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peuples dont les noms sont perdus dans la nuit des temps; de quelles substances ils sont fabriqués et d'où ils viennent; si, comme le jade oriental, la fibrolithe, la callaïs dont parle Pline, et dont nous vous dirons quelques mots plus loin, ces objets n'auraient pas été rapportés de leur pays par nos ancêtres les Aryens, derniers souvenirs de la patrie, si loin! si loin! là où le soleil se lève.

Les minéralogistes se sont mis à l'œuvre pour s'assurer de cette origine présumée, de l'exactitude de cette hypothèse, de cette légende, si vous voulez, et ont comparé la nature des pièces découvertes dans les monuments mégalithiques avec les substances minérales et les roches dont ils connaissaient les similaires en place.

Les moyens de recherches et de comparaisons dont disposent les sciences sont d'une précision et d'une exactitude miraculeuses, qui dépassent ce que l'analyse chimique peut obtenir. Nous voulons parler de la réduction des roches et des minéraux en plaques minces et de l'application des phénomènes de la polarisation de la lumière, qui ne laissent pas le plus léger doute sur la nature des substances étudiées, bien que, dans certains cas, il soit possible de les confondre par suite de la similitude de leurs apparences.

Nous ne voulons point ici vous faire subir une conférence de minéralogie (ce n'est pas le but de cette réunion), mais vous dire qu'il résulte de l'examen des pièces conservées dans nos collections et trouvées dans les grands monuments mégalithiques, qu'elles ne sont point fabriquées avec des matériaux étrangers au sol de l'Europe, peut-être même de la France; par suite," cette collection du musée de Vannes viendrait infirmer

la pensée de leur apport de pays lointains dans notre vieille Armorique.ning Ine* anduderus allag a sta

LE QUARTZ.

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'Il n'existe pas dans les spécimens trouvés à Manéer-H'roëk et au mont Saint-Michel, mais cependant quelques haches faites avec cette matière se voient dans notre musée. Le quartz hyalin, l'agate, le silex, etc. etc., sont des substances si connues, que nous nous dispenserons de décrire leurs caractères. T Un seul exemplaire en agate verte (chrysoprase), a été trouvé en Bretagne; il existe dans la collection de M. Robineau de Saint-Cyr. L'agate chrysoprase, qui est un silex coloré par l'oxyde de nickel, se trouve à Kosemüthz, en Silésie. On peut voir des spécimens de cette variété d'agate dans notre galerie, vitrine n° 50, salle noge

LA FIBROLITHE.H

Caractères. Couleur blanche, grisâtre, un peu verdâtre, souvent tachetée de rouge brique ou d'un brun violacé;-éclat : plus ou moins soyeux, mais toujours fibreux; -caractéristique: infusible au chalumeau, tenace, rayant le verre, inattaquable aux acides.

Découverte par Lechenaud, au Carnate, dans l'Inde, sous forme de cailloux roulés, elle a été décrite pour la première fois, en 1813, par le comte de Bournon, qui lui a imposé le nom de fibrolithe, à cause de sa texture toujours fibreuse. Il est reconnu aujourd'hui que c'est un silicate d'alumine, de la famille ou du groupe des sillimanites. Pendant longtemps on a admis que la fibrolithe était un minéral dont le gîte ne se trouvait que dans

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l'extrême Orient. Mais depuis quelques années, des gîtes de cette substance sont connus en Europe, en France et en Bretagne, comme aussi aux États

Unis.

