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milieu de débris romains, de monnaies gauloises de la plus belle conservation et du plus haut intérêt pour l'histoire encore si peu connue de ces temps presque fabuleux. Elles n'étaient pas renfermées dans des vases, comme les monnaies romaines se voient si souvent, mais elles ont été trouvées au pied de vieilles murailles, offrant jusqu'à 0m. 66 d'épaisseur et composées de cailloux très-gros, noyés dans beaucoup de mortier, fait de chaux et de sable.

L'une de ces monnaies présente un Gaulois coiffé d'un bonnet bizarre, et tenant à la main un objet que nous croyons un instrument de sacrifice du culte druidique.

Sur une autre, une figure d'homme, dans l'attitude de l'adoration, exprime par une naïveté grotesque son respect pour l'objet sacré de sa vénération, un sanglier, l'un des animaux que l'on retrouve le plus souvent sur les monnaies gauloises.

Ces deux médailles portent au revers le cheval à tête humaine que notre savant ami M. Lambert, de Bayeux, nous a signalé, dans son beau travail sur les monnaies gauloises, comme appartenant à la région belge, et ici comme toujours, sa science profonde est parfaitement en rapport avec les faits.

Sur une troisième, on voit une tête humaine ceinte d'un diadême orné de perles ; au revers un sanglier, le poil hérissé sur le dos et entre ses quatre jambes une

roue.

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Sur d'autres, ce même sanglier offre entre ses jambes, au lieu d'une roue, un rectangle également orné de perles, et un cercle sous la hure; alors le côté de la face est occupé par un autre animal que nous ne pouvons définir.

Un autre revers fort curieux offre la figure d'un coq, dont la présence sur les monnaies gauloises avait jusqu'ici été niée par le savant M. de La Saussaye.

La dernière, la plus précieuse, quoique d'une époque plus récente, puisque la présence de lettres dans le champ de la médaille, accuse déjà le caractère de la domination romaine, porte sur sa légende, Lixovi. Elle fut donc frappée à Lisieux, particularité fort curieuse pour notre localité.

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Ces différents types sont nouveaux, et entièrement inédits. Cette précieuse découverte fait voir combien est intéressante l'étude des monnaies, que l'on regarde généralement comme curieuse plutôt qu'utile. Quant à nous nous ne saurions dire quelle vénération, quelle sorte de culte nous inspirent ces modestes fragments métalliques, muets témoins de l'imperfection des arts chez nos ayeux, et qui ont traversé l'espace immense de 2,000 années pour venir nous apprendre les procédés mécaniques, les croyances, les usages d'une époque aussi reculée.

Ces faits, messieurs, nous ont paru offrir quelqu'intérêt, au moment où il est question de dresser une carte des diverses voies et positions romaines, dans le département de la Seine-Inférieure, pensée heureuse que nous devons à notre savant directeur, M. de Caumont, qui, semblable à ces astres bienfaisants, dont la présence réchauffe et vivifie, laisse toujours après lui des traces de son trop court passage. Qu'il en soit ainsi pour nous; que notre zèle archéologique se ranime à ce foyer régénérateur ! Mais en attendant, messieurs, permettez-moi de me joindre à vous pour le remercier d'avoir bien voulu choisir notre arrondissement pour être aujourd'hui témoin de ses savantes leçons. Pour nous, nous avons seulement voulu lui prouver que, malgré notre insuffisance, nous étions disposés à le seconder de nos faibles efforts, dans sa noble entreprise et que nous comprenions l'importance de ces réunions où chacun, oubliant les préoccupations de son esprit, peut se

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lancer dans le champ neutre de la science et apporter le résultat de ses travaux. Heureux aujourd'hui, heureux l'archéologue qui, attaché à l'étude du passé, peut détourner pour quelques instants ses regards de l'avenir.

M. Billon est très-satisfait du bel autel en bois sculpté, composé pour l'église de St.-Julien-sur-Calonne par M. Bouet, dans le style du XV. siècle. Il voudrait que, pour encourager MM. les curés à imiter l'exemple donné à St.Julien, on accordât à la fabrique de cette église une allocation destinée à continuer les travaux accessoires à cet autel. Cinquante francs seulement sont votés, parce qu'il s'agit d'un pastiche, non d'un acte de conservation.

L'église voisine de Launay-sur-Calonne est signalée par M. Lemétayer. M. Eudes, maire de Launay, présent à la séance, vient de l'acheter pour la conserver, et reçoit les félicitations de la Société française.

M. Morière lit une légende en vers de M. Alphonse Leflaguais, intitulée « la Reine Mathilde. »>

M. Louvancour, ancien notaire à Paris, appelle l'attention de la Société sur les vestiges d'un ancien pont, qui devait franchir la Loire, entre Diou (Allier) et l'extrémité de la commune de Gilly-sur-Loire, canton de Bourbon-Lancy, (Saône-et-Loire). Ce pont, nommé Bernachon ou Brenichon, ne semble pas être le même que la carte de Peutinger indique très-près de là, entre Procrinium (Perrigny-surLoire) et Sitillia (le Theil). Il se pourrait qu'il dût son origine à la reine Brunehaut, dont quelques voies, depuis Decize jusqu'à Autun, semblent provenir.

2o. SÉANCE.

La seconde séance s'ouvre dans la soirée, sous la présidence de M. Richelet, membre de l'Institut des provinces.

M. Bouet communique le dessin d'une des tombes de l'église de Launay-sur-Calonne dont il a été question à la séance du matin.

M. Richelet présente comme membres de la Société MM. le vicomte DE NUGENT et Edmond DE SOLERAC, qui sont proclamés.

Mae Philippe-Lemaître lit un mémoire sur le château et les seigneurs de Sorel. Une vue lithographiée de l'entrée du château de Sorel, et une planche de détails et de blasons, annexés à ce travail, circulent dans l'assemblée.

M. l'abbé Lecomte, vicaire au Havre, donne lecture de recherches sur la véritable date de la construction de la cathédrale de Rouen et sur celle de quelques grandes églises. C'est un fragment d'une notice sur l'archevêque Jean d'Avranches.

Dans ce travail M. Lecomte conteste la date que les antiquaires ont attribuée à cette église malgré son style (XIII. siècle). Il soutient que la cathédrale actuelle de Rouen est celle qu'éleva l'archevêque Maurille au XI. siècle. Il renouvelle les arguments présentés par M. l'abbé Delamarre pour établir que la cathédrale de Coutances remonte aussi à une époque plus éloignée que celle que lui assignent les archéologues. Ses moyens principaux sont le silence des chroniqueurs sur une reconstruction au XIII. siècle, et l'absence d'une nouvelle dédicace à cette époque, l'église de Rouen n'ayant conservé le souvenir que de la dédicace faite par l'archevêque Maurille, et dont elle célèbre encore religieusement l'anniversaire, à l'époque même de l'année où Maurille fit cette consécration.

M. Raymond Bordeaux croit la raison liturgique beaucoup plus puissante que le silence des chroniqueurs. Mais de ce que la cathédrale de Rouen n'a reçu qu'une dédicace, peuton conclure de là qu'elle est restée dans son intégrité primi

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