Page images
PDF
EPUB

PRÉFACE.

vij

la vie du peuple; celui-ci s'est mis lui-même peu en peine de laisser à la postérité des traces de ce qui l'avait occupé, agité ou ému. Nous avons des amas de chartes constatant les moindres dons faits aux églises et couvens; nous en possédons très peu sur la naissance et le développement des communes; ce n'est que par-ci par-là que l'on parvient à découvrir quelque acte relatif à l'état du commerce et de l'industrie. Il est heureux que Madox, dans le précieux trésor intitulé Histoire de l'Échiquier d'Angleterre, ait extrait des rôles de cet établissement quelques faits relatifs à la Normandie : peut-être les archives d'Angleterre renferment-elles encore d'autres documens concernant l'histoire de cette province quant à la Normandie même, elle paraît en posséder très peu. Cette rareté de documens se fait remarquer, au reste, plus ou moins, dans toutes les parties de l'histoire du moyen âge. Nous sommes plus riches en pièces diplomatiques; il y en a peu qui aient péri.

Il faut rendre aux savans de la Normandie la justice de reconnaître que leur zèle à éclaircir les antiquités de leur pays nous a valu des ouvrages pleins d'érudition et de critique : j'ai profité quelquefois des fruits de leurs recherches.

viij

PRÉFACE.

Peut-être me demandera-t-on quels résultats inattendus j'ai à présenter aux lecteurs, et sous quel point de vue neuf j'ai envisagé l'histoire de la Normandie; car voilà ce que plusieurs personnes exigent aujourd'hui de l'historiographie. Je leur répondrai que c'est, non pas un ouvrage philosophique sur l'histoire, mais un récit historique que j'ai prétendu faire. J'ai tâché de présenter simplement les faits consignés dans les chroniques, les annales, les chartes et les autres documens, et de dérouler la série des événemens comme le temps les a fait éclore; je les ai exposés, sans les interpréter. Toutes les fois que les historiens présentaient diversement les faits, j'ai tâché de me placer au point de vue le plus proche de la vérité. Je n'ai apporté à mon travail ni système, ni préventions; toutefois je n'ai pas été impassible à l'aspect de la barbarie et des abus de la force qui ont désolé le moyen âge; mais je ne pense pas avoir été injuste envers les gouvernemens, les peuples, ou quelque classe de la société.

LA NORMANDIE,

HISTOIRE

La conquête de l'angleterre jusqu'a la réunion de ce duchHÉ A LA FRANCE.

DE

LIVRE PREMIER.

Guillaume-le-Conquérant, septième duc de
Normandie et roi d'Angleterre.

1066–1087.

[ocr errors]

CHAPITRE PREMIER.

Guillaume est sacré roi à Londres. Tumulte pendant la cérémonie. Il s'empare des trésors de Harold. Retour en Normandie, l'an 1067. Guillaume assiste à la dédicace des nouvelles églises. Lanfranc et Bérenger. - Fondation de l'abbaye de la Bataille en Angleterre. Pénitence imposée en Normandie à ceux qui ont commis des meurtres en Angleterre. Emigration des Anglo-Saxons. -- En 1067 Guillaume retourne dans son royaume. Insurrection; il prend Exeter. Poëme de Gui, évêque d'Amiens, sur la conquête de cette île. Massacre des Normands à Durham, Prise de la ville d'York. Retour de plusieurs familles normandes dans leur patrie. - Dispersion des insurgés de l'île d'Ély. Exploits romanesques d'Herward.

DEPUIS

[ocr errors]

--

[ocr errors]

On apprit en Normandie, avec une joie générale, que le duc Guillaume, après la bataille

PRISE DE DOUVRES.

d'Hastings, où avaient péri Harold et l'élite des Anglo-Saxons, n'avait plus trouvé d'obstacle sérieux pour s'emparer de la couronne royale d'Angleterre. En vain le château fort de Douvres, assis sur les falaises, avait voulu braver ses troupes; elles s'en étaient emparé, comme elles avaient pris quelque temps auparavant le château fort du Mans, en y jetant des brandons qui avaient incendié les édifices.

2

I

La prise de la place de Douvres assurait aux Normands les communications avec la France, et ils surent si bien la garder, que lorsque, environ dix-huit mois après, le comte Eustache de Boulogne, allié aux rois anglo-saxons, par son mariage avec la soeur du roi Édouard, et qui avait pourtant combattu auprès d'Hastings, sous les bannières de Guillaume, voulut s'emparer de cette place sur laquelle il avait d'anciennes prétentions', il fut repoussé avec une grande perte, et s'estima heureux de sauver sa vie.

Maître de Douvres, où autant que possible if

I Willelm. Pictav., Gesta Guillelmi ducis.

2

« Bononienses qui castellum in Dorverniæ clivo tenuerunt. » Florent. Wigorn., Chronic., ad ann. 1051.

ARRIVÉE A LONDRES.

3

répara les dégâts faits par ses troupes', et où il laissa pour commander sur toute la côte son frère Eudes, évêque de Bayeux, Guillaume vit venir au-devant de lui les habitans de Cantorbéry, qui l'invitèrent à entrer dans leur ville, importante par son siége archiépiscopal, le plus ancien de l'Angleterre; et quand il fut à Cantorbéry, les habitans de Londres envoyèrent des délégués faire également leur soumission, et offrir tous les ôtages que le duc de Normandie pourrait exiger*. Depuis la mort de Harold, les bourgeois ayant à cœur la prospérité de leur commerce ne pouvaient se dissimuler que c'en était fait de la domination des Anglo-Saxons.

A la vérité, Harold laissait des fils, mais ils n'avaient pas la confiance de la nation; le clergé s'était hâté de couronner Edgar, neveu d'Édouard; cependant ce jeune homme ne rassurait pas plus que les fils de Harold, les Anglais contre l'invasion normande. Aussi fut-il promptement abandonné par ceux mêmes qui l'avaient proclamé. Deux chefs

1

« Pretium dedit restituendarum ædium, aliaque amissa recompensavit. » Willelm. Pictav.

2

« Sese in obsequium tradunt, obsides quot et quot imperat, adducunt. » Ibid.

« PreviousContinue »