Elle se trouve en Bretagne aux environs de SaintBrieuc (Côtes-du-Nord), gîte reconnu par notre collègue de la Société de minéralogie de France, M. Micault; à Paulhaguet, arrondissement de Brioude (Haute-Loire); à Pontgibaud, en Auvergne; à Zermatt, en Suisse, en fragments roulés dans les moraines des glaciers; à Brandwine-Spring, dans le Tyrol; à Gérolstein, en Moravie (c'est le faserkeisel des Allemands); en Algérie ; à Bodenmaïs, en Bavière; dans les comtés de Delaware et en Pensylvanie, aux États-Unis; au Garnate, dans l'Inde, (c'est celle décrite par le comte de Bournon). Un fragment roulé, trouvé dans un dolmen des environs de Carnac, a été donné à notre galerie par le R. pasteur Luckis. En somme, si l'on en juge par le grand nombre de gites que nous venons d'indiquer, soit en Europe, soit en France, il n'y a aucune raison plausible de supposer que la centaine de haches en fibrolithe trouvées dans la crypte de Mané-er-H'roëk, et celles provenant au nombre de trente du mont Saint-Michel, viennent de l'Inde. En plus, le spécimen trouvé par M. Luckis, et je crois qu'il en possédait un certain nombre, est absolument semblable à la fibrolithe de Paulhaguet, tout comme un grand nombre de haches, en cette substance, du Mané-er-H'roëk.

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Les roches sont des minéraux d'espèces hétérogènes, formant un composé quelquefois cristallin, parfois dis

cernables, quelquefois compacts; mais les études microscopiques et les plaques minces démontrent que cette apparence d'une composition de pâte uniforme n'est qu'une illusion, et que les roches sont des agrégats de cristaux d'une petitesse microscopique d'espèces minérales bien distinctes.

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LE JADE DE SAUSSURE.

Pétrosilex, saussurite, feldspath tenace.

Le jade de Saussure a bien des noms, suivant le pays des minéralogistes qui en parlent. Mais cependant c'est toujours la même substance, un Kalknatronfeldspath associé à des minéraux divers, parmi lesquels le feldspath joue toujours le rôle important; aussi est-ce là ce qui permet de le distinguer du quartz compact, avec lequel il a une très grande ressemblance: Je premier fond en émail blanc à la flamme du chalumeau, tandis que le quartz est absolument infusible; tous deux sont assez durs pour rayer le verre; certains de ces feldspaths compacts 1 sont très tenaces, ce qui a valu à cette substance le nom de feldspath tenace qu'Haüy avait donné au jade de Saussure.

Il n'en n'a pas été trouvé dans les monuments déjà cités; mais notre musée en possède des échantillons d'autres provenances, recueillis dans le département.

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tumulus du mont

Saint-Michel, c'est le n° 51 (Voir au musée la vitrine du mont Saint-Michel); trois dans. celui de Mané-er-H'roëk, les nos 8, 12 et 47. Toutes sont désignés dans le musée sous le nom de jadéite. C'est une roche plagioclasique pyroxénifère, que le directeur américain du Geological Survey des ÉtatsUnis, M. Watmann Gross, qui est venu ici dans le but de l'étudier sur place, considère dans son ouvrage : Studien über bretonische Gesteine, comme une roche absolument à part, Typische Gestein (roche ou pierre typique), voir p. 4, formée de feldspath plagioclase (1) et de pyroxène vert. Cette roche contient encore, en plus, de la site signalée par nous depuis longtemps, ainsi que de l'idocrase brune et du grenat. Le savant docteur américain, tout comme le professeur M. Tschermack, y a reconnu des grains de sphène (titane silicéo calcaire) qui nous avaient échappé. N'ayant pas à notre disposition de microscope armé de Nicol, ils nous avaient paru être des grains isolés d'idocrase brune à laquelle ce sphène ressemble beaucoup. Dans la traduction française de l'ouvrage de M. Watman Cross, par M. Charles Barrois, membre de la Société géologique de France, on lit, page 4: « Cette roche a été souvent utilisée par les habitants préhistoriques de l'Armorique, comme le prouvent les nombreuses haches qui en sont formées. Dans le musée de Vannes, elles sont rapportées à la jadéite; du reste, le commerce l'emploie encore en joaillerie sous le nom de jade breton. » Dans le texte allemand, le mot jadéite

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(1) C'est aussi l'opinion de l'éminent professeur de minéralogie de Vienne, M. Tschermack, ermack, dans une lettre qu'il m'a fait l'honneur de m'adresser, après une analyse optique par plaques son laboratoire. (Vienne, 3 juin

minces, pratiquée dans so

n 1881.)

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