans des monuments de même époque.

Enfin la crypte elle-même, qui n'avait pas échappé aux mutilations ou prétendus enjolivements des derniers siècles, dut être débarrassée des boiseries et des plâtres qui l'obstruaient et cachaient ses plus beaux détails.

Leur enlèvement a remis au jour les colonnes monolithes, à

chapiteaux si remarquables, et les arcs en plein-cintre de la cathédrale de l'évêque Wernher, dont jusqu'à nos jours la tradition, d'accord avec notre amour-propre local, s'obstinait à faire remonter l'origine jusqu'à Charlemagne.

Le débadigeonnage et les restaurations que l'on fit alors contribuèrent beaucoup à faire apprécier les différents styles et à faire reconnaître la filiation des époques.

Ils permettent aujourd'hui d'analyser le monument jusque dans ses moindres détails et de suivre, dans cette curieuse époque de la fin du XII. siècle, la transformation de la forme romaue dans le style que le XIII. a porté à son apogée et dont malheureusement notre cathédrale n'a gardé que de rares exemples.

Ils ont aidé enfin à faire comprendre pourquoi, lors de la reconstruction des nefs d'abord, puis quand on éleva la splendide face occidentale avec son prodigieux clocher, on continua à respecter l'ancien chœur et à ne pas chercher, par une reconstruction complète, à le faire concorder avec les constructions postérieures.

Dix années entières, de 1843 à 1853, ont donc été employées aux travaux qui ont abouti à l'état actuel de l'intérieur du monument, au rétablissement de la partie que la délibération du Conseil municipal de 1845 avait qualifiée de partie architecturale.

Le programme fixé lors du commencement des travaux était entièrement rempli; il s'agissait donc d'en préparer la suite et de proposer la marche à suivre ultérieurement pour l'exécution de la partie décorative.

Avant de faire connaître ce nouveau programme, il ne sera pas sans intérêt de rappeler dans quels termes le rapporteur de la Commission du budget de 1845, l'honorable M. Valentin Schneigans, appréciait l'importance de ces travaux complémentaires :

« Ce premier travail une fois terminé, dit le rapport, les

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les voûtes et toute l'architecture une fois remis dans « leur état primitif, viendront les travaux de la décoration et << en particulier la peinture. La restauration architecturale aura fait gagner au choeur de larges pans de murs. Il « faudra les couvrir de peintures et de riches dorures, d'une apart, parce qu'elles offrent un moyen de relier, comme tran«sition, les formes plus riches et les lignes plus variées de la nef gothique au style plus nu et plus austère de l'abside byzantine; ensuite parce qu'une basilique comme la nôtre « doit réunir les beautés et les pompes de tous les arts qui « tous doivent concourir à la majesté des cérémonies du culte catholique. La restauration ne sera complète qu'à cette <condition et il appartient à notre époque de liberté religieuse et de respect pour les droits de tous les cultes, de « rendre à une métropole catholique des beautés et des splendeurs qui en ont été proscrites, il y a trois siècles, par des idées et des tendances exclusivement protestantes. Il faudra « en outre des autels, des siéges pour l'évêque et son clergé et d'autres objets nécessaires au culte; et tout cela devra « être conçu et exécuté dans un style et des formes dignes < du monument et en harmonie avec lui. »>

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Cette manière de voir de l'honorable rapporteur qui était, on peut le dire, celle de tout le Conseil municipal d'alors, se trouvait, comme on le voit, en concordance parfaite avec l'avis émis, trois ans auparavant, par la 8°. section du Congrès scientifique. Voici maintenant ce qui fut fait depuis pour atteindre ce but, si clairement indiqué et deux fois sanctionné par des rapports spéciaux.

Les travaux de la décoration intérieure ont été divisés en trois parties distinctes les vitraux, les peintures murales et l'ameublement.

La majeure partie des fenêtres du chœur et des transepts étant vitrées en verre blanc, il était indispensable de les rem

placer par des vitraux peints; il ne pouvait être question de peintures murales avant de connaître le jour normal de l'édifice. Cette opération devait donc être entreprise la première. Elle fut proposée par un projet spécial, du 4 mars 1854, dont nous allons résumer les principales dispositions:

Des études et des investigations minutieuses, sur les vitraux peints sur place dans la cathédrale, avaient fait reconnaître un certain nombre de panneaux étrangers aux baies où ils étaient placés : ils étaient éparpillés, pour la plupart et par suite d'accidents sans doute, dans les belles verrières dont le XIV. siècle avait doté la nef. Ces panneaux, au nombre de plus de cinquante, appartenant en majeure partie au XII. siècle, quelques-uns aussi au XIII., devaient, sinon avoir été faits pour l'ancien chœur, au moins y avoir été placés et conservés. Il y avait donc évidente convenance de les réintégrer dans les baies de cette partie du monument, d'autant plus que plusieurs des sujets anciens répondaient à des lacunes que les époques postérieures n'avaient pas comblées. On y retrouvait les quatre grands prophètes dont deux entiers: Isaie et Jérémie; deux apôtres: saint Mathieu et saint Barthélemy; une sainte Catherine, un empereur : le saint Henri, plusieurs autres figures d'empereurs et de rois, tant entières qu'en fragments, deux évêques de dimensions moyennes et quelques sujets à figures de petite dimension plus anciens et d'un grand intérêt.

Plusieurs de ces figures étaient, à la vérité, tronquées, mais elles pouvaient être complétées et se prêtaient toutes, fort heureusement, à une disposition générale aussi convenable au point de vue de la décoration liturgique qu'intéressante au point de vue de l'art et de l'archéologie.

Le projet, après avoir fait la répartition de tous les paneaux restaurés et complétés dans les baies des transepts et du chœur, ne laissait à faire en vitraux neufs que la grande

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verrière du chevet, et encore sa bordure devait-elle être ancienne, ainsi qu'un des ancêtres de la Vierge. Le sujet luimême devait être pris de l'ancienne bannière de la ville dont la composition typique remonte, on ne saurait le mettre en doute, à la même époque que nos anciens vitraux.

Enfin une partie supplémentaire donnait la récapitulation de tous les sujets de vitraux peints qui se trouveraient dans la cathédrale et qui présenteraient, en dehors des sujets légendaires et d'ornementation, un ensemble de cent soixantequatre grandes figures. Cette récapitulation a dû naturellement être prise pour base du programme des peintures murales que le projet a indiqué en même temps, afin de démontrer la connexité entre les sujets représentés par les vitraux et ceux qui devront enrichir les murs et les voûtes.

En effet, les vitraux exécutés postérieurement aux peintures n'ont pas dû représenter les mêmes sujets; la même règle reste à appliquer aujourd'hui: les peintures doivent représenter des sujets qui n'existent pas dans les vitraux. Les sujets manquants sont, d'ailleurs, fort considérables et par leur importance ne pouvaient occuper que les places principales au chœur et dans les transepts. Ainsi, dans une église spécialement consacrée à Notre-Dame, il ne se trouve aucune représentation des phases glorieuses de sa vie ni son couronnement dans le ciel qui cependant se voit en sculpture à l'extérieur du monument; les patriarches, les prophètes, les apôtres, les évangélistes, les pères de l'Église, les grands anachorètes, les fondateurs d'ordres, les saints et les saintes d'Alsace n'y sont pas représentés.

Le programme des peintures a donc été formulé de la manière suivante:

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Abside. Dans la voûte en cul-de-four qui la clôt et la domine, sera représenté sur un vaste fond d'or le couronnement de la Sainte Vierge par son Fils et en présence des deux

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